Le Trio ACJ au Festival Aujourd'hui Musiques © DR

Aujourd’hui Musiques à Perpignan (1) : le trio ACJ et l’improvisation multimédia

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Réunissant des familiers du festival Aujourd’hui Musiques à Perpignan, Roland Auzet et Pierre Jodlowski, aux côtés de Méderic Collignon, le Trio ACJ propose une improvisation musicale et multimédia avec des projections vidéos de Wilfried Wendling.

Le Trio ACJ au Festival Aujourd’hui Musiques © DR

A la tête du Théâtre de l’Archipel depuis juillet 2023, Jackie Surjus-Collet conçoit la scène nationale comme un creuset de rencontres. Dans le contexte de crise économique qui fragilise l’ensemble du secteur culturel – le seul auquel on demande de faire comme si son budget ne subissait pas l’inflation – l’édition 2024 du Festival Aujourd’hui Musiques se recentre sur cette dynamique qui permet à des figures désormais familières du public de Perpignan de révéler des de nouvelles facettes de leurs talents. Ainsi en est-il avec le concert multimédia du Trio ACJ, qui réunit Roland Auzet, connu comme metteur en scène mais également percussionniste, Médéric Collignon, à la voix, au cornet et au sax, et Pierre Jodlowski à l’électro, avec des projections vidéos de Wilfried Wendling. C’est sur la scène du Carré, idéale pour des projets s’échappant des cadres formels habituels, que la formation présente un programme conçu au fil d’une résidence à l’Archipel – confirmant par la même également la vocation d’accueil de ce dernier dans le processus de création.

Le Trio ACJ au Festival Aujourd’hui Musiques © DR

Le programme est construit à la manière d’une improvisation collective, mettant en avant, tour à tour, les trois musiciens, à partir d’idées et de motifs schématisés, que chacun a schématisés par quelques signes sur une feuille de papier. De la performance qui n’est pas avare de décibels, on retiendra le crescendo percussif sur la boîte en bois, les griffures électroacoustiques impulsées par un geste que prolonge un crayon tactile, traduites, avec une réactivité quasi immédiate, dans des fulgurances numériques où le noir et blanc semble plein de couleurs, ou encore la virtuosité théâtrale du vocaliste, revisitant, avec les cuivres, les frontières du jazz et de la « musique contemporaine », dans un enthousiasme communicatif. Sans cesse en mouvement, l’écriture commune porte l’empreinte de l’évidente maîtrise des quatre artistes dans leurs pratiques respectives, qui est mise en lumière dans des séquences virtuoses successives. Mais le résultat s’affirme d’abord comme un essai complice où les trois solistes se distinguent par une énergie à laquelle le public ne peut certes rester insensible. Si, au fil des contrastes dynamiques, les rapports entre instruments et électro révèlent une indéniable cohérence dans la construction d’une atmosphère sonore, la diversité des personnalités ne parvient pas tout à fait à se fondre en une unité reconnaissable dans cette première étape d’une création que l’on devine in progress. C’est peut-être aussi l’avantage d’un festival que de rendre les spectateurs témoins de l’évolution d’un projet.

Gilles Charlassier