Aujourd’hui musiques à Perpignan (2) : l’hypnotisme de Riley version bagad interceltique

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Le Festival Aujourd’hui musiques de Perpignan met à l’affiche l’un des grands classiques de la musique minimaliste, In C de Riley, dans une version bagad interceltique revisitée par Erwan Keravec, et les 20 Sonneurs de la compagnie Offshore.

In C par les 20 Sonneurs de la Compagnie Offshore au Festival Aujourd’hui Musiques © DR

Avec ses jeux sonores qui immergent l’auditeur dans une expérience au-delà de la simple perception acoustique, le minimalisme américain, en particulier celui de Reich et Riley, forment l’un des cœurs de répertoire d’un festival, comme Aujourd’hui Musiques, promouvant le décloisonnement des formes et des pratiques. La transe fondatrice de In C de Riley, qui est loin d’être inconnue des mélomanes de Perpignan, prend une couleur inédite avec l’adaptation pour cornemuses, binious et bombardes qu’en propose Erwan Keravec. Avec les 20 Sonneurs de la compagnie Offshore, le musicien breton, qui, comme les autres solistes de l’ensemble, vient de l’univers des bagads, réinventent l’effet hypnotique des 53 motifs articulés autour de la même note, le do, matrice du titre de la pièce elle-même, sur une pulsation inlassablement répétée. Les couleurs celtiques rejoignent les expérimentations de l’Amérique hippie, avec lesquelles se tissent, par-delà les époques, les mers et les continents, des affinités aussi inattendues qu’irrésistibles.

In C par les 20 Sonneurs de la Compagnie Offshore au Festival Aujourd’hui Musiques © DR

L’espace de la performance, le plateau de la grande salle du Grenat, illustre les potentialités d’un théâtre avec des espaces à géométries variables. A rebours de la traditionnelle confrontation entre artistes et public, les deux se retrouvent ici mêlés dans une immersion où les spectateurs peuvent choisir leur point d’écoute ou, au contraire, déambuler dans l’espace à leur gré, démultipliant, au-delà des contraintes matérielles d’une salle, la singularité des perspectives sonores. Cette rupture avec les habitudes du concert se trouve accentuée par le choix d’instruments plutôt rares dans la création contemporaine classique.

In C par les 20 Sonneurs de la Compagnie Offshore au Festival Aujourd’hui Musiques © DR

Les harmonies puissantes, et parfois mordantes, des pupitres celtiques accentuent le vortex de reprises, tuilages et décalages qui happent littéralement l’auditeur, d’une manière physique pourrait-on dire. Si dans le maelström, on peut identifier certaines séquences au fil du travail sur les textures orchestrales, certains aplats extatiques semblant conduire vers une coda trompeuse, l’expérience proposée renouvelle les recherches méditatives des minimalistes sur la fonction musicale comme déconnexion mentale grâce au remplissage de la conscience perceptive par la pulsation sonore – à l’inverse de la musique d’ambiance qui induit un état physio-psychique en occupant le seul champ inconscient. L’état dans lequel on sort de ces variations entêtantes en témoigne – la pièce pourrait illustrer la devise « faites la musique, pas la guerre ». Le succès auprès d’un public large et tous âges démontre combien Riley est devenu une référence intemporelle, à même de réunir des générations diverses – une belle forme de résistance au marché qui préfère segmenter les consommateurs.

Gilles Charlassier