Insula Orchestra au Festival de Saintes © Esteban Martin

Bach et Mozart par Insula Orchestra au 55ème Festival de Saintes

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Deuxième édition élaborée par Ophélie Gaillard, le Festival de Saintes 2026 invite Insula Orchestra, sous la direction de Laurence Equilbey, des interprètes reconnus dans le répertoire classique et romantique sur instruments d’époque, dans la Messe du couronnement de Mozart et le Magnificat de Carl Philipp Emanuel Bach, avec le chœur Accentus et un remarquable plateau de solistes.

Insula Orchestra au Festival de Saintes © Esteban Martin

Fondé en 2012, Insula Orchestra est aujourd’hui l’un des principaux interprètes des répertoires classique et romantique sur instruments d’époque. Sous la direction de Laurence Equilbey, la formation ouvre le concert qu’elle donne dans la Cathédrale Saint-Pierre de Saintes avec la Messe du Couronnement de Mozart. Composée en 1779 pour l’archevêque de Salzbourg, la partition se distingue à la fois par sa couleur lumineuse qui l’a destinée à être reprise pour le couronnement de Leopold II ou de François II, et par la condensation dynamique de la liturgie qui rappelle, par exemple, les messes brèves de Haydn.

Les choeurs, confiés ici aux effectifs d’Accentus, préparés par Christophe Grapperon, occupent une place prépondérante dans cette inspiration marquée par un élan, qui, dans cette lecture énergique proposée par la cheffe française, prend parfois le pas sur la définition contrapuntique, irradiante, à défaut d’être toujours d’une précision sans reproche, dans une acoustique certes réverbérante. Après l’impulsion solennelle du Kyrie eleison, le Gloria illustre cette vitalité que confirme un Credo aux accents un peu plus contrastés, avec un quatuor vocal plus intérieur dans le Cruxifixus, que l’on retrouve en dialogue avec le tutti choral dans le Sanctus et le Benedictus. Mais c’est dans l’Agnus Dei, dont le thème annonce l’air de la Comtesse Dove sono dans Les Noces de Figaro, qui laisse davantage respirer un certain lyrisme, porté par la soprano. Sandrine Piau en magnifie la tendresse rayonnante, sans s’attarder sur une virtuosité vocale qui rejoint rapidement la célébration collective.

Insula Orchestra au Festival de Saintes © Esteban Martin

La personnalité des quatre solistes s’exprime plus largement dans le Magnificat de Carl Philipp Emanuel Bach, la première grande partition chorale du fils du Cantor de Leipzig, composée en 1749, et dont Laurence Equilbey et Insula Orchestra prennent le temps de révéler les saisissantes beautés, entre héritage contrapuntique et une sensibilité marquée par l’évolution vers le style galant caractéristique de l’époque. Après la luminosité irradiante du choeur d’ouverture, Sandrine Piau distille la piété mélancolique du Quia respexit, avec la clarté de l’émission et l’intelligente économie du sentiment qui la distinguent. Fabio Trümpy entonne ensuite de sa voix souple un Quia fecit alerte, soutenu par les accents un peu verts du cor naturel, avant un Et misericordia qui réunit le quatuor de solistes et le choeur dans un recueillement qui annonce certaines tournures dramatiques d’Alceste de Gluck. Avec un timbre au mordant très opératique, Andreas Wolf livre un valeureux Fecit potentiam à la présence relayée par les éclats cuivrés de l’orchestre. Grace Durham et Fabio Trümpy sont réunis dans le duo Deposuit potentes de sede, d’une belle fluidité, avant que l’alto anglaise déploie la rondeur de son mezzo dans un Suscepit Israel d’une intériorité parfaitement calibrée. Les forces orchestrales et chorales baignent la conclusion Gloria Patri et la fugue du Sicut erat in principio d’une plénitude qui emplissent magistralement la Cathédrale Saint-Pierre, avant, en viatique, un Allelulia de Buxtehude non moins généreux dans la spiritualité derrière sa facture plus austère.

Le lendemain, Lila Hajosi et les chanteuses de l’Ensemble Irini mettent en scène, avec la complicité d’Aïda Gabriels, le répertoire médiéval, et plus particulière de ses figures féminines, dont Hildegarde von Bingen est l’icône la plus connue. Ouvert et refermé par la déambulation de la danseuse Faustine Aziyadé dans la nef de l’Abbaye aux dames, le programme donne corps à ces polyphonies lointaines et fascinantes, devant un auditoire plus intimiste, et illustre l’engagement du Festival de Saintes à défendre, depuis ses débuts, plus de huit siècles de musique comme s’ils étaient nos contemporains.

Gilles Charlassier