Ruines romantiques du Prieuré de Saint-Pierre-en-Chastres (c) Marine Park
Ruines romantiques du Prieuré de Saint-Pierre-en-Chastres (c) Marine Park

Festival des Forêts 2026, une 34e édition résiliente : quand la musique s’accorde au rythme de la nature

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Malgré une canicule historique qui a bouleversé son organisation, le Festival des Forêts a maintenu le cap de sa 34e édition. Horaires repensés, concerts adaptés, promenades musicales au cœur de la forêt : loin d’altérer l’esprit du festival, ces ajustements ont rappelé combien la musique peut dialoguer avec la nature et rassembler un public fidèle venu partager une expérience artistique hors du commun.

Une édition façonnée par la canicule

L’été 2026 restera marqué par un épisode de chaleur exceptionnel qui a touché toute l’Europe. Comme de nombreux festivals, le Festival des Forêts n’a pas échappé à ces contraintes. Dès les premiers jours, plusieurs rendez-vous ont dû être repensés : le concert-événement Te Deum pour Notre-Dame de Thierry Escaich, initialement prévu avec orchestre et chœurs au Théâtre impérial de Compiègne, s’est transformé en récital d’orgue, tandis que plusieurs manifestations ont été décalées afin de préserver artistes, équipes et public. Loin de subir ces circonstances, le festival a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation.

Un festival au carrefour du patrimoine et de la nature

« Le Festival des Forêts est bien plus qu’un festival de musique. Nous faisons dialoguer les œuvres d’aujourd’hui avec le grand répertoire tout en valorisant le patrimoine, qu’il soit musical, architectural ou naturel. Les concerts investissent aussi bien le Théâtre impérial de Compiègne, le château de Pierrefonds, les églises des villages que le cœur de la forêt. Le Prieuré de Saint-Pierre-en-Chastres incarne parfaitement cette identité : ce lieu exceptionnel accueille aujourd’hui répétitions, actions pédagogiques et concerts grâce à une nouvelle orangerie. Notre ambition est de montrer que le spectacle vivant peut contribuer à faire vivre les sites patrimoniaux et à sensibiliser le public à la préservation du vivant », nous explique Alexandra Letuppe, directrice du Festival des Forêts.

Concert « Das Jahr » (c) Marine Park
Concert « Das Jahr » (c) Marine Park

Les saisons dialoguent entre poésie et musique

Le 11 juillet, au Square Balsan-Chanel de Lacroix-Saint-Ouen, les deux concerts de la soirée, initialement programmés à 18 h et 21 h, ont été décalés afin de permettre au public de profiter de la fraîcheur retrouvée après le coucher du soleil.

Marie Vermeulin y proposait Das Jahr (L’Année) de Fanny Mendelssohn, cycle de douze pièces qu’elle vient d’enregistrer. Chaque miniature dialoguait avec un poème d’Adeline Baldacchino, lu par l’autrice elle-même. Littérature et musique s’entremêlaient avec naturel, dessinant un véritable calendrier intérieur où alternaient joie, contemplation, mélancolie et élan romantique. Sous les doigts de la pianiste, les filiations avec Schumann, Chopin ou encore les Romances sans paroles de Félix Mendelssohn apparaissaient sans jamais masquer la personnalité singulière de Fanny.

Alexandre Gasparov et Xavier Phillips (c) Marine Park
Alexandre Gasparov et Xavier Phillips (c) Marine Park

La nuit tombée, Alexandre Gasparov et Xavier Phillips prolongeaient ce voyage au fil des mois avec Les Saisons de Tchaïkovski, dans la transcription pour violoncelle et piano réalisée par Alexandre Gasparov. En prélude, Impressions d’Yver, œuvre pour violoncelle seul commandée par le Festival des Forêts et créée à Compiègne en 2002, donnait le ton de la soirée. Le duo feuilletait ensuite, mois après mois, le calendrier poétique de Tchaïkovski, faisant défiler les saisons dans un dialogue d’une grande complicité.

Chaque pièce était introduite par son épigraphe — emprunté notamment à Pouchkine ou à Tolstoï — d’abord déclamé en russe par le pianiste, puis en français par le violoncelliste, ajoutant une dimension littéraire à cette promenade musicale. Le chant naturel du violoncelle révélait toute la poésie de cette œuvre conçue à l’origine pour le piano. Au fil des saisons, le dialogue entre les deux musiciens gagnait en intensité, emportant progressivement l’adhésion du public. En prolongement du programme, le duo offrait deux pages de Tchaïkovski, Nocturne et Valse sentimentale, comme un délicat épilogue à cette soirée.

Concert déambulation le 12 juillet
Concert déambulation le 12 juillet

Une forêt devenue salle de concert

Le lendemain, la journée de clôture débutait par une promenade musicale autour des étangs de Saint-Pierre. Là encore, la météo imposait un départ plus tardif, ce qui n’a pas découragé les nombreux mélomanes venus partager cette expérience singulière.

Ponctuée de plusieurs haltes musicales, la déambulation voyait Aurélien Pascal et Raphaël Feuillâtre alterner œuvres en solo et en duo, de Bach à Villa-Lobos, de Manuel de Falla à Roland Dyens, jusqu’à la création mondiale commandée par le festival à Sergio Assad. Les bruisissements du vent, le frémissement des feuilles et les reflets de l’eau semblaient prolonger les phrases musicales, comme si la forêt elle-même devenait un partenaire de ce concert en plein air.

Conque acoustique (c) Marine Park
Conque acoustique (c) Marine Park

Grande nouveauté de cette édition, la conque acoustique réalisée par L’École nationale supérieure d’architecture de Versailles (ÉNSA Versailles), offrait une résonance étonnamment enveloppante en plein air, renforçant encore cette impression d’intimité entre artistes et auditeurs.

Le concert final, donné dans les ruines romantiques du Prieuré de Saint-Pierre-en-Chastres, prolongeait cette atmosphère. Dans un programme allant de Fauré, Mendelssohn et Schumann à Villa-Lobos, Gnattali, Piazzolla et Sergio Assad, Aurélien Pascal déployait un violoncelle d’un lyrisme généreux, porté par un vibrato mesuré et un phrasé d’une grande souplesse. Face à lui, Raphaël Feuillâtre faisait oublier les limites de la guitare. Tantôt pianiste, tantôt harpiste, parfois même percussionniste, il en explorait toutes les couleurs sonores avec une élégance et une maîtrise remarquables.

Dans la Sonate de Radamés Gnattali, toute hiérarchie entre les deux instruments s’efface. Violoncelle et guitare dialoguent d’égal à égal, portés par une écriture virtuose qui fait naître un jeu d’échanges permanent, où les deux lignes se répondent, se rejoignent et s’entrelacent avec une remarquable fluidité. La création d’Entre Cordes de Sergio Assad, commande du festival, apportait enfin une ouverture contemporaine à cette soirée placée sous le signe du voyage.

Aurélien Pascal et Raphaël Feuillâtre (c) Marine Park
Aurélien Pascal et Raphaël Feuillâtre (c) Marine Park

Un festival où l’on vient autant pour partager que pour écouter

Le public du Festival des Forêts ne se limite pas aux habitués de la région. Français, Britanniques, Brésiliens ou visiteurs venus des pays voisins se retrouvent ici autour d’une même curiosité pour la musique et la nature.

Au moment de l’apéritif de clôture organisé dans les ruines du prieuré, artistes, bénévoles et festivaliers échangeaient encore autour des concerts de la journée. L’atmosphère évoquait ces grands festivals européens où la convivialité fait partie intégrante de l’expérience.

Apéritif champêtre (c) Marine Park
Apéritif champêtre (c) Marine Park

Un fidèle spectateur résumait ainsi :

« C’est un festival très chaleureux, avec une qualité musicale remarquable. Malgré la canicule, l’organisation a été exemplaire. Beaucoup d’événements ont été annulés ailleurs ; ici, tout a été fait pour maintenir cette magnifique aventure. »

Plus qu’une succession de concerts, cette 34ᵉ édition aura démontré qu’un festival peut s’adapter aux aléas climatiques sans jamais renoncer à son identité. Ici, la musique ne se contente pas de résonner dans la forêt : elle dialogue avec elle, invitant chacun à porter un regard renouvelé sur le patrimoine, les paysages… et le temps qui passe.

Marine Park, le 12 juillet 2026 à Compiègne.

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni