Festival Berlioz 2026 La Damnation de Faust (c) Bruno Moussier

Le Festival Berlioz 2026 à la Côte Saint-André : la danse avant tout !

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Le Festival Berlioz, qui se déroule chaque année dans le village natal du compositeur, La Côte-Saint-André, en Isère, était placé cette année sous le signe de la danse : « Dansons maintenant ». Cette édition, du 19 au 30 août 2026, était également la dernière dirigée par Bruno Messina, qui rejoindra l’année prochaine la direction des « Chorégies d’Orange ».

Le Château Louis XI, ainsi dénommé car ayant supposément reçu la visite du roi, accueille les grands concerts du Festival, l’église du Bourg, où fut baptisé le compositeur, étant le lieu privilégié de la musique de chambre.
Parmi les œuvres célèbres du répertoire berliozien, deux d’entre elles étaient programmées à deux jours d’intervalle : « La Damnation de Faust », puis « Les Nuits d’été ».

Le chef d’orchestre Mathieu Herzog était attendu à la tête de « son » orchestre, « Appassionato », dans cette « Légende dramatique en quatre parties », dans laquelle Hector Berlioz s’est emparé du premier Faust de Goethe et dont la traduction par Gérard de Nerval avait impressionné le jeune compositeur.

On sait l’importance des chœurs dans cette œuvre inclassable. Pour ce faire, il avait été choisi l’alliage d’un chœur professionnel, le « Chœur Spirito », de chœurs amateurs régionaux ainsi que d’un chœur d’« insertion professionnelle ». Cette association a parfaitement fonctionné et l’on peut féliciter à cet égard Thibaut Louppe pour sa préparation des chœurs, formidables de bout en bout. Sans oublier l’orchestre « Appassionato », d’une parfaite justesse et homogénéité, et d’un dynamisme à l’image de son directeur artistique et musical.
On peut regretter que le plateau de solistes n’ait pas été à la hauteur de l’événement que constitue — toujours — l’exécution de la « Damnation de Faust ». D’autant que l’ouvrage est d’une très grande exigence pour les quatre solistes. Si le ténor Jérémie Schütz a sans doute la voix pour chanter Faust, nous lui découvrons un peu tard cette qualité, au fur et à mesure de la « Damnation ». Marguerite était incarnée par la mezzo-soprano Ambroisine Bré, dont on a pu apprécier par ailleurs la beauté du timbre et la musicalité. Elle nous a donné l’impression d’être passée à côté de son interprétation, sans nuances et presque… scolaire.

La belle surprise est venue de la basse Alexander Roslavets qui, dans cette version de concert de la « Damnation », nous a donné un « Méphistophélès » joliment diabolique, s’appuyant sur un timbre chaud et puissant et jouant subtilement avec son personnage. Le baryton Arthur Dougha interprétait le petit rôle de Brander, compagnon éphémère de Faust, avec peut-être trop de discrétion.

Festival Berlioz 2026 – Alexander Roslevets © Bruno Moussier

Regrets d’autant plus forts que l’on a été, par ailleurs, conquis par la lecture passionnante de la « Damnation » du chef Mathieu Herzog. Son interprétation met en valeur le discours souvent négligé du désespoir inhérent à cette œuvre. Elle n’efface en rien la vision poétique et intérieure du Faust de Berlioz. Elle confère puissance, tension dramatique et gravité là où, trop souvent, on s’égare dans des tournures faites de rêveries qui se veulent romantiques.

Autre chef-d’œuvre d’Hector Berlioz mis à l’honneur dans le Festival — et non des moindres : « Les Nuits d’été », fruit de la collaboration du compositeur et de son ami, l’écrivain Théophile Gautier.

Six poésies composent ce cycle de mélodies, extraites de « La Comédie de la Mort » (1838), le titre rappelant le ton très mortifère de l’ouvrage.

C’est la mezzo-soprano Eva Zaïcik qui a été choisie pour interpréter cette œuvre, accompagnée par l’« Orchestre de Chambre de Paris », placé sous la direction de Thomas Hengelbrock. On a remarqué très tôt la chanteuse pour ses très belles interprétations en musique ancienne. Elle a opportunément élargi son répertoire et il n’est pas étonnant de la retrouver dans cette œuvre mythique de Berlioz, qui fit la gloire de Régine Crespin.

Festival Berlioz 2026 – Les Nuits d’été – Eva Zaïcik © Bruno Moussier

On a apprécié sa ligne de chant, sa simplicité souriante, dans cette œuvre aux résonances sombres et tragiques. Peut-être son interprétation aurait-elle gagné à être plus nuancée pour nous emporter dans ce voyage romantique ?…

Elle a été accompagnée avec attention par l’Orchestre de Chambre de Paris, dirigé avec beaucoup de précision et d’écoute par Thomas Hengelbrock.

Ce concert avait débuté par l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été de Félix Mendelssohn, dans laquelle on attendait un peu plus de rondeur et de légèreté. Il était clôturé par la Symphonie n° 8 d’Antonín Dvořák. L’Orchestre de Chambre de Paris a fait merveille dans cette musique qui célèbre avec bonheur le mariage de la musique populaire traditionnelle et de la musique savante.

Le thème du Festival Berlioz 2026 étant la danse, il n’était pas surprenant qu’Hervé Niquet s’en mêle avec l’humour qu’on lui connaît…

À la tête d’un « Orchestre Lamoureux » survolté, il s’est emparé d’une partition qui sommeillait quelque peu : La Belle au Bois dormant de Ferdinand Hérold (1791-1833), compositeur français du début du XIXe siècle, plus que rarement interprété.

Il s’agit d’un « ballet-pantomime-féerie », créé le 27 avril 1829 à l’Académie royale de musique de Paris.

Festival Berlioz 2026 – La Belle au bois dormant © Bruno Moussier

Sur l’histoire de Charles Perrault, Hérold a tissé une musique aux rythmes parfois puissants, parfois délicats, une musique toujours expressive, souvent aux allures de marches, et qui, dans sa version originale, présentait une durée de trois heures…

La Danse-Pantomime proposée est celle de « Shirley et Dino », les comédiens Corinne et Gilles Benizio, avec le concours de la Compagnie des Chicos Mambo et du chorégraphe Philippe Lafeuille ; Hervé Niquet ne se privant pas d’intervenir à loisir pour commenter l’action, qui dérape constamment vers le burlesque, avec plus ou moins de bonheur…

La troupe de danseurs s’implique totalement et joue à la perfection une partition chorégraphique magnifiquement interprétée mais qui, peu à peu, ne peut échapper à l’ennui.

Le Festival Berlioz, c’est aussi, traditionnellement, l’occasion d’écouter de la musique de chambre dans l’église de La Côte-Saint-André, dans le courant de l’après-midi.

Des trois concerts proposés, c’est celui donné par le pianiste Jean-François Heisser qui a retenu plus particulièrement notre attention.

Auparavant, deux autres concerts avaient une ambition : l’un d’évoquer les rapports d’Hector Berlioz et de la guitare, l’autre de mettre en perspective musicale George Sand et divers compositeurs.

Festival Berlioz 2026 – Berlioz et la Guitare © Bruno Moussier

« Berlioz et la Guitare : une intimité retrouvée », tel était le titre de ce concert qui n’a pas tenu ses promesses. Non que le sujet et les musiques n’aient pas présenté d’intérêt, au contraire. L’exploration proposée, visant à retrouver maintes « romances », composées pour la plupart au tournant des XVIIIe et XIXe siècles par des compositeurs dont on a rarement entendu le nom, voire jamais, est, en soi, passionnante. Mais l’interprétation souvent inégale des deux sopranos Anne-Sophie Duprels et Céline Laly n’a pas permis d’adhérer à ce programme que l’on a hâte de revoir autrement. On aura regretté que la guitare (identique à celle que le jeune Berlioz a pu posséder et jouer) ne soit pas davantage mise en valeur en tant que patrimoine instrumental et musical, nous rappelant que Berlioz était avant tout guitariste. Et ce, en dépit de la belle interprétation d’Antonin Vercellino.

C’est sous le titre « Les Rêves ne manquent jamais » qu’était proposée une lecture musicale autour de George Sand, par la récitante — et ancienne ministre de la Culture de 2022 à 2024 — Rima Abdul Malak et la pianiste Marie-Josèphe Jude.

Festival Berlioz 2026 – Les Rêves ne manquent jamais © Bruno Moussier

George Sand, dont on commémore cette année le 150e anniversaire de la disparition, avait toute sa place dans cette évocation musicale qui se devait de donner la parole à Frédéric Chopin, l’un de ses plus célèbres amants, mais aussi à des compositrices telles que Clara Schumann, Mel Bonis ou Lili Boulanger, ainsi qu’à Claude Debussy, Félix Mendelssohn, Johannes Brahms et d’autres encore…

Côté lectures, outre quelques lettres savoureuses de George Sand, avaient été choisis des textes, notamment de poétesses telles qu’Anna de Noailles, Andrée Chedid ou Marceline Desbordes-Valmore.

L’association de la pianiste, au jeu sobre et expressif, et de la récitante, au ton non conventionnel, a été très heureuse. Elle a surtout permis de retrouver avec plaisir la restitution d’un univers raffiné et alors préoccupé de l’essentiel : l’art au service de l’humain.

On sait que Jean-François Heisser est un fin connaisseur de la musique espagnole, qu’il a enregistrée à de nombreuses reprises.

Le pianiste était donc pleinement dans son élément pour nous plonger dans l’univers à la fois nostalgique et parfois triste de Frédéric Chopin et des « Chansons et Danses » du compositeur catalan Federico Mompou (1893-1987), que Jean-François a connu.

D’inspiration populaire et émanant des souvenirs du compositeur catalan, les Chansons et Danses de Mompou faisaient justement écho aux Mazurkas de l’opus 50 et aux Deux Polonaises de l’opus 26 de Frédéric Chopin. Écho auquel le pianiste ajouta la beauté des Danses du Tricorne de Manuel de Falla.

Festival Berlioz 2026 – Jean-François Heisser © Bruno Moussier

Il fallait le talent de Jean-François Heisser pour redonner vie à ces danses, pleinement au cœur de la thématique du Festival.

En bis, et pour terminer cette rencontre entre deux nostalgies, le pianiste jouait un Fandango (encore une danse…) d’Enrique Granados (1867-1916).

En marge des concerts, mais au cœur du Festival, se tenait un passionnant Colloque international sur le thème « Danser au siècle de Berlioz », au Musée Hector Berlioz, maison natale du compositeur, et placé sous la direction scientifique de Cécile Reynaud et de Gisèle Séginger.

Reste à souhaiter au nouveau directeur, non encore désigné à cette heure, de poursuivre le chemin entrepris et que vive la musique d’Hector Berlioz !

 


Festival Berlioz 2026 « Dansons maintenant » La Côte-Saint-André (Isère)

Mardi 25 août Château Louis XI
La Damnation de Faust de Hector Berlioz
Direction musicale : Mathieu Herzog
Appassionato, Chœur Spirito, chœurs d’insertion professionnelle et amateurs régionaux
Marguerite Ambroisine Bré, mezzo-soprano
Faust Jérémie Schütz, ténor
Méphistophélès Alexander Roslavets, basse
Brander Arthur Dougha, baryton
Préparation des chœurs : Thibaut Louppe

Mercredi 26 août Château Louis XI
La Belle au Bois dormant de Ferdinand Hérold
Direction musicale : Hervé Niquet
Orchestre Lamoureux
Les Chicos Mambo
Corinne et Gilles Benizio (Shirley et Dino) : mise en scène
Philippe Lafeuille : chorégraphe
Claire Niquet : costumes

Jeudi 27 août Château Louis XI
Ouverture du Songe d’une nuit d’été de Félix Mendelssohn
Les Nuits d’été Hector Berlioz
Symphonie n° 8 Antonín Dvořák
Orchestre de Chambre de Paris
Mezzo-soprano : Eva Zaïcik
Direction musicale : Thomas Hengelbrock

Mardi 25 août, 17 h, église de La Côte-Saint-André
Les Rêves ne manquent jamais, lecture musicale autour de George Sand
Récitante : Rima Abdul Malak
Piano : Marie-Josèphe Jude

Jeudi 27 août, 17 h, église de La Côte-Saint-André
Berlioz et la guitare : une intimité retrouvée
Soprano : Céline Laly
Soprano : Anne-Sophie Duprels
Guitare : Antonin Vercellino

Mercredi 26 août, 17 h, église de La Côte-Saint-André
Danses pour piano
Piano : Jean-François Heisser
Œuvres de Federico Mompou, Frédéric Chopin, Manuel de Falla

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.