Concert d'ouverture FIC Bertrand Schmitt

Festival international de Colmar 2026: Excellence et découvertes

5 minutes de lecture

Le Festival international de Colmar est un rendez-vous musical incontournable. Sous la direction éclairée et chaleureuse de son directeur artistique, le chef d’orchestre Alain Altinoglu, il se tient du 4 au 14 juillet 2026, et permet, comme toujours, de belles découvertes musicales.  

 

Le Festival international de Colmar a bien trouvé sa place, aux portes de l’été.

Cette année 2026 a été l’occasion pour Alain Altinoglu, son Directeur artistique,  d’y associer l’un de « ses » orchestres, cette année celui de l’Opéra de Bruxelles, l’Orchestre symphonique de la Monnaie. Au point d’engager cette célèbre phalange pour le concert d’ouverture du Festival et le concert suivant.

Echo d’une « saison wagnérienne » qui a marqué les esprits à l’Opéra de la  Monnaie à Bruxelles et au cours de laquelle on a pu entendre le « Ring » de Richard Wagner (1813-1883), Alain Altinoglu a choisi pour le concert d’ouverture « La Chevauchée des Walkyries », extrait de l’Acte III de l’opéra  « La Walkyrie ». En dépit de sa brièveté, on aura pu apprécier  la richesse des timbres des vents et le velouté des cordes.

Le concert se poursuivait avec l’un des sommets de la musique vocale et orchestrale du compositeur allemand Richard Strauss (1864-1949), les « Vier letzte Lieder ( Quatre derniers lieder). Composés en 1948 alors qu’il était réfugié en Suisse, ce cycle met en musique pour voix haute trois poèmes  de  Hermann Hesse pour 3 des lieder.  Pour le dernier  des lieder c’est un poème de Joseph von Eichendorff qui a été choisi: « Im Abendrot  »  (Dans le rouge du couchant). Si dans le premier lied « Frühling » (Printemps) on retrouve le climat émotionnel des lieder de jeunesse du compositeur,  à l’inverse, dans « Im Abendrot' », le dernier des quatre lieder,  c’est une vision testamentaire qui s’impose, le crépuscule de la vie qui surgit.

Masabane Cecilia Rangwasha
(c) FIC Bertrand Schmitt

 

C’était l’occasion de découvrir une soprano sud-africaine Masabane Cecilia Rangwanasha : la voix, et singulièrement le timbre, sont exceptionnels. Son chant est ferme et puissant et épouse les méandres straussiens à merveille. Seule réserve, une certaine uniformité dans l’interprétation de ce cycle conçu comme un voyage dans la vie.

Le concert s’achevait avec le poème symphonique du même compositeur, son Opus 30, « Also sprach Zarathustra » (Ainsi parlait Zarathoustra).

Cette pièce -« librement composée d’après Friedrich Nietzsche« – selon les propres termes de Richard Strauss, est d’une durée conséquente, car elle dépasse la demi-heure. Jouée d’un seul tenant, elle comporte en réalité 9 « séquences » qui se succèdent sans interruption.

Ce poème symphonique quelque peu étrange, comme une errance musicale, mérite le qualificatif d' »énigmatique » apposé à son endroit par Alain Altinoglu à l’issue de son interprétation,  en s’adressant au public. Hormis l’éclatante et bien connue introduction dénommée « Lever du soleil »,  Richard Strauss nous fait voyager dans un climat très abstrait. L’Orchestre symphonique de la Monnaie y mène son chemin, sous la direction très impliquée de son chef.

Ce dernier a souhaité s’éloigner  de ces brumes straussiennes en interprétant un bis. Il a choisi un extrait d’une pièce symphonique du compositeur britannique Elgar …les « Variations Enigma »….!

Le deuxième concert donné par l’Orchestre symphonique de la Monnaie le lendemain faisait la part belle à la musique française.

Pour débuter cette soirée, il a  été choisi « Le Carnaval romain », opus 9 d’Hector Berlioz. Cette pièce est étroitement liée à son opéra « Benvenuto Cellini » dont on sait par ailleurs qu’il fut un échec. Cette pièce reprend certains des thèmes de l’opéra, mais s’en distingue, car c’est une pièce autonome. Sous la direction énergique d’Alain Altinoglu, cette pièce, traversée de tensions, de rythmes effrénés, de foudres musicales, a permis une nouvelle fois, à l’Orchestre de la Monnaie, de faire la démonstration de la qualité de ses pupitres, notamment de ses vents. Très belle et émouvante entrée du cor anglais…

Si le concerto pour violoncelle de Camille Saint Saëns comporte 3 mouvements, ceux-ci se succèdent sans interruption.

Edgar Moreau
(c) FIC Bertrand Schmitt

C’est Edgar Moreau,  jeune virtuose de la discipline, chef de file de la nouvelle génération du violoncelle français, qui interprétait magnifiquement ce premier concerto en la mineur, opus 33.  Concerto parfois un peu redondant et aux tournures acrobatiques et que l’on a eu plaisir à retrouver dans son interprétation très accomplie. Affrontant une canicule qui a mise à mal musiciens et instruments, Edgar Moreau l’a interprété avec panache et avec cette sorte d’insouciance feinte qui le caractérise.

Cette soirée s’est achevée en triomphe pour l’orchestre et son chef, avec le fameux « Peer Gynt », opus 23, du compositeur norvégien Edvard Grieg (1843-1907). Grieg a composé cette œuvre à la demande du dramaturge Ibsen et est à l’origine une musique de scène. Alain Altinoglu fait merveille à la tête  de son orchestre dans cette partition faussement simple. On ne retient trop souvent que la chanson de Solveig dont le thème revient sans cesse.  Empreinte de thèmes populaires, la musique de Grieg est un bijou d’écriture symphonique, enracinée dans la culture scandinave et d’une légèreté poétique sans pareille. Apparue dans une robe printanière, la soprano norvégienne Sofia Nesje Enger a le timbre idéal, tant il évoque la dimension populaire de l’œuvre. Sa simplicité est touchante et elle nous emmène volontiers au pays des songes du Nord.

Pour terminer, un nouveau « bis » orchestral avec le « Pas d’Esclaves nubiennes « , très court extrait de l’opéra d’Hector Berlioz « Les Troyens ».

 

Anastasiya Magamedova
(c) FIC Bertrand Schmitt

Auparavant on aura pu applaudir une jeune pianiste, Anastasia Magamedova, grâce au partenariat noué par le Festival avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse. Elle a présenté, tout en puissance et sérénité,  un programme original d’œuvres de compositrices de Clara Schumann à Sato Matsui (née en 1991), le dernier mot restant aux  « Trois pièces pour piano » de la géniale Lili Boulanger, disparue à l’âge de 25 ans, première femme a avoir reçu le Grand Prix de Rome.

 

Duo Argos
(c) FIC Bertrand schmitt

Enfin, un duo improbable, mais bluffant, nous attendait au Théâtre municipal de Colmar: le Duo Argos, composé de Julien Beautemps à l’accordéon et de Sotiris Athanasiou à la guitare, dont l’ambition est de « réinventer les classiques » de Mozart à Chick Corea ! Comme ce sont d’exceptionnels musiciens et que leur entente est -aussi- exceptionnelle, le résultat est du même ordre: leurs arrangements sont remarquables  et ils les poursuivent et les développent en improvisations infinies. Ce Duo fait précisément partie des opportunes  découvertes du Festival, heureux contrepoints aux grandes œuvres du répertoire, magnifiées cette année par l’Orchestre symphonique de la Monnaie et son premier violon Sylvia Huang.

 

Festival International de Colmar 2026

Lundi 6 juillet -12h30- Koïfus

Anastasiya Magamedova, piano

Œuvres de Lili Boulanger, Clara Schumann, Sato Matsui, Cécile Chaminade

 

Lundi 6 juillet -18h- Théâtre municipal de Colmar

Duo ARGOS

Julien Beautemps, accordéon

Sotiris Athanasiou, guitare

Oeuvres de Mozart, Gershwin, Ravel, Piazzola, Theodorakis, Corea

 

Dimanche 5 juillet  -20h30- Eglise Saint-Mathieu

Richard Wagner

« La chevauchée des Walkyries »

Richard Strauss

4 derniers Lieder, op. posth.

« Ainsi parlait Zarathoustra » op.30

Masabane Cecilia Rangwanasha, soprano

 

Lundi 6 juillet -20h30- Eglise Saint-Mathieu

Hector Berlioz

« Le Carnaval romain » op.9

Camille Saint-Saëns

Concerto pour violoncelle et orchestre no.1, la min., op.33

Edvard Grieg

« Peer Gynt » op.23 (extraits)

Sofia Nesje Enger, soprano

Edgar Moreau, violoncelle

Orchestre symphonique de la Monnaie

Alain Altinoglu, Direction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.