La saison lyrique 2025-2026 de l’Athénée–Théâtre Louis-Jouvet bat son plein, portée par une programmation à la fois riche et inventive. Parmi les propositions à l’affiche figure un ouvrage centenaire : No, No, Nanette de Vincent Youmans, sur un livret signé Otto Harbach, Frank Mandel, Burt Shevelove et Irving Caesar.
Depuis près de quinze ans, l’ensemble Les Frivolités Parisiennes — fondé par Benjamin El Harbi et Mathieu Franot — s’attache à redonner vie à un répertoire longtemps négligé, voire injustement relégué au rang de divertissement désuet : celui de l’opérette et de ses multiples avatars, dont la comédie musicale. Une entreprise salutaire, tant ce genre recèle de vitalité et d’invention lorsqu’il est servi avec intelligence.
Avec No, No, Nanette, créé en 1925 à Broadway au Globe Theatre, les « Frivos » s’attaquent à un monument du genre. Le succès fut, à l’époque, considérable, porté notamment par des airs devenus emblématiques tels que Tea for Two ou I Want to Be Happy. Au-delà de son triomphe, l’œuvre contribua à poser les bases de la comédie musicale américaine moderne.
Pour cette résurrection, Les Frivolités Parisiennes se sont entourées d’artistes inspirés. Christophe Mirambeau signe une adaptation particulièrement réussie, jouant avec les codes du livret original jusqu’à une forme de caricature assumée, qui confère au spectacle une saveur à la fois très américaine… et délicieusement parisienne.

L’intrigue, menée tambour battant entre New York et Atlantic City, met en scène un éditeur de Bibles enrichi, empêtré dans les complications causées par ses trois maîtresses, un avocat prêt à le tirer d’affaire moyennant finances, leurs épouses d’une naïveté toute relative, et la jeune Nanette, orpheline placée sous leur tutelle.
Figure résolument moderne, Nanette incarne une jeunesse féminine en quête de liberté. Si le mariage ne lui est pas étranger, il ne saurait se concevoir sans une pleine jouissance de l’existence : danser, voyager, s’émanciper. Et, comme le veut la tradition de cette Amérique fantasmée, tout finit par s’arranger — notamment grâce à l’argent.
La mise en scène d’Emily Wilson et Jos Houben séduit par sa vivacité, son sens du rythme et son humour constant. Elle s’appuie sur une scénographie ingénieuse aux décors mobiles particulièrement efficaces, des costumes raffinés signés Oria Puppo, et une chorégraphie brillante de Caroline Roëlands, qui incarne également avec finesse Sue Smith.
La distribution, très investie, contribue largement à la réussite de l’ensemble. Marion Préïté campe une Nanette vive et nuancée, mêlant fraîcheur, espièglerie et subtilité, et traduisant avec justesse les tensions entre tradition et modernité du personnage. Lauren Van Kempen, en Lucille Early, déploie une fantaisie savoureuse, tandis que Véronique Hatat, Maeva Simonnet et June Van der Esch composent un trio de maîtresses aussi drôles que redoutablement efficaces.
Marie-Élisabeth Cornet s’impose en Pauline, gouvernante haute en couleur et véritable pivot dramatique, dont les menaces répétées de démission deviennent un motif comique récurrent.

Du côté masculin, Arnaud Maselet prête à Jimmy Smith une bonhomie touchante, tandis que Ronan Debois campe un Billy Early volontiers bavard et intéressé. Loaï Rahman, en Tom Trainor, séduit par son énergie et sa présence scénique ; il forme avec Nanette un duo convaincant, notamment dans le célèbre Tea for Two, moment phare de la soirée.
Clin d’œil savoureux : le spectacle offre même à un aspirateur un rôle à part entière, preuve d’un humour qui ne recule devant rien.
Les dix danseurs-chanteurs méritent également d’être salués pour leur précision et leur engagement, contribuant à faire de l’ensemble une mécanique parfaitement huilée.

Si la partition ne brille pas toujours par son audace, elle séduit néanmoins par son efficacité et son irrésistible gaieté.
L’Orchestre des Frivolités Parisiennes, visiblement complice, s’amuse avec cette musique et dialogue avec les chanteurs dans une atmosphère de joyeuse connivence. Sous la direction de Benjamin Pras, également au piano, l’ensemble déploie une énergie communicative.
Un spectacle réjouissant, à découvrir jusqu’au 5 avril 2026.
ATHÉNÉE – Théâtre Louis-Jouvet
Vendredi 27 mars 2026
No, No, Nanette
Musique : Vincent Youmans
Livret : Otto Harbach, Frank Mandel, Burt Shevelove, Irving Caesar
Adaptation : Christophe Mirambeau
Mise en scène : Emily Wilson, Jos Houben
Distribution :
Nanette — Marion Préïté
Lucille Early — Lauren Van Kempen
Sue Smith — Caroline Roëlands
Pauline — Marie-Élisabeth Cornet
Tom Trainor — Loaï Rahman
Jimmy Smith — Arnaud Maselet
Billy Early — Ronan Debois
Flora Latham — Véronique Hatat
Betty Brown — Maeva Simonnet
Winnie Winslow — June Van der Esch
Orchestre : Les Frivolités Parisiennes
Direction musicale, chef de chant et piano : Benjamin Pras
