L’Église Saint-Étienne-du-Mont à Paris, non loin du Panthéon, accueillait le 24 novembre 2025 un concert donné par l’Ensemble Sul Fiato, au cours duquel était créée, en première mondiale, une œuvre de Laurent Couson. La première partie proposait des œuvres de Vivaldi et Fauré.
Ce concert a reçu le soutien de diverses associations, notamment Safe World Peace et Balagan.
Laurent Couson est un chef d’orchestre reconnu depuis de nombreuses années, métier qu’il exerce aux quatre coins du monde. Mais il est également compositeur, un art qu’il n’a jamais cessé de pratiquer.
Célébré en 2020 pour son spectacle musical Electro Symphonic Project et réputé pour ses musiques originales de films, notamment ceux de Claude Lelouch, il s’est également tourné vers la musique sacrée. Il a ainsi créé en 2021 un Requiem XIX, œuvre œcuménique associant les trois cultures et les religions du Livre, chantée en trois langues — latin, hébreu et arabe. Cette œuvre, créée en présence de représentants des trois religions chrétienne, juive et musulmane, a été donnée à de nombreuses reprises dans des églises, des synagogues et des salles de concert. Elle a rencontré un vif succès, d’autant qu’elle est survenue à l’issue d’une période particulièrement difficile liée à la pandémie de Covid et à ses conséquences.

La pièce The Book of Life, créée en première mondiale, se présente comme une suite du Requiem XIX, selon le souhait du compositeur.
Il s’est cette fois appuyé principalement sur le texte de l’Ecclésiaste. Le terme provient du mot Qohélet (קהלת), traduction grecque de l’hébreu, qui signifie « celui qui s’adresse à la foule ». « Vanité des vanités, tout est vanité » : un texte fondateur de la Bible. Outre le Kol Nidrei — littéralement « Tous les vœux » — prière fondamentale du judaïsme ouvrant la liturgie de Yom Kippour, présentée ici dans sa version originale en araméen, Laurent Couson fait également appel à trois poètes de cultures différentes : l’Iranien Hafez, le Marocain Hatim al-Taï et l’Espagnole Sainte Thérèse d’Avila.
Mais l’élément central de l’œuvre, celui qui lui donne son titre, est un poème en anglais, d’inspiration humaniste, qui invite les femmes et les hommes à être inscrits ensemble dans « le Livre de la vie » : The Book of Life. Son auteur est anonyme. Voici ses premiers mots : « Libère-nous du chagrin et du conflit, puissions-nous être dans le Livre de la Vie »…

Cette pièce d’une durée de quarante minutes, composée de neuf numéros et chantée en huit langues, déploie une musique au phrasé mélodieux, ponctuée de passages plus tendus et frémissants, presque interrogatifs. Une musique qui invite à la méditation intérieure, parfois teintée d’une certaine mélancolie. À l’exception du thème central du Book of Life, en forme d’hymne et de marche, résonnant comme un appel pressant et joyeux au dialogue entre religions et cultures, symbole de paix entre les hommes.
La formation choisie pour cette œuvre réunit une chanteuse soliste, un chœur mixte et un ensemble instrumental composé d’un quatuor à cordes, d’une contrebasse, d’un piano et d’une percussion.
Laurent Couson a fait appel à la soprano au timbre chaud et puissant, la merveilleuse Marie-Josée Matar, qui interprète avec naturel une partie particulièrement exigeante. Son timbre charnu, son vibrato discret et sa tonicité vocale en font l’interprète idéale et émouvante de cette musique.

Il a également fait appel à l’excellent Chœur Sul Fiato, composé d’amateurs de haut niveau et dirigé par son directeur artistique, Mathieu Cabanès (également chef dans la première partie de la soirée). Très engagé, le chœur a assuré avec bonheur sa partie, pourtant complexe avec ses huit langues. Il s’est révélé à la fois convaincant et réactif aux intentions du chef.
La partie virtuose de piano a été interprétée avec talent et sensibilité par le concertiste Guillaume Vincent, membre du Trio Zadig.

L’ensemble instrumental, composé de dix musiciens, s’est idéalement fondu dans la direction du compositeur. Le premier violon, Arnaud Pieniezni, a interprété un long solo poignant de grande maîtrise.
Très soucieux de la diction — donc de la compréhension des textes — Laurent Couson a dirigé « sa » création avec passion, énergie et sensibilité, suscitant l’enthousiasme du public, venu nombreux. Assistaient notamment à la soirée plusieurs personnalités, dont des représentants des trois religions : l’Imam Hassan Chalghoumi, Marek Halter et le Père Vernet, délégué du diocèse pour le dialogue interreligieux, ainsi que des personnalités du monde artistique, au premier rang desquelles Claude Lelouch, et du monde politique, tel Michel Barnier.

En première partie, le Chœur Sul Fiato et l’ensemble des cordes ont interprété avec bonheur, sous la direction précise et sensible de leur chef et directeur artistique, Mathieu Cabanès, le fameux Magnificat d’Antonio Vivaldi, composé lui aussi de neuf numéros ; puis Les Djinns, étonnante et mystérieuse œuvre de Gabriel Fauré sur un poème de Victor Hugo.
Longtemps, les belles voûtes de Saint-Étienne-du-Mont résonneront de l’obsédante et lumineuse mélodie du Book of Life.
Église Saint-Étienne-du-Mont, Paris 5e
Le 24 novembre 2025, 20h30
Programme :
The Book of Life — Création de Laurent Couson
Magnificat — Antonio Vivaldi
Les Djinns — Gabriel Fauré
Interprètes :
Marie-Josée Matar, soprano
Guillaume Vincent, piano
Ensemble vocal Sul Fiato (Direction : Mathieu Cabanès)
Ensemble instrumental
Direction : Mathieu Cabanès et Laurent Couson
