Orchestre-Auverge-Rhone-Alpes-le-15-05-2026 (c) Rowan Lee
Orchestre-Auverge-Rhone-Alpes-le-15-05-2026 (c) Rowan Lee

Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes en tournée en Corée — L’esprit néoclassique entre rigueur formelle et liberté expressive

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À l’occasion de sa tournée coréenne, l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes retrouvait le public du Seoul Arts Center dans un programme traversant classicisme, néoclassicisme et création contemporaine. Aux côtés du chef Thomas Zehetmair ainsi que du violoncelliste Sung-Won Yang, les musiciens français ont proposé une lecture d’une grande fluidité, où la rigueur formelle n’excluait pas la liberté du geste ni la richesse expressive des timbres.

Dans le cadre de sa tournée en Corée, l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes se produisait le 15 mai dernier au Seoul Arts Center autour d’un programme reliant Haydn, Britten, Tchaïkovski et la compositrice coréenne Song-Aa Park. Au fil de la soirée se dessinait un véritable fil conducteur : celui d’un esprit néoclassique où l’équilibre des formes, la clarté de l’écriture et une certaine retenue expressive deviennent paradoxalement le terrain d’une liberté musicale renouvelée.

Composée en 1934 alors que le compositeur n’a que vingt ans, la Simple Symphony op.4 de Benjamin Britten porte déjà l’empreinte d’un langage où la vitalité rythmique et la transparence contrapuntique rappellent l’influence du néoclassicisme alors dominant chez Stravinsky ou Prokofiev. Thomas Zehetmair impose une lecture à la fois sobre et rigoureuse. L’orchestre privilégie ici une sonorité sans surcharge, d’une grande lisibilité, laissant apparaître avec naturel les contrastes de caractères et les changements soudains de dynamique. Derrière l’apparente simplicité de l’écriture surgit déjà cette élégance formelle qui fera le lien avec Haydn.

Sung-Won-Yang-c-Rowan-Lee
Sung-Won Yang (c) Rowan Lee

Le Concerto pour violoncelle n°1 de Joseph Haydn constituait le cœur de la soirée. Sung-Won Yang y déployait une approche profondément chambriste, en accord avec l’esthétique défendue par Zehetmair et les musiciens de l’orchestre. Le concerto apparaissait ici comme un dialogue vivant au sein même de l’ensemble orchestral. Le violoncelliste coréen rappelait d’ailleurs lui-même que, au XVIIIe siècle, le concerto relevait davantage d’une collaboration organique entre le musicien principal et l’orchestre que d’une opposition spectaculaire.

Cette conception prenait vie avec une remarquable évidence. Dans le premier mouvement, le violoncelle semblait libérer une énergie longtemps contenue, traversant avec aisance les registres aigus alors encore peu habituels pour l’instrument à l’époque de Haydn. Sung-Won Yang alliait précision classique et spontanéité du phrasé, tandis que l’orchestre soignait les couleurs et les équilibres de timbres. Le mouvement lent chantait avec une douceur presque vocale, évoquant un véritable air d’opéra. Quant au finale, virevoltant et lumineux, il retrouvait un esprit presque baroque par son élan dansant et son sens du rebond rythmique.

Avec Broken Satellite de Song-Aa Park, le programme basculait vers un univers plus contemporain. Les gestes d’archet répétés, les motifs en rotation et les tensions progressives évoquaient effectivement la trajectoire d’un satellite gravitant dans l’espace. L’écriture mettait particulièrement en valeur la cohésion et la souplesse des cordes de l’orchestre.

Enfin, la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski venait clore la soirée dans une ampleur sonore plus affirmée. Sous la direction de Zehetmair, l’œuvre évitait pourtant toute surcharge romantique. Le chef semblait rappeler combien cette partition puise avant tout dans l’admiration du compositeur russe pour l’héritage classique. Derrière la générosité mélodique et les accents folkloriques russes, l’architecture demeurait constamment lisible. L’orchestre faisait alors entendre une sonorité plus large et plus tridimensionnelle.

L’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes confirmait ainsi une identité d’un ensemble capable d’unir rigueur stylistique, esprit chambriste et liberté expressive dans un même souffle.

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni