Quatuor Voce
Quatuor Voce (c) Marine Park

Quatuor Voce : l’Argentine comme terre d’inspiration à la Salle Cortot

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À l’occasion de la sortie de leur album Figures Argentines (le 15 mai, Alpha Classics), le Quatuor Voce présentait le 7 mai à la Salle Cortot un programme nourri de leurs voyages en Argentine. Plus qu’un simple hommage au tango, cette soirée révélait un véritable ancrage artistique : celui d’un ensemble qui, au fil des rencontres à Buenos Aires ou Rosario, semble avoir trouvé dans les musiques argentines une nouvelle respiration collective.

Il y avait dans ce concert quelque chose de profondément vécu. Au delà d’une simple évocation exotique de l’Argentine, il s’agissait d’une restitution sensible d’une expérience humaine et musicale assimilée de l’intérieur. Depuis plusieurs années, les musiciens du Quatuor Voce explorent cet univers, initié avec le spectacle Ceci n’est pas un tango créé en 2020, puis enrichi par leurs séjours argentins, leurs fréquentations des peñas et milongas, ou encore leurs échanges avec des artistes comme Dino Saluzzi, Pablo Marquez ou Gabriel Sivak. À la Salle Cortot, cette immersion trouvait une expression particulièrement organique.

Dès les premières œuvres, le sentiment d’osmose s’imposait. Les quatre musiciens partageaient un même souffle, immédiatement prolongé par le bandonéoniste Jean-Baptiste Henry, dans une extension sonore d’une évidence parfaitement naturelle : chacun participait à une matière sonore commune, souple et sensuelle, où les timbres circulaient avec une remarquable fluidité.

Le programme dessinait un panorama volontairement subjectif des musiques argentines, oscillant entre traditions populaires, arrangements et création contemporaine. Tangos, zamba, chacarera, cueca ou baguala apparaissaient moins comme des genres juxtaposés que comme les multiples facettes d’un même paysage intérieur. Cette circulation permanente entre musique savante et populaire constitue sans doute l’aspect le plus convaincant du projet du Quatuor Voce.

Dans les arrangements de Gabriel Sivak ou Jean-Baptiste Henry, les lignes du quatuor conservaient toute leur finesse chambriste tout en intégrant des rythmiques plus terriennes, presque corporelles. La célèbre Milonga triste de Sebastián Piana, dans sa version pour quatuor et bandonéon, révélait ainsi une texture sonore d’une grande délicatesse, suspendue entre nostalgie et sensualité.

Le concert trouvait également un équilibre subtil entre répertoire et création. Les œuvres commandées à Fernando Fiszbein, Gabriel Sivak ou Jean-Baptiste Henry prolongeaient naturellement cet univers hybride, sans tomber dans l’illustration folklorique. Quant à Piazzolla ou Ginastera, ils apparaissaient ici moins comme des figures tutélaires que comme des points d’ancrage dans une cartographie musicale beaucoup plus vaste.

La qualité d’écoute collective était remarquable tout au long de la soirée : tout semblait naître d’une respiration commune, d’une attention constante aux équilibres et aux couleurs. Cette manière d’habiter ensemble la musique donnait au concert une intensité discrète mais durable.

Avec Figures Argentines, le Quatuor Voce confirme ainsi une orientation artistique profondément personnelle. L’Argentine est devenue pour l’ensemble un véritable territoire musical intérieur, un espace où traditions, création et esprit chambriste se rencontrent dans une rare évidence.

Quatuor Voce

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni