Après le succès de Five Scenes for Orchestra, le compositeur Nathan Henninger dévoile Romanza, un nouvel album orchestral à paraître le 22 mai. Cette œuvre marque une évolution intérieure : à la structure fragmentée du précédent opus succède ici une forme continue, conçue comme un arc narratif unique.
« J’ai voulu écrire une musique plus intime, presque à fleur de peau », confie le compositeur. Né de ses recherches sur les cordes amorcées avec Removing the Mask, le projet s’élargit à un ensemble réunissant cordes, percussions et piano, son instrument.
Votre nouvel album Romanza s’inscrit dans la continuité de Five Scenes for Orchestra. Comment cette œuvre s’est-elle imposée à vous, et en quoi marque-t-elle une évolution dans votre écriture ?
Après Five Scenes for Orchestra, je souhaitais poursuivre dans une écriture orchestrale cinématographique, mais en la faisant évoluer dans sa forme. Cette première œuvre fonctionnait comme une suite — des scènes distinctes, comme des fragments d’un récit plus vaste. Avec Romanza, j’ai été attiré par une forme continue : un poème symphonique qui se déploie sans interruption.
La pièce est née de mon envie de développer l’écriture pour cordes, mais aussi d’explorer le dialogue entre cordes, piano et percussions. Cela m’a permis de travailler à la fois la couleur et le contraste, tout en conservant une écriture très centrée sur la mélodie.
L’évolution tient surtout à cette continuité : au lieu d’une succession de scènes séparées, la musique se déploie comme un flux, où chaque moment naît du précédent.
Vous décrivez Romanza comme une méditation sur l’amour au sens large. Comment avez-vous traduit cette idée de connexion humaine dans la structure et les thèmes de l’œuvre ?
Au cœur de Romanza, il y a un geste musical simple : il s’élève, se suspend, puis retombe dans un mouvement large et apaisé. Il exprime pour moi l’idée de tendre vers l’autre, et la confiance d’être accueilli.
De ce geste naît le thème principal, plus chantant, presque comme une berceuse. Il revient sous différentes formes — parfois chaleureux, parfois fragile, parfois transformé et plus puissant.
La musique traverse des moments de proximité, de jeu, de tension et de perte, mais revient toujours à cette idée centrale. Ce qui m’intéressait, c’était aussi ce qui reste du lien, même lorsqu’il ne subsiste que dans la mémoire — comment faire face à la perte ?
L’album a été enregistré avec une esthétique cinématographique et proposé en Dolby Atmos. Ces technologies influencent-elles votre manière de composer ?
Il y a toujours une dimension cinématographique dans notre manière d’entendre un orchestre. Même en concert, nous percevons l’espace : ce qui est proche, ce qui est lointain, ce qui émerge. C’est presque théâtral. Cela influence naturellement l’écriture.
Pour Romanza, j’ai travaillé étroitement avec mon ingénieur du son, Anton Langer, sur la disposition de l’ensemble afin de créer une véritable profondeur sonore.
Le Dolby Atmos permet d’accentuer cette dimension, en donnant l’impression d’être au cœur de l’orchestre. Mais même en stéréo, cette sensation d’espace et de narration reste très présente. L’essentiel est que la musique reste immersive, quel que soit le mode d’écoute.
Marouan Benabdallah évoque une « idée précise derrière chaque note ». Quelles sont ces idées dans Romanza ?
Une idée musicale naît souvent d’un geste porteur de sens. Dans Romanza, la figure initiale — qui s’élève, se suspend, puis retombe — évoque un mouvement très humain : prendre un risque et faire confiance.
À partir de là, la musique se développe comme un langage. Les instruments se répondent, se soutiennent, parfois se confrontent. Je pense souvent cela en termes presque théâtraux, comme si chaque ligne avait un rôle à jouer dans un récit plus vaste.
Ainsi, « l’idée derrière chaque note » n’est jamais abstraite : elle est liée à un geste, à une émotion, à un moment que la musique cherche à rendre vivant.
Pouvez-vous nous parler de l’enregistrement à Budapest et de cette collaboration ?
Enregistrer à Budapest a été une expérience marquante. La salle — souvent décrite comme « l’Abbey Road de Budapest » — possède une chaleur et une résonance qui influencent immédiatement le son.
Le Budapest Scoring Orchestra réunit des musiciens à la fois très précis et très flexibles, ce qui était idéal pour une œuvre aussi changeante que Romanza.
La collaboration avec Marouan Benabdallah a également été essentielle. Il a été un véritable plaisir de travailler avec lui, et la préparation que nous avons pu faire ensemble a fait une réelle différence. L’ensemble de l’orchestre et de l’équipe a apporté une chaleur, une ouverture et un engagement expressif à la musique.
Tout le processus s’est déroulé dans un esprit profondément collaboratif, où la salle, les musiciens et l’équipe technique ont contribué à façonner le son final.

Pensez-vous Romanza comme une œuvre ouverte, dans laquelle chacun peut projeter sa propre histoire ?
Je l’espère. J’essaie d’être très spécifique dans ce que je ressens, tout en laissant suffisamment d’espace pour que l’auditeur puisse entrer dans la musique à sa manière.
Romanza ne raconte pas une histoire figée, mais crée un espace où quelque chose de personnel peut émerger. La musique traverse différents états émotionnels, mais leur sens peut varier selon chacun.
J’ai toujours été touché par l’idée que ce que nous perdons n’est jamais totalement absent. Dans Le Petit Prince, les étoiles deviennent une manière de ressentir la présence de quelqu’un qui n’est plus là.
Si la musique permet à quelqu’un de se reconnecter à un souvenir ou à quelque chose d’important pour lui, alors elle a accompli ce que j’espérais.
Votre écriture privilégie une immédiateté émotionnelle et une certaine accessibilité. Quel lien souhaitez-vous créer avec le public ?
Je souhaite avant tout que l’auditeur puisse entrer dans la musique immédiatement, de manière intuitive, sans explication préalable.
Nous portons tous en nous une mémoire musicale commune, façonnée par nos expériences. J’essaie d’écrire dans une langue qui puisse s’y relier, afin que la musique reste directe et ouverte.
La musique crée un espace partagé, tout en permettant une expérience profondément personnelle. Chacun peut y vivre quelque chose de différent.
Si Romanza peut offrir cet espace — et permettre à quelqu’un de retrouver un souvenir, ou de redécouvrir quelque chose qu’il ne savait pas qu’il avait besoin de se rappeler — alors elle a véritablement trouvé sa place.
Accès au streaming et aux achats CD
