Alizé Léhon dans La Maestra © Pauline Ballet
Alizé Léhon dans La Maestra © Pauline Ballet

Alizé Léhon : une jeune cheffe en devenir hautement primée

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S’il est bien dans la musique classique, un métier qui s’est montré très majoritairement masculin, c’est bien celui de chef d’orchestre. Pourtant, depuis plusieurs années maintenant, une jeune génération de cheffes d’orchestres engagées démontrent leurs potentiels à diriger de prestigieuses phalanges musicales. C’est ainsi que le concours La Maestra à émerger, donnant plus de visibilité à une nouvelle génération. Classicagenda est alllé à la rencontre d’Alizé LEHON, qui est arrivée en finale de ce concours de l’édition 2026. 

Bonjour Alizé, pourriez-vous nous expliquer en quelques mots votre parcours ?

Alizé Léhon : J’ai commencé la musique très jeune, en apprenant le violon à l’âge de 3 ans puis le piano à 9 ans, dans le sud de la France. À 14 ans, au Conservatoire à Rayonnement Régional de Montpellier, j’ai découvert la direction d’orchestre. Par la suite, j’ai intégré le Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers avant d’entrer au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP), dans la classe d’Alain Altinoglu. J’y ai obtenu un Master en direction d’orchestre ainsi que le Diplôme d’ État de direction d’ensembles instrumentaux.

En tant que jeune cheffe professionnelle, vous avez dirigé plusieurs formations symphoniques amateures : que retenez-vous de ces expériences ?

A.L. : En effet, j’ai commencé à diriger des formations amateures avant même d’intégrer le CNSMDP. J’ai notamment travaillé avec l’Orchestre Impromptu ainsi qu’avec la formation Philharmonique du Chœur et Orchestre des Grandes Écoles (COGE), qui m’a accordé sa confiance pendant quatre très belles années.

Ces expériences, particulièrement enrichissantes, m’ont autant apporté sur le plan humain que musical. Je dirais que le travail avec des ensembles amateurs est véritablement complémentaire des études pour un∙e jeune chef∙fe. Il est essentiel de pourvoir « se faire la main » en dirigeant régulièrement des orchestres.

En 2024, j’ai dirigé l’Orchestre des Amateurs de la Philharmonie de Paris lors d’un concert à la Cité de la Musique. Il est très important pour moi de continuer à collaborer avec des ensembles amateurs tout au long de ma carrière.


Vous vous impliquez également dans des actions en milieu carcéral : quelles sont les raisons de votre engagement ?

A.L. : La musique classique en milieu carcéral a constitué le sujet de mon mémoire au CNSMDP. Aujourd’hui encore, peu d’orchestres et d’ensembles se produisent en prison. En travaillant sur cette thématique, j’ai constaté que la musique en milieu carcéral est moins mise en avant que les projets menés dans les EHPAD ou les structures hospitalières par exemple.

Pourtant, la musique, et plus largement la culture, est un droit fondamental pour chacun. Ce sont des vecteurs de joie, de partage et de socialisation.

J’ai notamment pu échanger avec des personnes détenues à l’issue d’un concert donné à la prison de la Santé avec le COGE, et constater à quel point cette expérience avait eu un impact fort sur elles et sur leur quotidien.

Dans cette même logique d’ouverture et de transmission, je dirige l’orchestre DÉMOS Metz Moselle-Nord. Ce projet œuvre en faveur de la démocratisation culturelle à travers la pratique orchestrale, en proposant un apprentissage de la musique classique à des enfants de 7 à 12 ans éloignés de cette pratique pour des raisons économiques, sociales ou géographiques.

Alizé Léhon dans La Maestra © Sophie Carre
Alizé Léhon dans La Maestra © Sophie Carre

Vous avez été finaliste du concours La Maestra : pouvez-vous nous raconter cette aventure ? Quelles perspectives ce concours peut-il vous ouvrir pour la suite ?

A.L. : La Maestra est un concours international de cheffes d’orchestre qui se déroule à la Philharmonie de Paris. Il a pour vocation de valoriser la carrière des femmes cheffes d’orchestre, sans limite d’âge. Le fait qu’il se déroule à la Philharmonie de Paris, un lieu que j’ai beaucoup fréquenté pendant mes études et où j’ai également travaillé comme ouvreuse, représentait pour moi une motivation supplémentaire.

Au cours des différentes épreuves, j’ai eu la chance de diriger deux formations prestigieuses : l’Orchestre de Paris et le Paris Mozart Orchestra. À l’issue du concours, j’ai obtenu le troisième prix ainsi que le Prix Génération Opéra.

Cette distinction constitue une formidable visibilité internationale et ouvre de nombreuses perspectives artistiques et professionnelles pour la suite de mon parcours.

En 2026, vous êtes également récompensée aux Victoires de la Musique classique : pouvez-vous nous parler de cette nomination et de ce qu’elle représente pour vous ?

A.L. : La nomination aux Victoires de la Musique classique, dans la catégorie « chef d’orchestre », répond à un processus assez particulier. Contrairement aux catégories « soliste instrumental » et « soliste lyrique », un∙e seul∙e chef∙fe est sélectionné∙e chaque année. La sélection s’effectue sur dossier, avec plusieurs tours de vote réunissant un jury constitué de plusieurs centaines de professionnels.

Le fait d’avoir été choisie représente pour moi une grande reconnaissance du parcours accompli jusqu’à présent. C’est aussi une responsabilité et un encouragement à poursuivre mon chemin et mon engagement artistique.

Par ailleurs, cette visibilité permet de mettre en lumière le métier de cheffe d’orchestre auprès du grand public qui suit les Victoires de la Musique classique.

Récemment, dans une vidéo, vous expliquiez avoir commencé l’apprentissage d’un nouvel instrument : lequel, et quel regard cette découverte vous apporte-t-elle sur l’orchestre ?

A.L. : Effectivement, je me suis récemment mise au cor. La pratique d’un instrument à vent me permet de mieux comprendre son fonctionnement, mais aussi les contraintes propres aux instrumentistes. C’est une expérience très enrichissante dans mon rapport à l’orchestre et au travail de direction.

J’aimerais d’ailleurs découvrir d’autres instruments à l’avenir, même si le temps manque souvent !

Quels seront vos prochains projets ?

A.L. : Dans les prochaines semaines, je serai cheffe invitée par le Basel Sinfonieorchester dans un programme réunissant Brahms, Schubert et Strauss. J’aurai également la chance de diriger l’Orchestre National d’Île-de-France au Festival de Saint-Denis lors d’un concert lyrique avec les chanteuses Karine Deshayes, Eva Zaïcik et Cyrielle Ndjiki Nya.

Parmi les projets qui m’enthousiasment particulièrement pour la saison prochaine, je ferai mes débuts à l’Opéra de Paris à l’occasion du ballet Joyaux.

Pour conclure, quelles sont les personnalités qui ont marqué votre parcours musical ?

A.L. : Je citerais d’abord mon professeur Alain Altinoglu, chef mondialement reconnu qui a joué un rôle essentiel dans mon parcours. J’ai également une grande admiration pour plusieurs chefs aujourd’hui disparus, comme Nikolaus Harnoncourt, Carlos Kleiber ou Claudio Abbado, qui constituent pour moi de véritables sources d’inspiration.

Parmi les chef∙fes d’aujourd’hui, certaines personnalités m’inspirent également beaucoup, notamment Esa-Pekka Salonen, David Zinman, Simone Young ou encore Chloé Dufresne.

 


En savoir plus

Site internet d’Alizé LEHON

Concours La Maestra

Les Victoires de la Musique Classique

 

Ingénieur en mécanique, mais aussi titulaire d'un master international de musique et musicologie (université Paris-Sorbonne et Université de Sarrebrück) ainsi que d'une licence de sciences, je suis passionné par les instruments et la musique classique depuis mon enfance. Ma jeune carrière m'a permis d'avoir une opportunité à Safran Transmission Systems de 2017 à 2020. En tant que violoncelliste amateur, j'ai participé à l'Annecy Classic Orchestra avec Fayçal Karoui et Denis Matsuev en 2014 et 2015 et au Festival Berlioz en 2016.