Jean-Pierre Wiart (c) Vincent-Bertin
Jean-Pierre Wiart (c) Vincent-Bertin

La magie de l’instant selon Jean-Pierre Wiart : « La musique porte l’émotion à qui veut la recevoir »

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Bassoniste, chef d’orchestre et directeur artistique des Rencontres Musicales de Cambrai, Jean-Pierre Wiart célèbre cette année le dixième anniversaire d’un festival devenu incontournable dans les Hauts-de-France. Entre souvenirs de musicien, rencontres marquantes, transmission aux jeunes générations et engagement humain, il défend une vision profondément généreuse de la culture : celle d’un art capable de rassembler, d’apaiser et de créer du lien.

Cette année marque la 10e édition des Rencontres Musicales de Cambrai. Lorsque vous regardez le chemin parcouru depuis la création du festival, quel est le moment dont vous êtes le plus fier ?

Il m’est difficile de retenir un moment en particulier. Chaque édition est faite de rencontres, d’émotions et d’instants qui créent leur propre magie. Lorsque je construis une programmation, je me mets toujours à la place du festivalier. J’imagine son parcours du premier au dernier concert et je me demande ce qui lui donnera envie de poursuivre l’aventure. Mon rôle consiste à créer cette succession d’émotions qui relie les artistes et le public. C’est un exercice qui demande beaucoup d’humilité et d’écoute. Finalement, il n’existe pas de moment parfait : c’est à nous de faire en sorte que chaque instant le devienne.

Votre parcours de musicien a-t-il influencé votre vision du festival ?

Évidemment. J’ai grandi dans le Nord, étudié au Conservatoire de Douai puis au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon avant de rejoindre l’Orchestre National de France, où j’ai passé près de vingt-sept ans. J’ai eu la chance de travailler avec de grands chefs et de grands solistes. Toutes ces rencontres m’ont enrichi. Voyager, découvrir d’autres cultures, confronter différents points de vue permet d’élargir son regard. Aujourd’hui, cette expérience nourrit ma manière de penser le festival et d’imaginer des programmes qui parlent au plus grand nombre.

Parmi les personnalités qui ont marqué votre parcours figure Georges Prêtre. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

Une très belle rencontre. Georges Prêtre était originaire de Waziers, la ville où j’ai grandi. Mon grand-père le connaissait bien puisqu’il jouait à l’Opéra de Lille. Lorsque je suis arrivé à l’Orchestre National de France, je suis allé me présenter à lui. Dès qu’il a entendu mon nom, il a immédiatement pensé à mon grand-père. Une relation particulière s’est créée. Au-delà du chef immense qu’il était, j’ai découvert un homme d’une grande simplicité, profondément humain. Il m’a énormément appris.

Jean-Pierre Wiart (c) Vincent-Bertin
Jean-Pierre Wiart (c) Vincent-Bertin

« Des artistes heureux font un public conquis. Et un public conquis a toujours envie de revenir. »   – Jean-Pierre Wiart

Cette édition anniversaire présente une programmation très éclectique. Quel en est le fil conducteur ?

J’aime construire une véritable boucle entre le premier et le dernier concert. Cette année, nous ouvrons avec un spectacle qui mêle chanson, cinéma et mémoire collective, et nous terminons avec un hommage à Michel Legrand. Entre ces deux rendez-vous, de nombreux programmes entretiennent un lien avec l’univers de l’image et de l’émotion. La musique est toujours associée à des souvenirs, à des moments de vie, à des images qui nous habitent. C’est cette dimension sensible qui relie l’ensemble de la programmation.

Le Concours International de Violon est devenu l’un des temps forts du festival.

Il est essentiel de transmettre à la jeune génération. Avec Frédéric Laroque, violon solo de l’Opéra de Paris, nous avons imaginé un concours ouvert, bienveillant et tourné vers l’avenir. Le concours réunit dans trois catégories de jeunes violonistes venus de toute l’Europe. Les jeunes finalistes ont la possibilité de jouer avec orchestre, ce qui est rare. Mais surtout, le lauréat de la catégorie soliste est invité l’année suivante dans le cadre du festival. Nous souhaitons accompagner ces jeunes talents au-delà du concours et leur offrir de véritables opportunités artistiques.

Les Rencontres Musicales de Cambrai accordent également une place importante à la dimension humaine et solidaire.

C’est fondamental. Nous développons depuis plusieurs années les Rencontres Solidaires afin d’aller vers des publics éloignés de l’offre culturelle. Les artistes interviennent dans différentes structures avant d’accueillir ces publics au festival. Certains découvrent alors la musique classique pour la première fois. J’aime rappeler que la musique porte l’émotion à qui veut la recevoir. C’est une conviction profonde qui guide notre action.

Vous accueillez également chaque année des musiciennes ukrainiennes au sein de l’Orchestre Philharmonique des Hauts-de-France.

Oui, et cela me tient particulièrement à cœur. J’ai beaucoup travaillé en Ukraine et j’ai été profondément marqué par la richesse humaine de ce pays. Depuis le début de la guerre, nous faisons tout pour permettre à ces musiciennes de venir partager quelques jours avec nous. Pendant leur séjour, elles retrouvent un peu de sérénité et peuvent se consacrer pleinement à la musique. Dans un contexte aussi difficile, la culture devient un véritable espace de paix et de fraternité.

Les deux soirées qui clôtureront le festival semblent résumer l’esprit de cette dixième édition. Que peut en attendre le public ?

Ces deux soirées incarnent parfaitement l’esprit de cette dixième édition. Le 10 juillet, nous proposerons WOK’NWOll, un spectacle musical et humoristique porté par deux artistes extraordinaires, Kordian Heretynski et Pierre-Damien Fitzner. J’aime chaque année créer un moment où la musique rencontre l’humour, car lorsqu’on associe virtuosité et sens de la scène, le résultat est toujours irrésistible. Le lendemain, la soirée de clôture sera à la fois festive et fédératrice avec l’Orchestre Philharmonique des Hauts-de-France, l’Univers-Jazz Big Band et Smaïn réunis autour d’un hommage à Michel Legrand. J’ai eu la chance de travailler avec lui et il me semblait important de saluer l’héritage immense qu’il nous a laissé.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir du festival ?

J’ai naturellement des idées et des projets, mais je crois beaucoup à la magie de l’instant qui guide. Il faut rester à l’écoute du public, de la société et des évolutions du monde culturel. Mon ambition est de continuer à créer des moments sincères, capables de rassembler les gens, de les émouvoir et de leur donner envie de revenir partager cette aventure avec nous. Des artistes heureux font un public conquis. Et un public conquis a toujours envie de revenir.

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni