À l’occasion de la sortie de son album Echoes, consacré à Philip Glass, la pianiste Célia Oneto Bensaid donnait le 10 juin dernier un récital à l’ECUJE. Plus qu’un simple concert de lancement, la soirée prenait la forme d’un voyage guidé au cœur de l’univers du compositeur américain, dont elle a également enregistré l’intégrale des Études pour le label Mirare.
Avant même de s’installer au piano, l’artiste prenait le temps de partager quelques clés d’écoute avec le public. Dans l’atmosphère intime de la salle, remplie d’une centaine de spectateurs particulièrement attentifs et curieux, cette introduction créait une proximité rare. En retraçant le parcours de Philip Glass — de ses années de formation auprès de Nadia Boulanger à Paris jusqu’aux décennies de lutte qui précédèrent sa reconnaissance internationale — la pianiste dessinait le portrait d’un créateur libre, nourri aussi bien par Schubert que par la tradition musicale indienne, le cinéma ou encore David Bowie.
Cette parole simple et généreuse préparait l’auditeur à une expérience de la méditation partagée.

Dès les premières mesures d’Opening, le temps semblait ralentir. Les motifs répétitifs caractéristiques de Glass perdaient ici tout caractère mécanique pour devenir respiration. Sous les doigts de Célia Oneto Bensaid, la musique s’écoulait avec une évidence naturelle, comme si le geste pianistique disparaissait derrière le mouvement même du son. L’interprète traversait cette musique et la laissait transparaître.
Avec Mad Rush, écrit à l’origine pour la première venue du Dalaï-Lama à New York, l’expérience prenait une dimension presque spirituelle. Alternant séquences contemplatives et élans virtuoses, l’œuvre déployait sa longue arche sonore dans un climat de concentration collective. Peu à peu, la salle entre dans un même état d’écoute, suspendue entre intériorité et transcendance.
Cette capacité à créer des images sonores se retrouvait dans les transcriptions d’œuvres destinées au cinéma et à la scène. Dans The Poet Acts, extrait de la bande originale de The Hours, la musique faisait surgir un paysage intérieur teinté de mélancolie et de nostalgie. Quant à la Dance d’Akhnaten, elle ouvrait une fenêtre sur l’univers opératique de Glass, où le mouvement, le rituel et la spiritualité se rejoignent dans une même énergie hypnotique.
La seconde partie du récital était consacrée aux Études – Livre II, véritable laboratoire pianistique du compositeur. Le titre pourrait laisser imaginer l’exercice virtuose ou de la performance démonstrative. Pourtant Célia Oneto Bensaid parcourt les étapes de manière sensible, révélant l’évolution du langage de Glass sur plus de vingt-cinq années de création. Les harmonies se densifiaient, les influences affleuraient au service d’une sensation d’immersion enveloppante. Célia habite cette musique avec une aisance remarquable; son jeu, d’une grande élégance privilégie la fluidité, la continuité du souffle et la qualité de l’écoute. Cette approche permet de percevoir toute la richesse d’une œuvre souvent réduite à l’étiquette de « minimaliste », alors qu’elle recèle une profonde dimension poétique et humaine.
Le récital de Célia Oneto Bensaid prenait ainsi la forme d’une expérience immersive où interprète et public parcouraient ensemble les multiples facettes de l’un des compositeurs majeurs de notre temps. Ainsi, la saison de Classique à l’ECUJE s’est achevée par une soirée placée sous le signe de la sérénité, de l’écoute et du partage, fidèle à l’esprit du titre choisi par la pianiste : Echoes, comme un jeu de résonances entre les œuvres, les artistes et ceux qui les écoutent.
Rendez-vous en septembre pour la saison 2026-2027 de Classique à l’ECUJE, toujours dans son écrin intimiste du 119 rue La Fayette.
