Un Requiem allemand dirigé par Roderick Cox © OONM

Un Requiem allemand fervent à Montpellier

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Pour son dernier concert de la saison à la tête de l’Orchestre national Montpellier-Occitanie, avant le Festival de Radio-France en juillet, Roderick Cox dirige Un Requiem allemand, dans une lecture empreinte d’humanité, relayée par Esther Tonea et Stéphane Degout, ainsi que les choeurs de Montpellier et Toulouse.

Un Requiem allemand dirigé par Roderick Cox © OONM

Mûri pendant de longues années, Un Requiem allemand de Brahms s’écarte de la tradition de la messe des morts en latin, et substitue au texte liturgique du Jugement dernier des passages tirés des Écritures porteurs de réconfort. Traversé par les deuils de Schumann en 1856, et de sa mère neuf ans plus tard, le compositeur conçoit les sept mouvements de son requiem très personnel comme autant de chemins spirituels vers l’espérance – le nombre n’est d’ailleurs pas anodin, puisqu’il fait référence à la semaine de la création dans la Genèse, aux sceaux et trompettes de l’Apocalypse, mais aussi aux branches d’une menorah qui se répondent de manière symétrique de part et d’autres du pied du chandelier.

Un Requiem allemand dirigé par Roderick Cox © OONM

A la tête de l’Orchestral national Montpellier-Occitanie, dont il est le directeur musical depuis septembre 2024, Roderick Cox imprime, sans aucune lourdeur de tempo, l’atmosphère de recueillement intime qui caractérise l’œuvre dès les murmures auguraux du Selig sind, die da Leid tragen. On entendrait presque une discrète gaucherie dans la manière dont s’estompent les graves des cordes à la fin de la première strophe, qui n’est rien d’autre que le marqueur d’une frémissante sincérité en soutien de la ligne chorale, sans jamais l’écraser. La marche funèbre de Denn alles Fleisch es ist wie Gras, que Brahms avait esquissée pour le piano à la mort de Schumann, fait poindre une tension dramatique, redoublée dans la reprise, et qui trouve écho, en seconde partie du mouvement, dans une puissance fugue rappelant le contrepoint de Bach et les grandioses polyphonies de Haendel. Le souffle maîtrisé de la direction orchestrale, qui évite tout inutile appesantissement dans le rythme, parcourt les chœurs réunissant les effectifs de Montpellier et de Toulouse, respectivement préparés par Noëlle Gény et Gabriel Bourgoin.

Avec cet éclat collectif contraste l’humble prière du baryton, Herr, lehre doch mich, d’une intériorité concentrée, dans laquelle l’art de Stéphane Degout excelle avec une densité reconnaissable dans le chant, au lyrisme qui évite tout exhibitionnisme. Jalonnée par un dialogue avec le soliste, la consolation chorale finit par irradier le plateau, dans une autre magnifique fugue où le phrasé des voix successives se fond dans une couleur d’ensemble que l’on retrouve, avec une pureté quasi éthérée, dans le diaphane Wie lieblich sind deine Wohnungen, sorte de stase au centre du Requiem illuminée par une lumière paradisiaque.

Un Requiem allemand dirigé par Roderick Cox © OONM

C’est dans le cinquième mouvement, Ihr habt nun Traurigkeit, que la soprano fait son entrée. Applaudie pour sa Donna Anna corsée dans le Don Giovanni mis en scène par Agnès Jaoui qui vient de refermer la saison lyrique montpelliéraine, Esther Tonea dépasse sans doute, par la sensualité de son timbre, les attentes de piété décantée de la partition qui se prolonge dans les mesures introductives de Denn wir haben hier keine bleibende Statt, avant le tournant dramatique initié par le récitatif du baryton, assumé avec un engagement sans réserve par Stéphane Degout. Dans la magistrale double fugue s’épanouissent toutes les ressources des chœurs et des tourbillons orchestraux, réunies sous le charisme de Roderick Cox. Comme essorés par cette traversée eschatologique, musiciens et public communient dans l’apaisement de l’épilogue Selig sind die Toten, aux échos se prolongeant au-delà des dernières notes.

A la rentrée, on retrouvera l’Orchestre national Montpellier-Occitanie et son directeur musical dans d’autres grandes fresques symphoniques, telles la Cinquième de Prokofiev, la Septième de Bruckner, la Sixième de Mahler ou encore la Deuxième de Sibelius, au sein d’une programmation qui sort également des sentiers battus, à l’instar du troisième volet du cycle Exils, avec George Jackson, les chœurs de la maison et une mise en lumière par le Collectif Opera Popolare que l’on retrouvera dans plusieurs productions de la prochaine saison.

Gilles Charlassier