Le Feu et les Larmes, soirée pansori © ONMM

Le Feu et les Larmes, une réinterprétation contemporaine du pansori

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L’Opéra national Montpellier-Occitanie contribue aux célébrations du 140ème anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes en invitant Ko Yeong-yeol, dans des extraits de Chunhyangga, l’une des œuvres majeures du pansori. En s’accompagnant au piano, la technique traditionnelle de chant de ce genre lyrique coréen rencontre une sensibilité plus contemporaine et occidentale, dans un concert illustré par des estampes et des calligraphies, ainsi que quelques photos de la Corée du Sud d’aujourd’hui.

Le Feu et les Larmes, soirée pansori © ONMM

Forme d’opéra narratif apparu en Corée au XVIIème siècle, le pansori contraste avec les genres lyriques occidentaux par son économie de moyens : un seul chanteur incarne les différents personnages, accompagné par un tambour soribuk. Chunkyangga, l’une des œuvres majeures du pansori, relate les amours entre une courtisane et un jeune noble. Parti à la capitale pour étudier, il reviendra sauver sa promise des griffes d’un magistrat corrompu qui l’a jetée en prison et menacée de mort après avoir refusé ses avances. De cette grande fresque dont l’interprétation peut durer huit heures, Ko Yeong-yeol a retenu sept scènes clefs : la première rencontre, la mission du domestique auprès de la jeune fille, les promesses d’amour, la chanson d’adieu, le concours impérial, et le retour de Lee dans ses fonctions d’inspecteur pour se venger de son rival.

Le Feu et les Larmes, soirée pansori © ONMM

Le soliste fait partager le geste et les sonorités vocales typiques du pansori, dans des modulations qui concentrent toute la palette des situations et des émotions, avec un accompagnement pianistique rappelant davantage Satie et un univers modal prisé entre autres par l’époque de Debussy. Les accents de la flûte de Lee Guy-jae, qui utilise parfois la version coréenne de l’instrument, en bambou, le daegum, empruntent plus spécifiquement au jazz, tandis que les rythmes ponctuellement frappés par Kim Jae-ha reprennent les codes de la tradition.

Cette hybridation, qui a un grand succès en Corée, avec même son contingent de groupies, favorise surtout une certaine tendresse sentimentale, et la séquence du branle-bas de combat à l’annonce de l’arrivée de l’inspecteur impérial passe un peu rapidement sur la variété des registres. Les arrangements des quatre chansons traditionnelles en début de concert, Les rêves sont vains, Chant de la soir à Hamyang, Chant de l’espièglerie et Chant de la meule, brassent des imageries pittoresques souvent teintées d’une semblable nostalgie qui s’élucide dans le bis de Cosma, Les feuilles mortes. Les projections d’estampes du Musée national de Corée jalonnent les mélodies du folklore en prélude et la narration des aventures de Chunhyang et Lee, tandis que des images de la société coréenne contemporaine de Pape San concluent ce concert en images, Le Feu et les Larmes, qui célèbre la rencontre entre les cultures.

Le Feu et les Larmes, soirée pansori © ONMM

Le fil coréen se prolonge la saison prochaine à l’Opéra national Montpellier-Occitanie avec, en novembre, la création française de L’Opéra des fleurs de Uzong Choe, compositeur coréen né en 1968, dans une coproduction avec l’Opéra national de Coréen, et en juin, le retour de Ko Yeong-yeol, dans un autre programme autour du pansori, mis en regard avec d’autres réinterprétations de traditions musicales, occidentales celles-là, par Kodaly et Canteloube. Cette défense du dialogue entre les cultures est le meilleur rempart contre les guerres, et plus que jamais d’actualité.

Gilles Charlassier