Mi-Sa Yang (c) Yannick Coupanec
Mi-Sa Yang (c) Yannick Coupanec
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Liberté, écoute et quête intérieure – Rencontre avec Mi-Sa Yang au festival de Pâques de Deauville

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Au Festival de Pâques de Deauville, le 24 avril dernier, Mi-Sa Yang, violoniste d’origine coréenne, a marqué les esprits dans le Trio en la mineur de Maurice Ravel, aux côtés de Guillaume Bellom (piano) et Léo Ispir (violoncelle). Rencontre avec une violoniste à la signature sonore singulière, alliant raffinement et profondeur expressive.

Artiste fidèle du Festival de Pâques de Deauville, Mi-Sa Yang s’y produit régulièrement depuis 2009. « J’aime particulièrement le fait que le festival réunisse des artistes de différentes générations. Je pense que le public est lui aussi sensible à ce mélange, qui rend l’atmosphère plus vivante », confiait-elle.

Ce 24 avril, à la Salle Elie de Brignac-Arqana, Mi-Sa Yang s’impose avec naturel comme une force motrice, guidant l’interprétation sans jamais contraindre le dialogue. Par la liberté de son jeu et la profondeur de son expressivité, elle a su structurer le discours tout en laissant circuler une écoute vivante entre les partenaires.

« Le Trio de Ravel est une œuvre d’une grande richesse, à la fois très structurée et profondément libre. Avec Guillaume Bellom et Léo Ispir, il y avait une écoute mutuelle très naturelle. Une forme d’impulsion est sans doute venue de moi, mais sans aucune volonté de diriger au sens strict. Dans un trio, il s’agit avant tout d’un dialogue entre trois solistes, trois personnalités distinctes. C’est une énergie qui circule, un discours qui se construit ensemble. J’aime cette idée d’une responsabilité partagée, où chacun contribue différemment au mouvement global de la musique. »   Mi-Sa Yang à l’issue du concert

Mi-Sa Yang avec Guillaume Bellom (piano) et Léo Ispir (violoncelle) le 24 avril, Salle Élie de Brignac-Arqana (c) Yanninck Coupanec
Mi-Sa Yang avec Guillaume Bellom et Léo Ispir, le 24 avril, Salle Élie de Brignac-Arqana (c) Yannick Coupanec

Musique de chambre comme un terrain d’exploration

Chambriste engagée, nourrie par l’expérience du quatuor, Mi-Sa Yang explore aujourd’hui de nouveaux équilibres entre collectif et individualité. À l’occasion de cet entretien, elle revient sur cette recherche de liberté, sur les subtilités du jeu en ensemble, et sur un désir plus récent : celui de se confronter, seule, à l’instrument.

Chez Mi-Sa Yang, la musique de chambre n’est pas un cadre, mais un terrain d’exploration. Si la violoniste a longtemps évolué au sein du Trio Les Esprits — aux côtés de Adam Laloum et Victor-Julien Laferrière — ainsi que du Quatuor Ardeo, elle revient aujourd’hui sur ce que cette expérience lui a appris et sur son désir, désormais, de se retrouver seule face à l’instrument.

« Le quatuor, c’est venu très naturellement », confie-t-elle. « Mais j’ai toujours eu un grand besoin de liberté. » Une liberté qui, selon elle, existe bel et bien dans le quatuor, mais sous une autre forme : « Elle demande une compréhension beaucoup plus fine entre les musiciens. Il faut être extrêmement précis dans la manière de communiquer, dans les mots, dans les intentions. »

À quatre, l’équilibre devient une construction permanente. « On partage en quelque sorte les rôles d’un pianiste : la basse, le médium, le soprano… Tout est réparti. Cela rend la liberté plus complexe que lorsqu’on joue à deux. » Cette complexité, loin d’être une contrainte, devient une richesse — à condition que la confiance soit totale.

Le rôle du premier violon, souvent perçu comme moteur, est également nuancé par l’expérience de la musicienne : « Il y a une énergie à impulser, une force qui rassemble. Mais en même temps, je me sens portée par le violoncelle. C’est comme une base sur laquelle je peux m’appuyer. » Elle esquisse une image parlante : « C’est un peu comme surfer. Le violoncelle serait la vague, et moi je me tiens dessus. »

Cette sensation, pourtant, n’a pas été immédiate. « Au début, je me sentais moins libre, presque exposée. Mais avec le temps et la confiance, tout s’est ouvert. »

Retour aux sources, goût pour la création contemporaine et lien intime à l’instrument

Formée dans une culture — japonaise — où la figure du soliste est centrale, Mi-Sa Yang a d’abord suivi ce chemin, participant à des concours internationaux. « On nous forme à devenir soliste, rarement à devenir musicien d’orchestre. » Mais la réalité professionnelle nuance rapidement cet idéal : « Il y a souvent un décalage entre la formation et ce que devient réellement une carrière. »

Aujourd’hui, si la musique de chambre reste au cœur de son identité, une nouvelle envie émerge : « J’ai envie de revenir à quelque chose de plus personnel. Jouer seule, sans accompagnement. » Un tournant important : « Avant, cela ne m’attirait pas. Mais après avoir exploré tant de formations, j’ai envie de revenir à la source. »

Elle évoque Bach, Bartók, Ysaÿe — autant de monuments du répertoire pour violon seul — comme des horizons à conquérir. « Être seule, c’est une autre forme de communication. Avec le public, bien sûr, mais aussi avec soi-même. C’est une porte nouvelle. »

Parallèlement, la violoniste développe un lien étroit avec la création contemporaine, notamment en France. « Travailler avec des compositeurs est passionnant. Certains savent exactement ce qu’ils veulent, d’autres construisent avec nous. Chaque collaboration est différente. » Elle cite notamment Helena Winkelman, dont elle a interprété une œuvre inspirée de Haydn, ainsi que François Meïmoun, avec qui le quatuor a enregistré une transcription des Variations Goldberg.

Enfin, il y a l’instrument — ce partenaire intime. Misa Yang joue sur un violon de Claude Pirot datant de 1815, qu’elle possède depuis près de dix ans. « C’est le premier que j’ai essayé… et celui qui m’a immédiatement touchée. » Avec le temps, une véritable relation s’est construite : « Il y a une fusion. Je ne sais pas si elle était là dès le début ou si elle s’est développée, mais aujourd’hui, c’est évident. »

Entre collectif et solitude, structure et liberté, tradition et création, Misa Yang trace ainsi un parcours profondément personnel — guidé par une même exigence : celle d’une musique vécue comme un espace de dialogue, toujours en mouvement.

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni