La Feuillie Classic 2026 (c) Yanis Saglio
La Feuillie Classic 2026 (c) Yanis Saglio
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La Feuillie Classic affirme son identité entre excellence musicale et esprit de partage

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En Normandie, Henri et Victor Demarquette façonnent un festival où la proximité avec le public devient une véritable signature. En seulement deux éditions, La Feuillie Classic s’impose comme l’un des rendez-vous les plus attachants de l’été normand. Classicagenda était présent à La Feuillie pour suivre cette deuxième édition et mesurer l’évolution d’un festival qui affirme peu à peu son identité.

Dans l’église Saint-Eustache, dont l’acoustique met idéalement en valeur la musique de chambre, Henri et Victor Demarquette développent un projet où grandes figures de la scène internationale, jeunes artistes et création contemporaine se rencontrent dans un esprit de convivialité rarement aussi assumé.

Du 3 au 5 juillet, la deuxième édition de La Feuillie Classic a confirmé les promesses de ses débuts. Fidèle à son engagement en faveur de la création, le festival accueillait notamment la première mondiale d’une œuvre pour quatuor à cordes Altre Variazioni commandée au jeune compositeur Gabriel Durliat. Mais au-delà de la programmation, c’est surtout une identité qui se dessine progressivement.

La Feuillie Classic 2026 (c) Yanis Saglio
La Feuillie Classic 2026 (c) Yanis Saglio

« Volières » : un théâtre musical entre poésie et fantaisie, Dimanche 5 juillet – 11h

Le dernier jour du festival en offrait une belle illustration. Le concert matinal « Volières », imaginé par Natalie Dessay, Laurent Naouri et Shani Diluka, et présenté pour la première fois à La Feuillie, affichait complet. Les oiseaux servaient de fil conducteur à un parcours mêlant Mozart, Schubert, Schumann, Brahms, Saint-Saëns, Debussy, Chausson, Delibes ou Ravel.

Bien plus qu’un récital, les trois artistes proposaient un véritable théâtre musical où mélodies, Lieder, vocalises, lectures poétiques et un air d’opéra (duo de Papageno et Papagena, extrait de la Flûte enchantée de Mozart)  se répondaient avec une liberté réjouissante. Natalie Dessay retrouvait un univers qui lui est particulièrement cher, passant du chant à la parole avec une spontanéité communicative, tandis que Laurent Naouri lui donnait une réplique pleine d’humour. Au piano, Shani Diluka se révélait tour à tour partenaire attentive des voix et poète des couleurs, notamment dans une évocation lumineuse des Jardins sous la pluie de Debussy.

Piquenique, la Feuillie Classic 2026 (c) Marine Park

Le pique-nique, un clin d’œil à Glyndebourne devenu la signature du festival

Entre les deux concerts, le pique-nique champêtre est devenu l’un des symboles du festival. Henri Demarquette revendique volontiers un clin d’œil au mythique festival de Glyndebourne. À La Feuillie, cependant, l’idée prend une dimension plus intime : artistes et spectateurs partagent simplement un repas, prolongeant les échanges bien après les applaudissements.

« Notre principal défi est que les habitants aient le sentiment que c’est leur festival », explique le violoncelliste. Cette volonté d’ancrage se traduit aussi par des actions menées auprès des écoles, du collège, de l’EHPAD et des entreprises locales afin de rendre la musique classique accessible au plus grand nombre.

Un concert de clôture sous le signe du partage et de la transmission, Dimanche 5 juillet – 11h

Le concert de clôture prolonge cette même philosophie. Avant l’interprétation du Quintette La Truite, Gabriel Durliat présente au public Les Clés du chef-d’œuvre, un rendez-vous pédagogique qui éclaire l’écoute sans en diminuer le plaisir.

(c) Yanis Saglio
(c) Yanis Saglio

La contrebasse est ensuite à l’honneur. Entourée d’Emmanuel Coppey (violon), Mathieu Guignier (violon) et Héloïse Houzé (alto), Uxía Martínez-Botana (contrebasse) interprète le Quatuor op. 80 de Mendelssohn dans un arrangement qu’elle a elle-même réalisé et déjà enregistré au disque. Cette transcription met son instrument au premier plan sans jamais rompre l’équilibre chambriste de l’œuvre. Dès les premières mesures, la musicienne espagnole captive l’auditoire. Avec son archet allemand, elle obtient une sonorité d’une chaleur étonnante, ample mais jamais pesante. Sourire aux lèvres, elle semble habiter la musique avec une évidence désarmante.

Dans le Quintette La Truite, cette complicité chambriste trouve son plein épanouissement. Aux côtés de Sayaka Shoji, Héloïse Houzé, Henri Demarquette et Victor Demarquette, Uxía Martínez-Botana s’intègre avec une remarquable évidence à un jeu collectif fondé sur l’écoute mutuelle et une respiration commune. Porté par le piano de Victor Demarquette, le dialogue entre les cinq musiciens se déploie avec une grande transparence, révélant un Schubert lumineux, d’une fraîcheur et d’une spontanéité communicatives.

(c) Yanis Saglio
(c) Yanis Saglio

Un festival qui affirme sa personnalité

Pour Victor Demarquette, cette réussite tient autant à la qualité des artistes qu’à l’esprit qui a régné tout au long du week-end. « Nous avions réuni des musiciens de plusieurs générations. Une véritable alchimie s’est créée, aussi bien musicalement qu’humainement. »

Henri Demarquette se réjouit quant à lui de voir le public revenir plus nombreux et plus fidèle. « Beaucoup choisissent désormais de vivre tout le festival. C’est très encourageant. » Les prochaines éditions conserveront ce format tout en s’ouvrant à de nouveaux projets, avec notamment des rendez-vous consacrés à Beethoven en 2027 puis à Schubert en 2028.

En deux éditions seulement, La Feuillie Classic a déjà dépassé le statut de jeune festival prometteur. Dans cette église devenue son écrin, au fil des concerts, des rencontres et de ces moments de convivialité qui prolongent la musique bien après la dernière note, Henri et Victor Demarquette façonnent un rendez-vous singulier. Plus qu’une succession de concerts, La Feuillie Classic affirme désormais une identité où l’excellence artistique se conjugue avec la proximité, la transmission et un profond ancrage territorial. C’est sans doute la plus belle promesse de son avenir.

Rendez-vous à la prochaine édition, en juillet 2027 !

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni