Autour de la Messe du couronnement de Mozart dirigée par Marc Korovitch, l’Orchestre national Montpellier Occitanie ouvre le dialogue entre les forces musicales de la maison dans trois brèves pages de Rachmaninov, Atterberg et Sibelius.

Composé par Rachmaninov en 1915 pour son cycle des Vêpres, la version orthodoxe de la prière Ave Maria met en avant la sincérité expressive du Choeur de l’Opéra national Montpellier Occitanie, en formation quasi chambriste préparée par Noëlle Gény.
Après ce fervent prélude, le plateau est configuré en orchestre à cordes pour la Suite n°3 pour violon et alto opus 19 n°1 de Atterberg, autre page écrite au milieu de la Première Guerre Mondiale, dans la Suède alors restée neutre dans le conflit. L’intensité post-romantique s’affirme dès un Adagio fervent sous la baguette de Marc Korovitch, où s’entrelacent l’archet au sentiment concentré de Dorota Anderszewska, violon solo supersoliste de l’Orchestre national Montpellier Occitanie et celui de l’altiste Eric Rouget. La Pantomime notée Moderato prolonge cette intériorité du chant développé par les deux solistes, où la science harmonique structure un impact émotionnel certain. La pulsation dansée en pizzicato de la Vision au tempo Allegro moderato rappelle certains tourbillons slaves illustrés par Dvorak, mais pourrait aussi évoquer le finale du Concerto pour violon de Sibelius.

Véritable déclaration d’amour pour un pays qui, alors sous le joug russe en 1899 après plusieurs siècles sous la couronne suédoise, était encore en quête de son indépendance, Finlandia opus 26 sollicite tout l’effectif symphonique : l’Andante sostenuto augural se fait le marchepied pour l’épanouissement choral du second tableau La Finlande s’éveille, Allegro moderato – Allegro, de cette pièce qui, en sept minutes, devenue hymne national, catalyse le désir d’auto-détermination d’un peuple et atteint une portée universelle auquel nul public ne peut rester insensible. La franche vitalité de la direction de Marc Korovitch et de l’interprétation des pupitres orchestraux et des choeurs montpelliérains contribue à l’éclosion de l’enthousiasme patriotique d’un des partitions les plus célèbres de Sibelius.

Après l’entracte, la Messe du couronnement en ut majeur KV 317 de Mozart réunit toutes les forces musicales de l’Opéra Montpellier Occitanie. Ecrite en 1779, l’ouvrage fusionne les langages vocaux sacrés et profanes dès le Kyrie, entre la solennité contrapuntique des choeurs et les tournures galantes des interventions solistes, qui permet d’apprécier une première fois le soprano fruité de Manon Lamaison, pour lequel le mezzo de Séraphine Cotrez se révèle complémentaire de la manière que les interventions de la basse Antoine Foulon pour celles, à l’éclat sans raideur du ténor Maciej Kwasnikowski. Le Gloria, le Credo et le Sanctus mettent en valeur la vaillance des choeurs. C’est avec le Benedictus que le quatuor vocal donne toute sa mesure, dans une inspiration qui annonce déjà les ensembles des opéras ultérieurs dans le tressage des timbres et des soli instrumentaux, à l’exemple du hautbois. Avec l’Agnus Dei se goûte plus longuement la tendresse du chant de Manon Lamaison, qui ouvre sur la conclusion Dona nobis pacem, reprise dans un irrésistible élan choral. Rien ne vaut le génie mozartien pour irradier une soirée.
Gilles Charlassier
