Surnommée la Florence de l’Elbe pour la beauté de son héritage architectural, reconstruit à l’identique après les destructions de la dernière guerre, Dresde fait aussi dialoguer ce patrimoine avec une offre musicale de premier plan, sur laquelle le festival de fin de printemps met un coup de projecteur.

Capitale de la Saxe, et deuxième plus grande ville de ce Land de l’est de l’Allemagne après Leipzig, une autre ville chère au cœur des mélomanes, Dresde a été façonnée par une architecture baroque, qui, avec la richesse de ses collections d’art, lui a valu le surnom de Florence de l’Elbe. Bellotto, qui fut à la cité saxone ce que Canaletto était à Venise, en peignit plusieurs panoramas, avec les emblématiques pont Auguste, le Zwinger, le palais, et la Frauenkirche, l’église luthérienne Notre-Dame, bâtis ou reconstruits sous le règne d’Auguste II le Fort, un quasi contemporain de Bach. C’est d’ailleurs au Musée des Maîtres anciens, condensé de la peinture jusqu’au XVIIIème siècle, dans l’une des ailes de l’ancien palais royal, que l’on peut admirer ces vues témoignant de la transformation urbaine de l’époque.
A la richesse des collections des musées de Dresde, avec pour l’art romantique et moderne les salles de l’Albertinum, répond celle d’une programmation musicale qui n’oublie pas de faire résonner le patrimoine. Si les amateurs d’art lyrique, mais pas seulement, ont leurs quartiers au Semperoper, qui porte le nom de celui ayant imaginé ce joyau historicisant dont l’architecture est porteuse de symboles, la cathédrale catholique de la Sainte-Trinité propose également des récitals d’orgue pour mettre en perspective, juste avant le déjeuner, improvisations et contrepoints du Cantor de Leipzig.

L’autre creuset musical se trouve à la Frauenkirche, culminant à 96 mètres au sommet du lanternon qui coiffe sa coupole. Détruit par un incendie à la suite du bombardement de 1945, l’édifice dut attendre 1994 pour voir le début d’une renaissance achevée onze ans plus tard, en 2005, grâce à des dons venus du monde entier. Derrière sa façade de pierre claire qui la distingue dans le paysage de la vieille ville, la nef baroque et sa décoration rococo propose, tout au long de l’année 2025, pour les vingt ans de sa réouverture, une saison dédiée à Bach, avec pas moins d’une centaine de concerts, des cantates et de l’orgue bien sûr, mais aussi une Passion selon Saint-Jean lors de la semaine pascale, la Messe en si en octobre ou encore l’Oratorio de Noël en décembre.
Sous la direction de Matthias Grünert, le Choeur de Chambre de la Frauenkirche interprète, en ce dimanche 18 mai, les Motets BWV 225 à 228. La ferveur de ces quatre pièces majeures du corpus vocal prend une tournure particulière dans un lieu qui a entièrement conservé sa fonction cultuelle. Loin de se réduire à un simple concert, le programme est introduit par une réflexion spirituelle du Prof. Dr. Schwarke, et ponctuée par l’universelle prière des chrétiens. Entre reconstitution des conditions liturgiques originelles dans lesquelles étaient entendues les œuvres, et partage contemporain de la tradition religieuse, cet après-midi invite à une redécouverte de Bach qui dépasse les limites de la réverbération acoustique. Dans cette expérience esthétique, chanteurs et auditoire sont reliés par la sincérité du sentiment.
Gilles Charlassier
