Isabelle Faust © Felix Broede

Isabelle Faust, éclaircie entre deux tempêtes

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Le 18 mai 2025, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo proposait à la Salle Garnier un programme d’unité remarquable, articulé autour de la thématique de la tempête, tant sur le plan musical que symbolique. Sous la direction de Giovanni Antonini, les œuvres de Haydn, Mozart et Beethoven formaient un triptyque contrasté et cohérent, où brillait tout particulièrement la violoniste Isabelle Faust.

 

Le concert s’ouvrait avec la Symphonie n°39 en sol mineur « Tempesta di mare » Hob. I:39 de Haydn, première manifestation du style Sturm und Drang dans les symphonies du compositeur. Antonini, fidèle à ses habitudes historiquement informées, avait choisi de réduire l’effectif de l’orchestre à une formation chambriste – six premiers violons, six seconds, quatre altos, deux violoncelles et deux contrebasses –, format idéal pour cette salle et propice à des contrastes dynamiques d’une grande efficacité. Dès le premier mouvement, un piano d’une trentaine de secondes prépare un subito forte aussi saisissant que théâtral. Sous la direction d’Antonini, les cordes jouent avec peu ou pas de vibrato, les cuivres laissent aller à une liberté expressive bienvenue, et le timbalier, muni d’instruments à peau naturelle, ajoute à l’ensemble une ponctuation musicale claire et incisive.

Isabelle Faust et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo ©️ OPMC Stéphane Danna

Dans le Concerto pour violon n°4 en ré majeur, K. 218 de Mozart, Isabelle Faust, que l’on connaît pour sa finesse stylistique et son approche réfléchie, retrouvait ici Antonini, son partenaire de l’enregistrement remarqué des concertos mozartiens avec Il Giardino Armonico (Harmonia Mundi, 2016). Dans ce concert avec orchestre moderne, Faust a joué des cadences inventives et élégantes, écrites pour elle par le pianofortiste Andreas Staier. La violoniste donne vie à chaque phrase avec un soin du détail admirable : les motifs rythmiques pétillent, les lignes mélodiques chantent avec chaleur, et les traits dansants ont une légèreté aérienne. Cependant, à vouloir souligner chaque inflexion, Faust cède parfois à la surinterprétation.

Le concert s’est achevé sur la Symphonie n°6 en fa majeur, op. 68 « Pastorale » de Beethoven. Antonini a imposé dès les premières mesures des tempi décidés, parfois presque impétueux. Ce choix donne à l’œuvre une vivacité peu commune, mais laisse peu d’espace à la respiration, en particulier dans les moments de transition ou de climax. Néanmoins, le premier mouvement se distinguait par sa clarté d’écriture : le contraste entre les rythmes binaires et ternaires des cordes y était rendu avec une rare transparence.

Dans les mouvements suivants l’intensité dramatique était rendue avec une énergie impressionnante. Dans l’orage, les sforzandi claquaient avec une force expressive saisissante, portés par des timbales d’une grande netteté. Le final, unique parmi les symphonies de Beethoven par son caractère apaisé et lumineux, représente un défi d’interprétation. Là où certains chefs choisissent la contemplation, Antonini a privilégié une jubilation presque dansante. Ce choix, loin de trahir l’esprit de l’œuvre, en renforce la cohérence dramatique en offrant un contraste rayonnant avec la tourmente précédente.

Jacqueline Letzter et Robert Adelson, historienne de la littérature et musicologue, sont les auteurs de nombreux livres, dont Ecrire l'opéra au féminin (Symétrie, 2017), Autographes musicaux du XIXe siècle: L’album niçois du Comte de Cessole (Acadèmia Nissarda, 2020) et Erard: a Passion for the Piano (Oxford University Press, 2021). Ils contribuent à des chroniques de concerts dans le midi de la France.