Philippe Herreweghe demeure l’un des plus grands interprètes du répertoire symphonique sur instruments d’époque. Classicagenda était présent au Teatro Grande de Brescia pour assister au concert qu’il donna avec son Orchestre des Champs-Élysées, dans le cadre de leur récente tournée.
Les Cinquième et Sixième (Pastorale) Symphonies de Beethoven ne sauraient être plus différentes : l’une incarne la musique instrumentale dans sa forme la plus abstraite, l’autre en est l’exemple le plus célèbre de peinture sonore. Pourtant, ces deux symphonies furent créées le même soir, lors du légendaire concert de 1808 — un marathon de quatre heures où Beethoven fit également entendre un air de concert, le Quatrième Concerto pour piano, des extraits de la Messe en ut, une longue improvisation et la Fantaisie chorale. En ne retenant que la Cinquième et la Sixième Symphonies, Herreweghe a offert au public la possibilité d’apprécier deux démarches symphoniques radicalement opposées.
Le concert a commencé, comme en 1808, avec la Pastorale. L’interprétation d’Herreweghe n’était pas de celles qui s’abandonnent à la rêverie. Dès les premières mesures, il a mis en valeur le pouls rythmique du motif initial, véritable moteur qui propulse le mouvement. Le même élan animait le motif du ruisseau dans le second mouvement. Les musiciens de l’Orchestre des Champs-Élysées jouent avec une cohésion admirable, presque chambriste. On aurait pu souhaiter des pianissimi plus feutrés, mais le chef ne semblait pas encourager ses musiciens à adoucir davantage leur jeu. À l’inverse, il évitait toute recherche d’extrêmes, maintenant une sonorité d’une constante élégance. Beaucoup d’interprétations sur instruments anciens soulignent le caractère rustique de la Pastorale, en accentuant les notes de bourdon dans les basses ou les accents plus rudes. Herreweghe, lui, a choisi une lecture plus lisse, plus urbaine, sans phrases heurtées ni abruptes dans les deux premiers mouvements. Ce n’est que dans le trio du scherzo que la danse paysanne a trouvé sa lourdeur terrienne, magnifiquement rendue par les cordes graves.

La Cinquième Symphonie était elle aussi menée avec un tempo implacable, sans le moindre moment de détente — pas même dans la cadence de hautbois, presque imperceptible. L’interprétation se distinguait toutefois par une remarquable transparence : le contrebasson s’y faisait entendre avec une netteté rare. L’usage de baguettes dures par le timbalier apportait une précision et une clarté exemplaires, notamment dans le grand crescendo reliant le troisième au quatrième mouvement. Quant aux excellents cornistes naturels, ils s’imposaient toujours sans jamais forcer le son.
De cette lecture d’une grande transparence émerge toute la précision de l’écriture beethovénienne — une beauté austère qui continue de vibrer longtemps après le dernier accord.
