Classicagenda poursuit son compte-rendu du Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, avec un aperçu de plusieurs concerts marquants de la deuxième semaine.
La dévotion chantée au Moyen Âge
L’Ensemble Gilles Binchois, invité régulier au Printemps des Arts, propose chaque année des concerts toujours originaux. Le 19 mars son directeur Dominique Vellard a présenté « Laude Novella », un programme consacré aux laudes italiennes des XIIIe et XIVe siècles. Ces laudes, de brèves pièces monodiques, souvent strophiques, furent chantées dans des confréries toscanes et ombriennes pour célébrer la Vierge ou méditer sur la Crucifixion. Conservées dans des manuscrits de Florence et de Cortone, elles étaient ici enrichies d’un accompagnement instrumental par les musiciens de l’ensemble : Dominique Vellard (luth), Mara Winter (flûte traversière et gaïta) et Aliénor Woltèche (vièle à archet).
Les musiciens étaient rejoints par la violoniste moderne Helena Winkelman dans deux créations : « Ave regina gloriosa » de Vellard et « O divina virgo » de Winkelman. Bien que son instrument soit postérieur de plusieurs siècles à ce répertoire, elle a pleinement respecté l’esprit des laudes, serein et lumineux, loin de toute austérité.

Harmonia artificiosa
Le 21 mars, le Festival s’est exporté à Nice, dans la Salle des Franciscains du Théâtre National de Nice. Le concert était précédé d’une répétition commentée par l’Ensemble Artifices et sa directrice, la violoniste Alice Julien-Laferrière, ainsi que d’une passionnante conférence du musicologue Fabien Roussel consacrée aux violonistes-compositeurs allemands du XVIIe siècle.
Le programme était dédié à Heinrich Ignaz Franz von Biber, avec deux de ses quinze Sonates du Rosaire et quatre parties de son Harmonia artificioso-ariosa. Julien-Laferrière a enrichi l’effectif prévu (violon et basse continue) par un groupe de continuo particulièrement varié — clavecin alternant avec orgue, violoncelle avec viole de gambe, théorbe — auquel s’ajoutait une abondante percussion improvisée : castagnettes, maracas, divers tambours, cloches et même appeau d’oiseau, brillamment maniés par le théorbiste Carles Dorador. Cette percussion a fini par dominer la soirée—au grand plaisir d’une large partie du public, mais en atténuant quelque peu la dimension spirituelle des sonates.

Le Ring de Wagner en solo
En utilisant le Théâtre des Muses, le Festival poursuit son heureuse politique d’exploration de lieux variés et souvent inattendus. Les dimensions intimistes de ce théâtre se prêtaient idéalement au one-man-show « Wagner, Wotan, François et les autres », écrit et interprété par la hautboïste François Salès, qui était également soliste dans le concert « La grande battle » de la semaine précédente.
Résumer le Ring de Wagner en une heure relève de la gageure ; le faire avec autant d’élégance, d’humour et de profondeur musicale tient de la prouesse. Mis en scène par Claire Truche, le spectacle était porté par un jeu d’acteur remarquable. Salès l’illustrait à la fois par des extraits enregistrés et par ses propres interventions au cor anglais. Plus qu’un simple résumé de l’intrigue, il proposait une véritable lecture de l’œuvre, empreinte d’humanité et d’intelligence.
