Roméo et Juliette mise en scène de Barbara Wysocka © Sebastian Hoppe

Roméo et Juliette, nouvelle production au Semperoper à Dresde

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Le Semperoper de Dresde présente une nouvelle mise en scène de Roméo et Juliette de Gounod confiée à Barbara Wysocka. Sous la direction de Robert Jindra, Tuuli Takala et Kang Wang chantent les amours – et le style français – contrariés des adolescents légendaires.

Roméo et Juliette mise en scène de Barbara Wysocka © Sebastian Hoppe

Imaginé par Gottfried Semper dans un style Renaissance qui fait la part belle aux symboles, le Semperoper est l’une des plus grandes scènes lyriques européennes, sinon mondiales. Si la tradition germanique y est chez elle, cela n’interdit pas des incursions dans le répertoire français. Ainsi en est-il de Roméo et Juliette de Gounod, présenté dans une nouvelle production de Barbara Wysocka.

La relecture proposé fait le pari d’une certaine intemporalité avec les décors de Barbara Hanicka : panneaux et colonnes blanches, que les lumières de Fabio Antoci habillent parfois de teintes nocturnes ou menaçantes, et qui résument par son économie, l’espace urbain de Vérone, débarrassé de son folklore, tout comme les costumes de Julia Kornacka, également au goût de la prose vestimentaire actuelle. Les commentaires que projettent, au fil du drame, les vidéos de la metteure en scène, cherchent à relier le mythe aux enjeux sociaux et politiques d’aujourd’hui, non sans quelque lourdeur. Pour être d’une cohérence somme toute relative, l’ensemble ne satisfera ni les puristes, ni, par sa subtilité discutable, les amateurs de transpositions contemporaines.

Roméo et Juliette mise en scène de Barbara Wysocka © Sebastian Hoppe

Les deux amants sont incarnés par des solistes à l’engagement évident, à défaut d’un sens du style irréprochable. Tuuli Takala retient plus l’attention par sa nervosité dans l’expression des sentiments que par la souplesse et l’élégance de sa ligne vocale. Le reproche pourrait tout aussi bien être tourné vers le Roméo de Kang Wang, saisissant de vigueur, sinon d’impulsivité, qui lui garantit une indéniable présence, même si, comme pour la plupart des voix de la distribution, la qualité perfectible du français, conjuguée à un chant à la force trop héroïque pour l’emploi, semblent passablement égarés par rapport aux exigences de la partition.

Roméo et Juliette mise en scène de Barbara Wysocka © Sebastian Hoppe

Parmi le reste du plateau, d’aucuns retiendront le nom de Valerie Eickhoff, Stéphano dont l’agilité lumineuse sied au personnage du page. Trois rôles sont dévolus à des membres du Jeune Ensemble de l’Opéra de Dresde : Gerrit Illenberger assume les répliques de Pâris, Anton Beliav celles de Grégorio et Jongwoo Hong les apparitions de Benvolio. La bellicosité de Tybalt revient à Brian Michael Moore. Michal Doron endosse l’habit de Gertrude, quand l’autorité de Capulet père est confié au robuste Oleksandr Pushniak. Danylo Matviienko ne se fait pas oublier en Mercutio, aux côtés de la bienveillance du Frère Laurent campé par Georg Zeppenfeld. Préparés par Jan Hoffmann, les choeurs imposent leur présence, sous la direction puissante plus que française de Robert Jindra, frustrant les vigies du style de Gounod.

Gilles Charlassier