My Fair Lady mise en scène de Sebastian Ritschel © Stephan Floss

My Fair Lady revisitée à la Staatsoperette de Dresde

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A quelques centaines de mètres du légendaire Semperoper et du grand répertoire lyrique, la Staatsoperette de Dresde est la maison des ouvrages plus légers, qui ne sont pas pour autant réduits au simple divertissement. La relecture de Sebastian Ritschel de My Fair Lady en offre l’illustration.

My Fair Lady mise en scène de Sebastian Ritschel © Stephan Floss

Prenant le relais, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, d’une tradition vieille de deux siècles dans le répertoire léger, la Staatsoperette de Dresde est le seul théâtre indépendant consacré à ce genre en Allemagne. En 2016, après plusieurs décennies dans des conditions techniques de plus en plus précaires, l’institution s’installe dans une ancienne centrale électrique thermique, fonctionnant aux combustibles fossiles, fermée en 1994. Du réaménagement des bâtiments industriels est née une salle d’environ 700 places, qui présente non seulement les opérettes germaniques, mais aussi les comédies musicales, en traduction vernaculaire, dans un souci de mise au goût du jour qui dépasse le simple divertissement, sous la direction artistique, depuis 2019, de la metteure en scène Kathrin Kondaurow.

My Fair Lady mise en scène de Sebastian Ritschel © Stephan Floss

La relecture de My Fair Lady par Sebastian Ritschel, qui règle également les lumières du spectacle, illustre cette dynamique. Dans la scénographie conçue avec Barbara Blaschke et Ronny Scholz, l’ouvrage inspiré par la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw, se libère du corset victorien dans lequel on le laisse encore parfois, et ne conserve que la vitalité et l’excentricité un peu piquantes du critique et dramaturge britannique, pimentées par les chorégraphies enlevées de Radek Stopka. Les couleurs généreuses des costumes comme des décors s’amusent avec les clichés du consumérisme anglais. Fracs et paillettes d’un côté, panneaux mobiles aux fonctions multiples, de la devanture de boutique aux stalles d’un derby, en passant par un sol aux allures d’échiquier noir et blanc, et des éboueurs quasi sculptés dans leur uniforme de bronze, la traduction visuelle des contrastes sociaux sert d’abord une comédie sur l’émancipation d’une femme. Par-delà leurs différences de milieu, une solidarité se noue entre la mère du professeur Higgins et la jeune Eliza Doolittle. Jalonnée de quelques gratifications verbales qui célèbrent, avec quelques ballons forains, la victoire de l’amour sur les préventions de caste, dans une logique tout à fait contemporaine, la mise en scène laisse la conclusion ouverte : avec son cœur qui semble balancer, l’héroïne ne veut sans doute pas sacrifier la liberté acquise par l’apprentissage des bonnes manières.

My Fair Lady mise en scène de Sebastian Ritschel © Stephan Floss

Cette Fair Lady moins conventionnelle qu’il n’y paraît est servie par une troupe solide, où l’on distingue la mutine Sybille Lambrich en Eliza Doolittle face au professeur Higgins bougon mais pas trop de Marcus Günzel. A la tête de l’Orchestre de la Staatsoperette de Dresde, Christian Garbosnik accompagne les rythmes et les jeux jubilatoires de la partition de Frederick Loewe, dans une production qui donne une nouvelle jeunesse à l’une des comédies musicales les plus célèbres du West End.

Gilles Charlassier