Sous la direction de Tugan Sokhiev, l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde joue la Septième Symphonie de Bruckner et le Premier Concerto pour violoncelle de Chostakovitch.

Avec des origines remontant en 1548, sous le règne du prince-électeur Maurice de Saxe, la Staatskapelle de Dresde est probablement le plus ancien orchestre au monde, et l’un des plus prestigieux. S’il est le titulaire de la fosse du Semperoper, contribuant à en faire l’une des premières scènes européennes, c’est aussi une phalange symphonique reconnue. La formation a été sous la houlette de plusieurs légendes de la baguette, à l’instar de Fritz Reiner ou Karl Böhm, et dans les plus récentes décennies Giuseppe Sinopoli, Bernard Haitink, ou Christian Thielemann, prédécesseur immédiat du directeur musical actuel depuis 2024, Daniele Gatti.
C’est un autre grand chef du moment, qui vient récemment de quitter le Capitole de Toulouse, qui est inventé pour un programme post-romantique lors du début du Festival de Dresde. Tugan Sokhiev ouvre le concert avec le Concerto pour violoncelle n°1 en mi bémol majeur op. 107, le plus joué des deux que Chostakovitch a consacrés à cet instrument dont Sol Gabetta est l’une des virtuoses les plus sensibles aujourd’hui. La rivalité nerveuse entre soliste et ensemble de l’Allegretto fait place au lyrisme du Moderato et une Cadenza d’une intériorité décantée, avant un finale aussi volubile qu’implacable. En bis, une transcription d’une page tirée du cycle des Sept chansons populaires espagnoles de Falla confirme la beauté expressive du violoncelle de Sol Gabetta.

Après l’entracte, c’est l’un des monuments du répertoire symphonique qui est proposé. D’un corpus comprenant pas moins de onze opus, dont certains ne furent publiés qu’après la mort du compositeur, la Septième est certainement, avec la Quatrième, l’une des plus souvent données – et appréciées du public. A partir du frémissement augural des cordes s’intensifie progressivement la pâte orchestrale, dont le chef russe met en valeur la densité sans jamais oublier la lumière irradiante qui s’en dégage. Les registres de l’orgue et l’héritage germanique est assumé dans cette approche aussi ample que construite. Hommage à Wagner, l’Adagio déploie une longue marche funèbre avec une ferveur palpable dans les moindres détails d’une écriture moins massive que la réputation qui en a été faite, avant un Scherzo aux élans et aux sonorités de cor souvent chasseresses – même si l’adjectif est généralement associé à celui de la Quatrième. Puissance et clarté se conjuguent dans une lecture investie, qui trouve dans le finale aux allures de vaste choral une conclusion aussi magistrale qu’investie. S’il est des interprétations de Bruckner plus décantées, celle de Tugan Sokhiev et de la Staatskapelle de Dresde s’inscrit dans une tradition solide, sans verser dans la réplique muséale.
Gilles Charlassier
