Fabio Luisi et le NHK Symphony Orchestra © Oliver Killig

Haydn et Mozart en ouverture du Festival de musique de Dresde

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L’édition 2025 du Festival de musique de Dresde invite en ouverture le NHK Symphony Orchestra Tokyo sous la direction de Fabio Luisi, dans le Concerto pour violoncelle n°1 de Haydn avec Jan Vogler, le directeur artistique du festival, et la Symphonie n°4 de Mahler.

Fabio Luisi et le NHK Symphony Orchestra © Oliver Killig

Un festival international de musique comme celui de Dresde est l’occasion d’enjamber les frontières, et de réunir des artistes et des formations des quatre coins du monde. Ainsi, l’ouverture de l’édition 2025 dans la grande salle du Palais de la culture, héritage du socialisme architectural dessiné par Wolfgang Hänsch, inauguré en 1969 et rénové il y a une décennie, permet-elle aux mélomanes allemands – et plus largement européens – de découvrir le NHK Symphony Orchestra Tokyo. Le programme proposé par Fabio Luisi met en regard deux époques de la musique viennoise.

Le classicisme est illustré par l’une des pages les plus jouées de Haydn, le Concerto pour violoncelle n°1 en do majeur, dont la partition autographe n’a pourtant été retrouvée qu’un siècle et demi après la mort du compositeur. Jan Vogler, le directeur artistique du festival, assume la partie soliste en nourrissant une complicité avec les pupitres japonais dès le Moderato augural. L’Adagio central laisse s’épanouir un lyrisme calibré. Mais c’est surtout dans le finale, aux allures de mouvement perpétuel irrésistible, que l’émulation avec les tutti se fait la plus enivrante. Plutôt que la beauté du son, Jan Vogler met en avant une volubilité virtuose, presque aux confins de la faconde verbale, et n’hésite pas tendre la ligne de chant jusqu’à ses limites instrumentales. La jubilation dépasse sans peine les questions de pureté technique, dans un authentique élan de musique vivante.

Fabio Luisi et le NHK Symphony Orchestra © Oliver Killig

Après l’entracte, le public est transporté dans le post-romantisme de Mahler, avec l’une de ses symphonies les plus applaudies – et l’une des deux, avec la Première aux dimensions les plus « raisonnables ». Par son écriture parfois décantée, la Quatrième, en sol majeur, est celle qui fait atteint le plus haut degré d’intimisme avec grand orchestre – et ce n’est pas un hasard si ses harmonies de timbre, qui préfigurent la théorisation de Schönberg, a fait l’objet de transcriptions pour formations chambristes. Le soin apporté par Fabio Luisi à l’éclairage des différents pupitres s’entend dans les évocations pastorales des premières notes, autant que dans l’ironie du scherzo, ou dans les murmures du mouvement lent, où affleure un sens des couleurs évocatrices. Avec la soprano Ying Fang dans le lied final, les réjouissances célestes, toutes de fausse innocence, s’épanouissent avec une expressivité non dénuée de malice, dans l’esprit d’une partition plus ambiguë qu’il n’y paraît. La maîtrise du répertoire lyrique par le chef italien est au service d’une lecture pleine de caractère de l’inspiration mahlérienne.

Gilles Charlassier