Une soirée d’exception au Musikverein de Vienne, où le Wiener Philharmoniker, dirigé par Zubin Mehta, a illuminé la salle par sa virtuosité et sa finesse orchestrale, mêlant l’élégance intemporelle de Weber, la virtuosité émouvante de Bruch et la force expressive de Beethoven.
Dès l’entrée au Musikverein de Vienne, la richesse ornementale de la Salle dorée impose une esthétique immédiatement reconnaissable. Derrière l’éclat des dorures se révèle un espace pensé autant pour l’illusion visuelle que pour une précision acoustique exceptionnelle.
Réputé dans le monde entier, le Musikverein doit ses qualités sonores à un équilibre empirique caractéristique du XIXe siècle : l’usage du bois, les surfaces vibrantes, les volumes creux et le plafond suspendu contribuent à une résonance d’une clarté rare. La présence d’éléments trompeurs — statues métalliques, orgue dissimulé — rappelle que beauté et fonction se mêlent ici dans un subtil mariage.

Ce lieu participe pleinement à l’imaginaire viennois, notamment grâce au Concert du Nouvel An, diffusé dans plus de 90 pays. Donné trois fois entre le 30 décembre et le 1er janvier, avec un programme consacré à Johann Strauss II et ses contemporains, ce concert ritualise la rencontre entre musique, danse et patrimoine, enrichie de séquences chorégraphiques filmées dans des lieux emblématiques tels que le Château de Schönbrunn, le Palais Esterházy, l’Opéra d’État de Vienne, le Hofburg ou encore le Musée technique de Vienne.

Nous assistons aujourd’hui à un concert du Wiener Philharmoniker dirigé par Zubin Mehta, qui fêtera son 90ᵉ anniversaire le 29 avril.
D’origine indienne, Mehta entretient un lien particulier avec Vienne, où il a étudié la direction d’orchestre avec Hans Swarowsky à la Wiener Musikakademie, en même temps que Claudio Abbado et Daniel Barenboim.
Entrant en scène en fauteuil roulant, Mehta adopte une direction d’une grande économie de gestes : chaque mouvement, réduit mais précis, témoigne d’une autorité intacte, fondée sur une connaissance intime du répertoire et une relation de longue date avec l’orchestre. Dès les premières notes, l’émotion du public viennois, mêlée à un respect palpable pour sa carrière exceptionnelle, se fait sentir.
L’ouverture de l’opéra Oberon de Carl Maria von Weber met immédiatement en valeur l’acoustique de la salle et la signature sonore de l’orchestre : un son cristallin — le diapason étant fixé à 443 Hz — où chaque détail émerge avec netteté. Les interventions solistes du cor et de la clarinette se distinguent par leur précision et leur élégance, contrastant avec un tutti orchestral qui s’élance con fuoco dans un tourbillon joyeux et dansant.

Dans le célèbre Concerto pour violon n°1 en sol mineur, op. 26 de Max Bruch, le violoniste Pinchas Zukerman, également altiste et chef d’orchestre, déploie un jeu fondé sur la continuité du chant, soutenu par un legato ample et une sonorité dense. L’équilibre entre soliste et orchestre est constamment préservé, révélant une maîtrise technique et expressive exceptionnelle. Le violon, un Guarneri del Gesù de 1742 ayant appartenu à Samuel Dushkin, projette une sonorité hors pair, conférant à chaque phrase clarté et puissance, pour le plus grand plaisir d’un auditoire captivé.
La Symphonie n°7 en La majeur, op. 92 de Ludwig van Beethoven, choisie par Mehta en remplacement des Danses slaves op. 46 d’Antonín Dvořák, s’ouvre sur de longues gammes ascendantes qui instaurent immédiatement une dynamique irrésistible, presque chorégraphique.
Les dialogues entre hautbois, flûte et clarinette deviennent de véritables conversations musicales, finement articulées. Les soli se déploient avec naturel et limpidité, tandis que les pianissimi atteignent une finesse et une expressivité exceptionnelles. L’Allegretto est exécuté avec subtilité et exactitude et chaque crescendo est parfaitement maîtrisé et proportionné.

La direction de Mehta sublime la cohésion de l’ensemble tout en respectant l’autonomie expressive de chaque section. Le résultat est une interprétation vivante, analytique, profonde, qui exploite pleinement l’acoustique du Musikverein.
L’ovation finale, nourrie d’émotion, salue non seulement la virtuosité de l’orchestre mais rend hommage à la carrière hors norme de Zubin Mehta, figure légendaire qui continue d’élever la musique vers ses sommets les plus sublimes.
Wiener Philharmoniker
Zubin Mehta, direction
Pinchas Zukerman, violon
Muziekverein, 24 Mars 2026
Programme
Carl Maria von Weber : Ouverture de l’opéra romantique Oberon
Max Bruch : Concerto pour violon et orchestre en sol mineur, op. 26
Ludwig van Beethoven : Symphonie n°7 en la majeur, op. 92
Photos: © Wiener Philharmoniker, Niklas Schnaubelt
