Astrophil & Stella - entregistrement © DR
Astrophil & Stella - entregistrement © DR

Astrophil & Stella : entre réminiscence et réinvention

4 minutes de lecture

Avec Astrophil & Stella, Patrick Ayrton signe un premier album de compositions où la polyphonie anglaise du XVIIᵉ siècle dialogue avec une sensibilité contemporaine.
Inspiré par Purcell, Dowland, Blow et Locke, mais aussi par Genesis, Gentle Giant et Queen, le claveciniste, organiste et chef d’orchestre livre un cycle de mélodies et pièces instrumentales à la fois poétiques, raffinées et vivantes.

 

Tout commence à onze ans, lorsque Patrick Ayrton découvre l’anthologie Early English Keyboard Music. Séduit par la fraîcheur des mélodies élisabéthaines et la vitalité des danses, il développe une passion durable qui le mène ensuite à Purcell, dont l’inventivité deviendra une révélation.
Des décennies plus tard, après une carrière au clavier et à la direction d’orchestre, Ayrton passe à la composition. Avec Astrophil & Stella, il s’inspire des maîtres anglais du XVIIᵉ siècle, tout en y intégrant ses propres idées et des influences venues du jazz, du rock progressif et des danses populaires, et met en musique des poèmes de William Shakespeare, John Donne, John Lyly, Ben Jonson et Sir Philip Sidney.

Le titre fait référence au cycle de sonnets écrit par Sir Philip Sidney (1554-1586), reconnu comme une œuvre majeure de la poésie élisabéthaine. Astrophel (l’amoureux des étoiles) désigne Sidney lui-même, tandis que Stella (l’étoile) représente Penelope Devereux, muse de l’auteur. Ces poèmes, élégiaques et passionnés, continuent d’inspirer artistes et musiciens.

Astrophil & Stella © DR
Astrophil & Stella © DR

Pour donner vie à ce cycle, Ayrton réunit un ensemble ad hoc de musiciens baroques jouant sur instruments d’époque, créant une musique immédiatement séduisante dont la complexité se révèle progressivement. La soprano Lauren Lodge-Campbell explique : « Les chansons de Patrick résonnent en moi depuis que je les ai chantées pour la première fois. Elles ont quelque chose de familier, mais aussi une fraîcheur nouvelle : lorsque vous les entendez, c’est comme si vous les aviez toujours connues. Elles sont d’une évidence absolue !  »

Le parcours d’improvisateur d’Ayrton laisse une empreinte profonde sur son écriture : la frontière entre improvisation et composition y est ténue, et ses œuvres donnent souvent l’impression de cristallisations d’idées nées au clavier, conservant leur vitalité initiale.

Patrick Ayrton © DR
Patrick Ayrton © DR

La musique alterne pièces introspectives et rythmes entraînants, textures intimistes et ensembles plus colorés, entre féérie (Fairy Land, Fairy Revels), humour et vivacité (Oh, for a bowl of fat Canary), mélancolie (With how sad steps, O moon), ou élan amoureux (Break of Day).

Dans Fairy Land, tiré du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, la musique oscille entre tension et douceur. Les cordes jouent avec des attaques vives, la flûte à bec déroule des lignes perçantes, tandis que la soprano souligne le texte avec expressivité.
Dissonances et suspensions évoquent un danger latent, tandis que des passages doux et enveloppants, portés par le clavecin et les cordes accompagnant la flûte, bercent l’auditeur dans un univers poétique où menace et rêve coexistent.

Witches’ Song capture avec espièglerie l’ambiance nocturne et mystérieuse du poème de Ben Jonson (1572‑1637) tiré du Third Charm de The Masque of Queens.
Les instruments tourbillonnent dans un élan enjoué : percussions, guitare, clavecin, vents et cordes animent la forêt et la voix énumère les créatures nocturnes, puis, doublée par le hautbois, s’élève en vocalises rapides et scintillantes.
Rythmes vifs et accents soudains suggèrent l’agitation frénétique des animaux et le mouvement incessant du fuseau, donnant vie à la forêt et aux objets dans un tableau vibrant et mystérieux.

Selon Antoine Torunczyk, hautboïste, « la musique de Patrick Ayrton a été une merveilleuse surprise pour moi. Loin d’être un spécialiste de musique ‘contemporaine’, et plutôt méfiant envers les réécritures ‘dans le style des maîtres anciens’, j’ai découvert une musique résolument moderne, n’essayant en rien de se grimer en musique ancienne, mais utilisant le langage, la manière de penser, les réflexes d’un musicien du XVIIème siècle. »

Lauren Lodge-Campbell © Bertie Watson
Lauren Lodge-Campbell © Bertie Watson

Les interprètes mettent en lumière l’énergie et la vivacité de cette écriture. La soprano Lauren Lodge-Campbell y apporte une voix chaleureuse et expressive, donnant vie aux mots comme s’ils avaient été composés pour elle. Tous les musiciens font preuve d’un engagement total, mêlant inventivité, sensibilité et spontanéité pour révéler la richesse et la fraîcheur du cycle. Leur implication permet à la musique de respirer pleinement et de déployer sa dimension vivante et actuelle, tout en soulignant le caractère émouvant, captivant et espiègle de l’œuvre.

La gambiste Salomé Gasselin souligne « Alors que nous découvrions des partitions d’une étonnante diversité, toutes les plus sublimes les unes que les autres, il y avait quelque chose de frais, de neuf et d’excitant à jouer cette langue que nous aimons tant devant et avec son compositeur».

Patrick Ayrton réussit à faire renaître les textes et la musique anciennes avec un souffle neuf, en créant un langage musical personnel et vivant. Ce cycle séduit par son intelligence de construction, sa poésie et son expressivité, offrant à l’auditeur un voyage musical à la fois accessible et profondément raffiné.

Le concert de lancement du CD aura lieu mercredi 22 octobre à 20h au Temple du Foyer de l’Âme à Paris.

 


Astrophil & Stella
de Patrick Ayrton
Voces8 Records, 2025

Clavecin, orgue & direction : Patrick Ayrton

Soprano : Lauren Lodge-Campbell
Violons 1 : Louise Ayrton (solo), Camille Aubret, Boris Winter
Violons 2 : Yaoré Talibart (solo), Valentine Pinardel, Koji Yoda
Altos : Jasper Snow (solo), Marta Paramo
Viole de gambe : Salomé Gasselin
Contrebasse et violone : Thomas de Pierrefeu
Flûtes à bec : Sébastien Marq, Lucile Tessier
Hautbois : Antoine Torunczyk
Harpe : Marie Bournisien
Théorbe et guitare : Etienne Galletier
Percussions : Marie-Ange Petit
Clavecin : Violaine Cochard

Parallèlement à sa formation en chant lyrique et en hautbois, Cinzia fréquente l'Académie des Beaux-Arts puis se spécialise en communication du patrimoine culturel à l'École polytechnique de Milan. En 2014 elle fonde Classicagenda, afin de promouvoir la musique classique et l'ouvrir à de nouveaux publics. Elle est membre de la Presse Musicale Internationale.