Dans Dance of Death, le Chœur du NFM, sous la direction de Lionel Sow, propose une interprétation sensible et méditative de la musique chorale sacrée. Cet enregistrement propose un voyage à travers la douleur, la transcendance et la confrontation spirituelle, où le motet, vecteur de la polyphonie sacrée, devient un moyen d’affronter notre finitude humaine.
Dance of Death s’ouvre avec Warum ist das Licht gegeben dem Mühseligen de Johannes Brahms, installe d’emblée une atmosphère sombre et recueillie, au service d’une introspection sincère. Dès les premières mesures, Sow façonne le chœur avec une grande finesse, mêlant retenue et précision architecturale. Le son est à la fois transparent et solide, chaque articulation laisse place au sens, et le phrasé fait vibrer la tension fragile entre apaisement et doute.
Au cœur du projet se trouve Totentanz de Hugo Distler, un motet riche et théâtral. Composé en 1934, à une époque marquée par la peur et la perte de repères, il mêle un thème médiéval à des techniques modernistes. L’œuvre superpose trois niveaux : des aphorismes du mystique du XVIIe siècle Angelus Silesius, des poèmes médiévaux réadaptés par Johannes Klöcking, contemporain de Distler, et une flûte solo qui serpente à travers l’ensemble comme un fil spectral, incarnant la présence de la mort. Le résultat est un rituel où la théologie et l’art se rencontrent.
Le chœur chante avec une clarté épurée, à la fois messager de beauté et d’une menace sourde, toujours vigilant et précis. La basse-baryton Willard White déclame ses textes avec une gravité contenue. Son anglais parlé (une traduction des poèmes de Klöcking) attire l’auditeur avec sobriété, créant un contrepoint solennel au chant en allemand du chœur. Il est à la fois narrateur et témoin : un guide à travers les catacombes de l’existence.
La Mort prend corps dans la flûte de Jan Kreszowiec. Habituellement associée à la vie et au mouvement, elle devient ici le souffle figé d’une immobilité absolue. Le timbre de Kreszowiec, fragile et implacable, donne chair à cette présence.
Le langage musical de Distler, jugé conservateur à son époque, se révèle ici à travers une lecture inventive mais aussi historiquement éclairée. On ne sait pas encore si cette œuvre fera longtemps partie du répertoire, mais elle marque fortement comme une voix retrouvée dans notre mémoire collective.

Inévitablement, la présence de Johann Sebastian Bach s’impose, avec la Sarabande extraite de la Partita en La mineur. Elle fait office d’interlude, une lamentation silencieuse pour une civilisation fascinée par la mort et la décadence. Reprise par Kreszowiec, on dirait que la Mort, après avoir parlé tout au long du Totentanz, s’interrompt un instant pour pleurer ce qu’elle a pris.
O Tod, wie bitter bist du de Reger, œuvre écrite en quelques heures en mémoire de la fille cadette de Mendelssohn, clôt l’album avec une gravité appropriée. Le chœur maîtrise avec finesse la complexité harmonique et le chromatisme intense de cette pièce. Sans polissage excessif, l’interprétation garde une sincérité qui sert le cœur de la musique : le désir de l’âme finie de frôler l’infini.
Lionel Sow mérite tous les honneurs pour l’authenticité de ce projet. Interprète aguerri du répertoire sacré, ancré dans le chant grégorien comme dans les formes chorales modernes, sa direction allie érudition et intuition. Il évite tout excès dramatique, laissant l’architecture musicale et la dimension spirituelle se révéler d’elles-mêmes. Sa vision donne à l’album une unité saisissante, transformant cette collection en une profonde méditation sur la mortalité, un memento mori d’une élégance rare.
Le NFM Choir de Wrocław dirigé par Lionel Sow, sera en concert mardi 10 juin 2025 à 20h30 à l’Oratoire du Louvre à Paris.
Programme du concert
Henryk Górecki : Euntes ibant et fleabant
Krzysztof Penderecki : In pulverem mortis – extrait de la Passion selon Saint Luc
Philippe Hersant : Miniature n°4
Hugo Distler : Totentanz
Max Reger : O Tod wie bitter bist du
