Le Festival de Pâques de Deauville © Yannick Coupanec

Complicité magistrale pour le week-end du 30ème Festival de Deauville

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Le Festival de Pâques de Deauville referme sa trentième édition par un condensé des alchimies et des fidélités musicales qui ont jalonné son histoire, avec la quintessence chambriste dans Berg et Mahler par Gabriel Durliat et L’Atelier de musique, et un trio de prestige, le lendemain, autour de Renaud Capuçon.

Le Festival de Pâques de Deauville © Yannick Coupanec

Quand il y a trente ans, Yves Petit de Voise imagine un rendez-vous musical à Deauville, il entend non seulement faire découvrir les grands talents de demain, mais aussi défendre une complicité chambriste qui a fini par façonner, au gré des rencontres et des affinités, une véritable famille artistique. Le concert de l’ensemble orchestral L’Atelier de musique, dirigé par Gabriel Durliat le 1er mai, résume la quintessence de cet esprit, jusque dans la réunion des interprètes.

Entre deux représentations à l’Opéra de Zurich, Margaux Poguet est venue chanter les Sept Lieder de jeunesse pour voix et orchestre op. 57 de Berg, dans la transcription chambriste que Reinbert de Leeuw réalisa à la fin des années cinquante. Puisant dans le corpus de pages écrites par le compositeur autrichien pendant ses années de formation, le recueil porte l’ascendance de Richard Strauss, – mais aussi d’autres figures de l’Allemagne romantique et post-romantique, de Schumann et Brahms à Wolf et Mahler –, tant par les thèmes que par la facture mélodique, empreinte d’une certaine opulence mélancolique. La chaleur du timbre de la soprano française restitue magistralement toute la palette de couleurs et d’atmosphères poétiques de la partition, d’une Nacht enveloppée de sensualité dans un climat d’attente et de mystère sensible dans le Schilfield et Im Zimmer, la douceur fervente d’un Nachtigall et de Traumgekrönt, les élans tourmentés de Liebesode, ou l’apothéose de Sommertage, incandescente évocation de la nature baignée dans un crépuscule très viennois, accentué par les harmonies de timbre de l’arrangement, sous la direction calibrée de Gabriel Durliat.

Le Festival de Pâques de Deauville © Yannick Coupanec

On retrouve ce soin des équilibres et cette écoute chambriste dans la version de la Symphonie n°4 de Mahler qu’a réalisée Erwin Stein en 1921 selon cette même esthétique. Loin de réduire la profusion de l’univers mahlérien, elle révèle en révèle la profondeur intimiste, que magnifie l’interprétation des jeunes pupitres de L’Atelier de musique. Toute l’ambivalence de l’univers du compositeur autrichien affleure dès les premières mesures du mouvement augural, et plus encore dans l’ironie du scherzo, où, se détachant d’une pâte plus légère, le violon désaccordé concerte presque comme dans un théâtre miniature. Si l’on perd la ouate orchestrale dans l’adagio, la douceur des textures reste, avec une fragilité qui expose cependant un peu les coups de timbales forte juste avant le finale, où l’on retrouve Margaux Poguet, qui donne du Paradis mystico-comique décrit dans le lied, une incarnation plus charnue que ce à quoi certaines voix évanescentes nous ont accoutumés.

Le Festival de Pâques de Deauville © Yannick Coupanec

Le lendemain, la clôture anniversaire réunit trois grands solistes d’aujourd’hui qui ont fait leurs classes à Deauville, et c’est plus particulièrement le cas de Renaud Capuçon, venu entouré de Bertrand Chamayou et Edgar Moreau. Ce dernier, le cadet des trois, ouvre le concert avec la Suite n°2 pour violoncelle de Bach, livrée avec une générosité évidente, où la succession de danses n’ignore pas l’affirmation du sentiment. Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou s’associent dans une Sonate de Fauré, la première, dans une lecture qui, par sa vitalité, prend parfois à rebours les clichés, et témoigne d’une communicative jubilation de jouer ensemble, réunissant le trio dans Mendelssohn. Plus que jamais, Deauville fête les complicités musicales.

Gilles Charlassier