À l’occasion de sa nomination comme ECHO Rising Star 2026/2027, le Trio Amelio franchit une nouvelle étape de sa carrière internationale. Après un premier album remarqué, le jeune ensemble allemand revient avec Beethoven X Schachtner, un programme conçu comme un dialogue entre deux siècles. De l’impétueux Trio op. 1 n° 3 à l’ampleur de l’« Archiduc », en passant par la création contemporaine de Johannes X. Schachtner, Johanna Schubert, Merle Geißler et Philipp Kirchner révèlent une remarquable cohésion et une palette sonore d’une grande richesse.
Le programme repose sur une idée aussi simple que stimulante : comment entendre Beethoven aujourd’hui avec des oreilles nouvelles ? À l’approche du bicentenaire de sa mort en 2027, le Trio Amelio place entre deux œuvres emblématiques du compositeur le Piano Trio n° 5 de Johannes X. Schachtner, In tiefer Ehrfurcht. Un dialogue entre deux siècles qui renouvelle notre écoute de Beethoven tout en donnant à la création contemporaine un éclairage inattendu.

Du jeune Beethoven à Schachtner : un dialogue vivant
Le Trio Amelio impose une interprétation d’une remarquable cohésion dans le Trio op. 1 n° 3 en ut mineur. L’ouverture, dramatique et incisive, fait surgir des dialogues particulièrement vivants entre les trois instruments. Les contrastes dynamiques, les accents et la conduite des lignes musicales sont ciselés avec précision, sans jamais sacrifier la fluidité du discours.
Le mouvement Andante cantabile con variazioni est un véritable jeu de couleurs et d’expressions, tandis que le Menuetto. Quasi allegretto installe une tension faite de suspens, de questions et de brusques changements de ton. Le piano déploie une énergie virevoltante, mène le discours et installe l’atmosphère, tel un orchestre dans la fosse d’opéra. Le violon et le violoncelle développent un dialogue qui évoque celui de deux protagonistes.
Dans le finale, les trois instrumentistes déploient un esprit presque espiègle et multiplient les clins d’œil les uns envers les autres. On imagine un jeu de cache-cache, tant les trois voix se répondent avec spontanéité.
La transition vers Johannes X. Schachtner est l’un des points forts de l’enregistrement. Le Piano Trio n° 5, qui surgit presque attacca, prolonge le geste du finale beethovénien avec la même énergie et la même tension. Dans le jeu du Trio Amelio, cette œuvre contemporaine n’apparaît jamais comme une parenthèse qui interrompt le voyage dans le passé, mais en constitue, au contraire, le prolongement naturel : Schachtner semble poursuivre, avec son propre langage, cette volonté de surprendre, de déplacer les repères et de faire naître de nouvelles possibilités sonores.
Le résultat est particulièrement convaincant grâce au travail du trio sur les textures, les couleurs et la richesse des sonorités. La prise de son, d’une grande qualité, restitue avec finesse cette matière sonore et la précision du dialogue entre les instruments.
L’« Archiduc », un sommet musical
Après le tourbillon du jeune Beethoven et la parenthèse contemporaine de Schachtner, le Trio en si bémol majeur op. 97, « L’Archiduc », apparaît comme un retour à la maison après un long voyage. Composé en 1810-1811 et dédié à l’archiduc Rodolphe d’Autriche, ami, élève et mécène de Beethoven, l’œuvre appartient à une tout autre période de sa création. Son ampleur, la noblesse de ses lignes et la profondeur de son écriture lui confèrent une dimension presque symphonique.
Le Trio Amelio y trouve un terrain d’expression idéal. L’impression de paix et d’harmonie qui se dégage dès le début du premier mouvement laisse progressivement place au développement des thèmes, entre solennité et lyrisme. Le dialogue entre violoncelle et piano évoque par moments l’univers des sonates pour violoncelle, tandis que les trois instruments semblent peu à peu fusionner en un seul organisme musical.
Le Scherzo s’enchaîne et joue avec les contrepoints et les décalages, dans un perpétuel mouvement de cache-cache. La fugue centrale jette un voile de mystère avant que la lumière ne réapparaisse, portée par les trois voix réunies.

Mais c’est dans le mouvement lent, construit lui aussi autour d’un thème et de variations, que l’interprétation atteint une intensité particulière. Beethoven transforme ici la variation en véritable laboratoire d’invention. Le Trio Amelio s’en empare avec une grande liberté : murmures et éclats, clair et obscur, retenue et prises de risque se succèdent, tandis que les trois musiciens entremêlent leurs voix tout en soulignant la lisibilité de l’architecture.
Le finale, jovial et espiègle, libère finalement toute cette énergie accumulée. L’urgence, l’excitation et la recherche constante de nouvelles couleurs conduisent l’œuvre vers une véritable apothéose. Une conclusion à l’image de ce jeune trio : une sonorité travaillée jusque dans ses moindres nuances, une grande expressivité et surtout une remarquable capacité à faire dialoguer les voix tout en gardant leur personnalité.
ECHO Rising Stars : rendez-vous à Lyon le 22 mai 2027
Après Cologne, Hambourg, Luxembourg, Dortmund, Baden-Baden, Birmingham, Athènes et Vienne, le Trio Amelio fera étape en France le 22 mai 2027 à l’Auditorium de Lyon, dans le cadre de la tournée ECHO Rising Stars. Au programme : Schumann, Lera Auerbach, une création d’Helena Winkelman commandée par ECHO et Brahms. Une étape très attendue pour découvrir un ensemble dont le parcours commun, la curiosité musicale et le goût du dialogue entre répertoire et création dessinent déjà une personnalité singulière.
