Rendez-vous incontournable de la création sonore et visuelle, le Festival Aujourd’hui Musiques referme son édition 2025 sous le signe de l’électro et du rythme, avec Pulse #1, une soirée électro et numérique imaginée autour de Franck Vigroux, un des fidèles de la scène de Perpignan, et une clôture hip-hop chorégraphiée par Laura Defretin et Brandon Masele.

Le croisement avec les arts numérique nourrit la programmation d’Aujourd’hui Musiques depuis plus d’une décennie. Après plusieurs éditions jalonnées d’installations sonores et visuelles, le festival privilégie depuis quelques années les formats spectacle et concert plus traditionnels – en apparence seulement. C’est ainsi que l’autre salle de la scène nationale du Théâtre de l’Archipel, El Mediator, accueille Pulse 1#, une soirée électro conçu par Franck Vigroux, avec le label allemand Raster.
La création que l’artiste, qui est ici à Perpignan comme chez lui, présente dans ce programme collectif porte une évidente empreinte berlinoise. Formant le duo Atotal avec Antoine Schmitt, le musicien français développe une ivresse électro où les boucles pulsatives font plonger le public dans une transe sonore qui se fait aussi spatiale avec les modélisations numériques. En noir et blanc le plus souvent, les pixels façonnent un Lego en perpétuel mouvement, où les silhouettes de gratte-ciels tutoyant l’infini se transforment en champ de blocs mobiles rappelant le Mémorial dédié aux juifs assassinés lors de la Shoah, situé près de la Porte de Brandebourg à Berlin. Le voyage à travers ces panoramas virtuels où l’imaginaire peut naviguer d’un paysage urbain à l’autre, traversant les continents de Chicago à Dubaï en passant par l’Allemagne, transforme les artifices de la modernité technique en une jubilation des sens. L’oeil, l’oreille et le corps ne font plus qu’un dans cette fête synesthésique remarquablement maîtrisée. Avec plus d’une tentation pour le dancefloor, le succès du public ne trompe pas dans cette irrésistible synthèse entre dynamique exploratoire et hédonisme spectaculaire.

Les trois autres pièces de Pulse 1# permettent d’appréhender la diversité de l’univers électro. Sur des motifs géométriques aux tonalités nocturnes, Byetone accompagne le début de soirée avec un beat enveloppant, comme une immersion progressive dans une ambiance à rebours de l’écoute académique. Le minimalisme d’Amélie Duchow privilégie un hypnotisme minimaliste, qui ne craint pas un certain statisme – en dehors des aficionados, la performance peut facilement s’appréhender de manière déambulatoire. Quant à la fin de soirée avec Gabor Lazar, elle ne refuse pas l’enthousiasme du divertissement, que l’on retrouve dans la clôture du festival.

A voir la diversité du public venu dimanche en fin d’après-midi pour Rave Lucid de Laura Defretin et Brandon Masele, l’ouverture défendue par la directrice de l’Archipel, Jackie Collet-Surjus, se révèle une totale réussite. Sous les lumières de Judith Leray, et dans les costumes dessinés par Sting Masele et Emma Deat, les dix danseurs sur le plateau du Grenat célèbrent le métissage entre les virtuosités du hip-hop et de la breakdance, avec l’électro en fond sonore. Même dans les séquences plus extatiques, baignés d’éclairages aubéens, la création de Nikit, Ino & Fille de Minuit sert d’abord de faire-valoir à la vitalité contagieuse des interprètes. Dans la verrière du théâtre, un DJ Set attendait le public à l’issue du spectacle. Avec cette fête de clôture pour tous, les avant-gardes d’Aujourd’hui Musiques sont plus que jamais sans frontières.
Gilles Charlassier
