Concert de sortie de disque Désobéissance © Céline Bodin

Autour d’Aurèle Stroë à la salle Cortot

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Pour accompagner la sortie de la première monographie consacrée à Aurèle Stroë, Désobéissance, édité par le label L’empreinte digitale, Noëmi Schindler, Christophe Roy, Christophe Henry et l’ensemble 2e2m dirigé par Léo Margue mettent en perspective, salle Cortot, le compositeur roumain avec Enesco, Janacek et Bernard Cavanna, ami et défenseur de cette figure iconoclaste.

Concert de sortie de disque Désobéissance © Céline Bodin

Décédé en 2008 à Mannheim à 76 ans dans l’indifférence, Aurèle Stroë compte pour Bernard Cavanna parmi les grandes figures de l’avant-garde musicale de la seconde moitié du vingtième siècle, qu’il égale aux Ligeti, Stockhausen et Xenakis. Plutôt que dupliquer le programme monographique du disque édité par L’Empreinte digitale, le compositeur français propose, salle Cortot, un hommage à ce visage de la modernité musicale roumaine et européenne, avec les interprètes du disque, qui sont aussi les plus ardents défenseurs de cette œuvre singulière.

Et c’est par un autre visage iconoclaste de l’histoire de la musique, Janacek, qui a dû attendre avant de voir son originalité reconnue, que s’ouvre le concert dans l’écrin de Cortot. Les trois mouvements du Conte pour violoncelle et piano, Con moto andante, Con moto adagio et Allegro, rompt avec la tradition du développement thématique et s’appuie sur des transformations de cellules brèves – au plus près des intonations de la langue tchèque, que le compositeur notait sur des carnets au gré des conversations qu’il entendait dans la rue. L’Andante sostenu e misterioso de la Sonate pour violon et piano n°3 en la mineur op. 25 d’Enescu est un autre exemple d’écriture qui s’écarte des traditions formelles pour inventer sa propre logique sonore, comme le fera plus tard Aurèle Stroë.

Concert de sortie de disque Désobéissance © Céline Bodin

Christophe Roy et Christophe Henry interprètent l’une des deux grandes œuvres du disque, Sonata quasi una fantasia pour violoncelle et piano, dont le titre fait écho à la Sonate n°14 de Beethoven – nombre qui est aussi celui de la durée de la pièce de Stroë, et ce n’est sans doute pas à hasard, comme d’autres clins d’oeil de la partition. Les trois épisodes poétiques, Forme à l’état naissant, Scherzando, Anacrouses et chutes lentes, que vient clore un épisode bref sur les sonorités de synthétiseur, déambulent dans les harmonies et les timbres instrumentaux, entre volubilités fulgurantes et suspension du discours au bord du silence.

Concert de sortie de disque Désobéissance © Céline Bodin

Conçu pour le même effectif, Alte Musik de Bernard Cavanna fait remonter comme d’une mémoire engloutie un court fragment de la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartok. Autour de ce motif flottant comme un vestige s’épanouit une virtuosité croissante qui nourrit également Capricci et Ragas, le concerto pour violon d’Aurèle Stroë qui croise le fantôme d’un caprice de Paganini avec la microtonalité indienne. Dans le quatrième mouvement, Ecoute fine II, Noëmi Schindler, accompagnée par les pupitres de 2e2m sous la direction de Léo Margue, fait ressortir les couleurs inouïes de cette exploration de la granulation sonore du violon. Cette intimité habitée est aussi ce qui se dégage des deux montages vidéos qui jalonnent le concert, et par lesquels Bernard Cavanna donne un aperçu de la sensibilité originale d’Aurèle Stroë. Au-delà du sépia des archives, le disque Désobéissance est une fenêtre sur un univers à redécouvrir.

Gilles Charlassier