A l’Auditorium de l’Opéra de Bordeaux, Salvatore Caputo dirige ses artistes du Choeur de l’Opéra de Bordeaux dans une réduction pour piano du Chapeau de paille de Florence, mise en scène par Julien Duval, selon le principe zéro achat.

Inspiré par le vaudeville Un Chapeau de paille d’Italie de Labiche, qui fut l’un des plus grands succès du dramaturge français, Le Chapeau de paille de Florence fut écrit par Rota à la fin de Seconde Guerre Mondiale, mais dut attendre dix ans avant d’être créée, à Palerme en 1955. En marge des avant-gardes, le compositeur de musique de film, en particulier pour Fellini – La strada, La dolce vita ou Huit et demi – puis plus tard pour Zeffirelli et Coppola, avec l’iconique Parrain, s’est bâti une popularité auprès du public dont témoigne également la farce lyrique Le Chapeau de paille, à la faconde irrésistible.

Dans la lignée des projets dirigés par Salvatore Caputo avec les artistes du Choeur de l’Opéra de Bordeaux qu’il dirige depuis dix ans, Porgy and Bess et Treemonisha, cette condensation pour piano, solistes et choeur de la comédie de Rota constitue un exemple de production circulaire dans une institution lyrique. Le spectacle a été conçu selon le principe de réutilisation des éléments de décors stockés dans les ateliers de la maison, une dynamique écologique qui permet à Emmanuel Hondré, depuis le début de son mandat, de s’adapter aux contraintes économiques en proposant des solutions face aux défis écologiques. Mais en s’appuyant sur les forces permanentes du Choeur, la sobriété budgétaire se double d’une opportunité de mettre en valeur des personnalités que l’on ne distingue pas en général dans les ensembles, un peu à la manière d’une troupe, mais avec une plus grande adaptabilité aux répertoires, dans une intéressante complémentarité avec le reste de la programmation opératique de la maison.

Avec ses larges bandes blanches et rouges zébrant le plateau, la mise en scène de Julien Duval prend des allures circassiennes, visibles dans le décor d’Olivier Thomas et les costumes réalisés par Aude Désigaux – jusque dans la tenue du chef, acteur parmi les autres des imbroglios trépidants à la teinte légèrement fellinienne, sous les lumières calibrées par Michel Theuil. La vitalité dans l’enchaînement presque invraisemblable des péripéties est relayée par celle d’une version musicale au plus près de la volubilité théâtrale – Salvatore Caputo a coupé quelques numéros dont un air plus lyrique, afin de resserrer le rythme de la farce. A l’exception de l’intervention ponctuelle du violon de Minardi joué par Tristan Chenevez, l’accompagnement pianistique de Martin Trembremande sert d’abord à mettre en valeur la savoureuse galerie de personnages autour desquels s’agite le Fadinard de Daniele Maniscalchi, entre boulevard et gags à la Buster Keaton. Un Chapeau de paille enlevé qui n’a pas le temps de prendre une ride.
Gilles Charlassier
