D’une insolence captivante, la lecture des Variations Goldberg par Yunchan Lim bouscule toutes les conventions. Le jeune pianiste coréen impose sa vision de l’œuvre de Bach à la Philharmonie de Paris, avec une audace stupéfiante.
D’une insolence captivante, la lecture des Variations Goldberg par Yunchan Lim bouscule toutes les conventions. Le jeune pianiste coréen impose sa vision de l’œuvre de Bach avec une audace saisissante.
Depuis son récital en février 2023 à l’Auditorium Louis Vuitton, le parcours du pianiste Yunchan Lim à Paris n’a cessé de s’intensifier. En novembre de la même année, il a envouté le public parisien avec le Concerto de Schumann aux côtés de Myung-Whun Chung et l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et lors d’un concert de musique de chambre avec la violoniste Jiyoon Park.
En 2024, il a de nouveau fasciné critiques et spectateurs parisiens avec une interprétation du Concerto n°2 de Rachmaninov sous la direction de Klaus Mäkelä à la tête de l’Orchestre de Paris. À seulement 20 ans, Yunchan Lim a déjà conquis Paris.

Une ambiance inédite, digne d’un concert pop
Édouard Fouré Caul-Futy, codirecteur de la programmation de la Philharmonie de Paris, a évoqué avec enthousiasme l’atmosphère unique du concert de l’Orchestre de Paris avec Yunchan Lim en 2024 :
« Le soir où Yunchan Lim a interprété le Concerto n°2 de Rachmaninov avec l’Orchestre de Paris, il s’est produit quelque chose d’inédit à la Philharmonie : une ambiance digne d’un concert d’idole, qui a soudainement rajeuni d’une génération le public habituel des concerts classiques. »
Cette fois-ci, il a offert son deuxième récital parisien en solo, dans la Grande salle de la Philharmonie de Paris, dans une ambiance digne d’un concert de star de la K-pop. Retour sur ce moment inoubliable.
La notoriété de Yunchan Lim, plus jeune lauréat de l’histoire du Concours Van Cliburn 2022, conjuguée à ses origines sud-coréennes – pays à la pointe de la culture au XXIe siècle – a attisé l’intérêt pour ce récital. Le phénomène « K-Classical Star » a attiré un public bien plus jeune qu’à l’accoutumée. Le soutien actif de la diaspora coréenne en Europe et les billets rapidement épuisés ont également contribué à créer une atmosphère survoltée.

Un plaisir intellectuel pour les amateurs éclairés
Le programme phare de la soirée était constitué des Variations Goldberg de Bach, que le compositeur qualifiait lui-même de « divertissement spirituel pour les amateurs ». Cette œuvre, hommage à Buxtehude et fondée sur un thème tiré de ses Variations en sol majeur, aurait été commandée par le comte Keyserlingk, ambassadeur russe à Dresde, qui souffrait d’insomnies et souhaitait une musique apaisante pour ses nuits. Le jeune claveciniste Johann Gottlieb Goldberg les aurait alors interprétées pour lui chaque soir – d’où le nom de l’œuvre.
Une énergie juvénile éblouissante
Yunchan Lim, qui rêvait d’interpréter cette œuvre depuis qu’il avait entendu l’interprétation de son maître Minsoo Sohn, s’est emparé des Variations Goldberg avec une maturité et une liberté étonnantes pour son jeune âge. Déjà au cœur de son premier récital parisien en 2023 avec les Inventions à trois voix, Bach revient ici en majesté à travers ce véritable « Everest du répertoire pianistique ».
D’une durée d’environ 1h30, l’œuvre a été interprétée avec une aisance remarquable. Malgré l’ampleur de l’œuvre et sa complexité, Yunchan Lim a traversé cette montagne musicale avec fluidité, légèreté et une grande économie de pédale, privilégiant la clarté du jeu.
À travers son prisme personnel, il a exploré chaque variation comme une miniature expressive, convoquant tour à tour le rubato de Chopin, la profondeur romantique de Brahms, la flamboyance mystique de Scriabine ou encore la dramaturgie puissante de Beethoven – clin d’œil possible à ses Eroica Variations interprétées à Paris en 2023. On devine chez lui une vaste culture pianistique, nourrie d’écoute, de curiosité et d’intuitions brillantes.
Le piano devient pour lui un terrain de jeu exaltant, un espace où il peut déployer librement sa propre vision artistique. Sa technique semble ignorer toute difficulté : même dans des variations à deux claviers, les mains se croisent sans jamais troubler le flux musical. Les transitions entre textures, dynamiques et caractères musicaux se font avec une aisance déconcertante.

Une œuvre incisive de Hanurij Lee
Avant les Variations Goldberg, Yunchan Lim a interprété une pièce courte et brillante du compositeur Hanurij Lee (…round and velvety-smooth blend…), véritable portrait en miniature du jeune pianiste. On peut toutefois regretter l’absence des Variations d’Anton Webern, initialement annoncées au programme. Leur inclusion aurait permis un parallèle intéressant entre la tradition baroque de la variation et celle de la Seconde École de Vienne, tout en faisant écho à l’interprétation de la Sonate d’Alban Berg par un autre « K-Classical Star », Seong-Jin Cho.
Un récital au sens originel du terme
Le mot « récital » vient du latin recitare, qui signifie « raconter ». Et Yunchan Lim, une fois de plus, a redonné tout son sens à ce mot. Par une approche sincère, humaine et intuitive, il nous a offert un récit musical d’une rare profondeur, à la fois intime et universel.
À 20 ans, avec toute la fougue, la curiosité et la liberté de sa jeunesse, il s’affirme déjà comme une voix singulière. Son interprétation des Variations Goldberg restera comme une démonstration audacieuse d’une vision profondément personnelle de J.S. Bach.
Paris, avril 2025, Marine Park
