FESTIVAL DEAUVILLE Stéphane Degout Atelier de musique Pierre Dumoussaud (c) C.Doaré

A l’écoute du Festival de Pâques de Deauville 2025: voix et musique de chambre au sommet !

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Le Festival de Pâques de Deauville 2025 s’est déroulé du 12 au 26 avril, réparti en 3 week-ends. Cet évènement dont c’est la 29ème édition est consacré, comme tous les ans, à la musique de chambre.

 

La cité balnéaire qui accueille le festival  a été créée, rappelons-le, de toute pièces en 1860 par Charles-Auguste de Morny, demi-frère de Napoléon III. Cette même année est né Gustav Mahler, l’un des compositeurs joués lors de ce dernier week-end du Festival de Pâques 2025. Cette même année a aussi été créé le Jardin d’Acclimatation, situé aux franges du Bois de Boulogne à Paris.

Il a longtemps manqué à Deauville des manifestations musicales à la hauteur de la beauté et de la richesse des lieux; absence amplement comblée depuis près de 30 ans par les « Festivals de Pâques » et, depuis 24 ans, par un « Août musical » qui s’échelonne sur une dizaine de jours. Le tout grâce à l’inventivité et l’énergie d’un homme: Yves Petit de Voize, inlassable découvreur de talents.

Ce dernier a associé, dès la première heure du Festival, les talents les plus prometteurs du monde musical. A telle enseigne que le violoniste Renaud Capuçon en a été l’un des fondateurs, il y a près de trente ans. Mais les générations se renouvellent, même si les « anciens » demeurent fidèles, revenant régulièrement à Deauville pour y exercer leur talent et « encadrer » les nouveaux.

Lors du dernier week-end du Festival, les concerts des 25 et 26 avril ont fait la part belle à la musique germanique, à l’exception d’une pièce de César Franck.

FESTIVAL DEAUVILLE 25 Quatuor Hermès
(c) C.Doaré

Au programme de l’avant dernier concert, le vendredi 25 avril, ont été jouées des œuvres emblématiques de Beethoven et de Franck.

S’agissant de Beethoven, c’est l’une de ses géniales créations pour quatuor à cordes de l’année 1800 qui a été choisie : un des numéros de la série des 3 quatuors dits « Razumovski », du nom d’un mécène du compositeur, en l’occurrence, l’opus 59 n°3, en do majeur.

Ce quatuor s’ouvre sur un terrible accord qui fait sursauter plus d’un auditeur. Il est suivi d’un discours musical plein de doutes  qui persistent dans le second mouvement. Après un « Menuet grazioso » où chacun, tour à tour, des membres du quatuor a sa part, Beethoven a conçu, pour son dernier mouvement, une sorte de course à l’abîme étourdissante.

FESTIVAL DEAUVILLE 25
ADAM LALOUM QUATUOR HERMES
(c) C.Doaré

La seconde partie du concert est vouée au « Quintette pour piano et cordes » de César Franck en fa mineur, composé en 1879: introduction d’une grande intensité des cordes qui répondent  à la même intensité presque brutale, en contrepoint, du piano. Le second mouvement laisse place à une sorte de rêverie mélancolique. Alors que le premier violon se plaît dans une douceur interrogative (magnifique Omer Bouchez, premier violon du Quatuor Hermès), on est ému de la réponse en contrepoint, presque tendre du piano,  jeu très intérieur d’Adam Laloum. Le troisième et dernier mouvement conclusif surprend par sa brièveté, tant son discours tient de l’ellipse ( le son rauque de l’alto !).

Dans ce programme romantique, le Quatuor Hermès (composé d’Omer Bouchez, violon, Elise Liu, violon, Manuel Vioque-Judde, alto,  Yann Levionnois, violoncelle) a témoigné d’une virtuosité sans faille et d’une grande homogénéité, ce qui n’est pas la moindre des qualités requises pour un quatuor, dans ce corpus musical à la fois complexe et raffiné.

 


Changement radical d’atmosphère le lendemain, samedi 26 avril, pour le concert de clôture du Festival.

Au programme, on retrouvait des pièces d’Anton Webern (1883-1945), d’Arnold Schönberg (1874-1951) et de Gustav Mahler (1860-1911).

Si ce dernier participe d’un romantisme tardif, les deux premiers, et bien sûr Arnold Schönberg qui en sera la figure tutélaire, font partie de ce qu’il est convenu de nommer la  » Seconde école de Vienne « , pour la distinguer de la première dans laquelle figurent Haydn, Mozart, Schubert.

On reprendra ici la jolie formule d’Ivan Alexandre, metteur en scène, éditorialiste et auteur qui a introduit magistralement le concert et qui a précisé, à propos des compositeurs au programme du jour, que cette « Seconde école » formait comme « une sorte de coda du « Voyage d’Hiver«  », la coda pouvant se définir ici comme la conclusion d’une pièce musicale, en l’espèce la musique de la « Première école de Vienne », le « Voyage d’Hiver » étant une allusion au cycle de lieder de Franz Schubert, composé à la toute fin de sa vie.

FESTIVAL DEAUVILLE 25
L’ATELIER de MUSIQUE Pierre DUMOUSSAUD (c) C.Doaré

La première partie du concert était entièrement consacrée à cette fameuse  « Seconde Ecole de Vienne », avec, en guise d’introduction d’introduction, la pièce d’Anton Webern, sa « Langsamer Satz  » composée en 1905. Initialement écrite pour quatuor à cordes et interprétée ici dans l’arrangement pour orchestre à cordes de Gerard Schwarz. Cette pièce se ressent beaucoup de l’influence, plus que déterminante, de Schönberg, maître du compositeur. Elle rappelle  notamment sa « Nuit Transfigurée », transparente et mystérieuse. Et aussi  la musique de Gustav Mahler, par son phrasé onctueux.

La seconde pièce, celle de Schönberg, est un peu déroutante. C’est la « Kammersymphonie n°2, opus 38 ». Cette symphonie de chambre  a connu une période compositionnelle intermittente, puisque commencée en avril 1906, et reprise en 1938 alors que Schönberg est en exil en Californie. Cette pièce fait penser à une progression incertaine, comme si son auteur cherchait son chemin sans vraiment vouloir le trouver. A noter une (redoutable) partie à l’intérieur de l’œuvre pour les instruments à vent, interprétée brillamment par le pupitre des vents de l’ensemble spécialement constitué pour le Festival et regroupant plusieurs solistes d’ensembles qui ont collaboré à ce programme (« Ensemble à vents Ouranos », « Quatuor Hermès, » « Quatuor Hanson », « Quatuor Magenta »)

FESTIVAL DEAUVILLE 25
Stéphane Degout « ATELIER DE MUSIQUE »  Pierre Dumoussaud Direction
(c) C.Doaré

Enfin, et comme pour parachever un festival enthousiasmant, était jouée une œuvre du jeune Mahler (il est alors âgé de 24 ans), les « Chants d’un compagnon errant« : un cycle de quatre lieder, sorte de cantate, composés en lien avec une douloureuse séparation amoureuse.

Le texte du premier « Wenn mein Schatz Hochzeit macht » provient du « Des Knaben Wunderhorn », cycle de textes et de poésies  populaires , «  Le Cor enchanté de l’enfant« ; les textes des des lieder suivants sont de la main du compositeur.

Cette œuvre majeure a eu la chance d’être interprétée par l’un des meilleurs barytons français, Stéphane Degout, pour qui le répertoire germanique n’a pas de secret: son timbre est de bronze, ses aigus sont légers, comme transparents.

La particularité de cette œuvre a été d’être interprétée dans l’arrangement d’Arnold Schönberg, réalisé en 1920. Disons-le de suite, la version choisie est presque idéale et, de notre point de vue, sublime cette œuvre: chaque instrumentiste est pleinement soliste, seuls les violons sont par 2 et les percussions n’ont pas été oubliées.

Le grand avantage de cette version dépouillée est qu’elle magnifie le chant du baryton,  soliloque désespéré qui n’oublie ni la tendresse, ni une forme d’humour.

Le deuxième lied, « Ging heut’morgen über’s Feld » ( « Ce matin, j’ai marché à travers les champs » ) est redemandé en bis par le public.

Attentif à ses musiciens et au chanteur, le chef Pierre Dumoussaud, fidèle à son approche lyrique, permet à cette musique intérieure et mélancolique de s’exprimer pleinement.

Ainsi se termine cette 29ème édition, en attendant que rayonne la 30ème qui devrait réunir les « anciens », pour certains célèbres, ainsi que les jeunes pousses.

 


Le concert du 25 avril sera diffusé sur « France Musique » le 22 mai à 20h ; celui du 26 avril sera diffusé le 23 mai, également à 20 h.

 

29ème Festival de Pâques – Deauville 2025

Vendredi 25 avril 2025, 20h

Beethoven : Quatuor à Cordes n°9 en Do Majeur, Op.59
César Franck : Quintette pour piano et cordes en Fa mineur

Quatuor Hermès Adam Laloum, piano

Samedi 26 avril 2025, 20h

Anton Webern : « Langsamer Satz »
Arnold Schönberg : « Kammer Symphonie » n°2, Op.38
Gustav Mahler : « Chants d’un compagnon errant » pour Baryton et orchestre

Stéphane Degout, Baryton
L’Atelier de Musique
Direction musicale : Pierre Dumoussaud

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.