La figure tutélaire de Beethoven plane sur tout le XIXᵉ siècle. Pour Schubert, elle fut à la fois source d’admiration et d’intimidation — jusqu’à ce que la mort du maître, en 1827, lui ouvre un espace de liberté créatrice. Ce concert de Jean-Nicolas Diatkine, intitulé Schubert et Beethoven, de l’ombre à la lumière, retrace ce dialogue imaginaire entre deux génies que tout oppose et tout relie : la ferveur héroïque du premier, la poésie mélancolique du second.
Formé dans la tradition d’Arrau, nourri par l’enseignement de Ruth Nye et l’analyse rigoureuse du compositeur Narcis Bonet, Diatkine appartient à cette lignée d’interprètes pour qui la profondeur du son importe autant que la clarté du discours. Sa carrière, partagée entre récitals solistes, collaborations vocales et une activité régulière en France, en Europe et au Japon, témoigne d’une rare fidélité à la musique comme acte de compréhension intérieure.
Le programme, d’une construction presque symphonique, s’ouvre sur la Rhapsodie n° 1, op. 79 de Brahms, cri d’élan et de gravité, avant que ne s’élève la voix singulière du Klavierstück n° 1, D.946 de Schubert, œuvre d’une poignante transparence.
La Sonate n° 15, op. 28 “Pastorale” de Beethoven déploie ensuite une sérénité lumineuse, que prolongent les Six Moments musicaux, D.780 de Schubert, miniatures d’une tendresse intime.
Enfin, l’ombre revient sous la forme de la Sonate n° 23, op. 57 “Appassionata”, sommet de tension et de liberté beethovénienne : la lutte entre la passion et la clarté, entre la nuit et la lumière.
Par-delà la virtuosité, Jean-Nicolas Diatkine revendique une approche introspective, héritée de son long travail auprès de chanteurs et de sa connaissance du Lied allemand : « Chaque note doit respirer comme une syllabe du langage ». Une conception profondément humaniste du piano, où Schubert et Beethoven, enfin réconciliés, dialoguent dans la même lumière.
Schubert et Beethoven, de l’ombre à la lumière – Jean-Nicolas Diatkine
Brahms, Rhapsodie N°1 op.79
Schubert, Klavierstücke N°1 D.946
Beethoven, Sonate N°15 op.28 « Pastorale »
Schubert, Six Moments musicaux D.780
Beethoven, Sonate N°23 op.57 « Appassionata »
Samedi 29 novembre à 20h00, Salle Cortot,
