Le 1er novembre, à la Biennale du violoncelle d’Amsterdam, les ensembles étaient à l’honneur : le Cello Collectief, un ensemble amateur de 24 violoncelles, et les célèbres 12 violoncellistes de la Philharmonie de Berlin, réunis autour d’un répertoire riche en arrangements passionnants.
24 violoncelles pour le plaisir de faire de la musique ensemble
À la Biennale du violoncelle, on met en valeur tout ce qui gravite autour de ce magnifique instrument, ainsi que ses multiples facettes et possibilités. Très logiquement, on y retrouve les grands solistes, mais aussi ceux qui fabriquent les instruments, ceux qui les promeuvent, ceux qui étudient pour devenir les solistes de demain et, tout simplement, ceux qui jouent pour le plaisir !
Le Cello Collectief a commencé par réunir douze violoncellistes, mais l’enthousiasme suscité par le projet l’a rapidement amené à doubler ses effectifs. Les 24 musiciens, âgés de 20 à 30 ans, auxquels s’ajoutaient quelques quadragénaires, étaient réunis sur la scène intimiste du Bimhuis pour un concert au programme varié. Ils ont notamment interprété Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev, Ma mère l’Oye de Maurice Ravel, Oblivion d’Astor Piazzolla et la Quatrième Symphonie de Gustav Mahler.
Si le répertoire pour douze violoncelles est déjà relativement limité, celui destiné à vingt-quatre violoncelles est quasiment inexistant. C’est donc Tjeerd Broerse, à l’initiative du projet, qui a pris sur ses épaules l’immense travail d’arrangement. Il lui a fallu une année entière pour préparer ce programme, absolument réussi et particulièrement enthousiasmant.
Cet ensemble ne manque décidément pas de créativité ! En décembre, les musiciens proposeront un spectacle en compagnie de l’artiste de cabaret Sander Beens, du saxophoniste Luuk Meeuwis et de la danseuse Janneke de Vries.
Les 12 violoncellistes de la Philharmonie de Berlin
Connus notamment pour leurs arrangements de chansons françaises, les 12 violoncellistes de la Philharmonie de Berlin (11 hommes et une femme) nous proposent deux pièces placées sous le signe de l’humour et de la légèreté : un dansant Fleur de Paris d’Henri Bourtayre, dans un arrangement de Ludwig Quandt, et Sous les ponts de Paris de Vincent Scotto, arrangé par Wilhelm Kaiser-Lindemann.
L’ensemble est également très engagé dans la musique contemporaine. Il a commandé des œuvres nouvelles à plus de cinquante compositeurs, parmi lesquels Péter Eötvös, Jean Françaix, Sofia Gubaidulina, Arvo Pärt, Kaija Saariaho, Pēteris Vasks, Iannis Xenakis et Giovanni Sollima. C’est d’ailleurs à ce dernier que l’on doit Dust on the Bow, interprété ce soir en première néerlandaise.
Arvo Pärt a composé Fratres en 1977 pour ensuite le décliner en plusieurs arrangements pour différentes formations. En 1982, il en réalise une version spécialement destinée aux douze violoncellistes de la Philharmonie de Berlin. La pièce se déploie progressivement, débutant par une percussion sur le corps d’un violoncelle. La mélodie se répète ensuite, dans un crescendo entrecoupé de nouvelles interventions percussives. Les douze musiciens jouent avec un engagement remarquable et nous amènent rapidement dans l’univers mystique et intemporel du compositeur estonien.
En 2008, Arvo Pärt était lui-même présent à la Biennale du violoncelle pour la création de O-Antiphonen, composée spécialement pour le Cello Octet Amsterdam.

Suit une sélection de pièces tirées du John’s Book of Alleged Dances de John Adams, commandé et créé par le Kronos Quartet en 1994. Toot Nipple est nerveux et rapide, porté par un pizzicato joyeux, tandis que Stubble Crotchet séduit par son rythme irrésistible, ses contrastes, ses attaques marquées, ses couleurs et ses syncopes. Ici, toute la technique instrumentale est mise en évidence : mélodies à doubles cordes, percussions et pizzicatos se succèdent dans une véritable démonstration de virtuosité.
Clap Yo’ Hands de George Gershwin ponctue la soirée avec espièglerie, tandis que les musiciens se passent la mélodie avec beaucoup de malice.
Composé pour 12 violoncelles, Aubade de Jean Françaix débute par un andantino romantique et simple, avant de s’animer dans l’allegro ritmico. Une mélodie au rythme soutenu s’élève alors au-dessus d’une basse en pizzicato. Le vivacissimo est interprété avec beaucoup d’entrain et d’humour. L’andante nous berce doucement, tandis que le presto, vif et dynamique, emporte le public dans un véritable tourbillon dansant. On retrouve également le côté cinématographique du compositeur, qui avait travaillé pour Sacha Guitry et composé pour lui de nombreuses musiques de films, dont le célèbre Si Versailles m’était conté.
L’atmosphère dansante se poursuit avec Swing on Dvořák de Stephan Koncz (1984), que les musiciens interprètent avec une énergie débordante.
Vient ensuite Dust on the Bow de Giovanni Sollima. La pièce commence dans une atmosphère mystérieuse avant de s’ouvrir sur un mélange de chants et de percussions. Peu à peu, la musique virevolte vers une danse qui rappelle l’atmosphère western des Alleged Dances d’Adams.
L’œuvre alterne alors de véritables démonstrations de virtuosité instrumentale et des passages plus lyriques, offrant aux douze musiciens l’occasion de déployer toute l’étendue de leur talent.
Pour finir en beauté, en bis, les musiciens nous offrent le magnifique Fuga y misterio d’Astor Piazzolla. Ils remontent sur scène deux par deux et se transmettent la mélodie au fil de la pièce, pour construire un final pétillant et plein de vie.
Les 12 violoncellistes de la Philharmonie de Berlin
Bruno Delepelaire, Christoph Igelbrink, Ludwig Quandt, Martin Löhr, Olaf Maninger, Solène Kermarrec, Stephan Koncz, Martin Menking, Uladzimir Sinkevich, Knut Weber
Arvo Pärt Fratres
John Adams Alleged Dances
George Gershwin Clap yo Hands
Jean Françaix Aubade
Vincent Scotto Sous les Ponts de Paris
Henri Bourtayre Fleur de Paris
Stephan Koncz Swing on Dvořák
Giovanni Sollima Dust on the Bow (Première néerlandaise)
En savoir plus :
Les 12 violoncellistes de la Philharmonie de Berlin
Enregistrement live
NPO Klassiek
Le site du Cello Collectief

