Messe en si de Bach, direction Nicole Corti, au festival de La Chaise-Dieu
Messe en si de Bach, direction Nicole Corti, au festival de La Chaise-Dieu

Retour de la musique à La Chaise-Dieu pour la 55ème édition du Festival, avec Bach, Scarlatti… et les autres

13 minutes de lecture

Suspendu en 2020, le Festival de musique de La Chaise-Dieu était de retour du 19 au 29 août 2021 avec un programme copieux et alléchant : un retour chaleureux de la musique, tout à fait dans l’esprit de ce lieu inspiré. Quelques impressions sur ce 55ème Festival…

 

Deux concerts ont retenu notre attention : la Messe en si de Jean-Sébastien Bach et l’oratorio San Filippo Neri d’Alessandro Scarlatti, deux événements incontournables qui ne font pas oublier les deux superbes concerts de l’après-midi.

Précédée d’une conférence du spécialiste de la question, Gilles Cantagrel, l’exécution de la Messe en si du Cantor n’a pas complètement tenu toutes ses promesses, principalement dans sa première partie, en dépit de l’énergie et de la science musicale déployées par l’excellentissime Nicole Corti. A-t-on souhaité traiter la première partie en forme de long crescendo pour atteindre les sommets du Credo ?  Ce souci apparent de privilégier l’intériorité (louable et justifié musicalement), n’a pas pleinement convaincu.

Cette interprétation serait-elle due, en quelque sorte, au fait que, selon Gilles Cantagrel – dont les études musicologiques ont été associées à la préparation de ce concert – la Messe en si est une oeuvre sur laquelle  « plane l’ombre de la mort »?… En d’autres termes, a-t-on voulu souligner le côté sombre de la « Messe » ? Ce qui relèverait du funèbre, question au demeurant passionnante.

 

Une seconde partie vigoureuse

En revanche, changement complet d’atmosphère en seconde partie : finies les quelques défaillances des cuivres, fini le chœur semblant comme en retrait. Le Chœur Spirito (dont Nicole Corti est la directrice musicale), auquel se sont joints les solistes, retrouve vigueur et couleurs, on est bien là dans la restitution de la partition somptueuse avec, notamment, la mezzo-soprano Lucile Richardot qui domine la distribution avec son bel alto (sublime Agnus Dei).

Un  magnifique Sanctus et un très beau chœur final (Dona nobis pacem) referment tout en sensibilité et en émotion cette page Bach, sous la direction inspirée de Nicole Corti.

Messe en si - JS Bach / Direction Nicole Corti © B. Pichène 
Messe en si – JS Bach / Direction Nicole Corti © B. Pichène

Dans l’après-midi, le Festival avait eu l’excellente idée de permettre au claveciniste Benjamin Alard, dans l’auditorium Cziffra, de demander aux jeunes musiciens dont il avait eu la charge au cours d’une académie à la Chaise-Dieu en début d’année, de restituer le travail effectué.

Le concert dénommé « L’Art de toucher le clavecin » nous a permis d’écouter la relève des jeunes clavecinistes dans Couperin, Byrd, de Grigny, Bach, etc.., en solo ou à quatre mains et parfois en improvisation. Beaux moments de musique offerts par cinq brillants clavecinistes impliqués et passionnés dont le travail est ainsi mis en valeur et non cantonné au stage d’interprétation.

Cette intéressante initiative devrait être, fort opportunément, rééditée l’année prochaine.

Benjamin Alard (à droite) et ses élèves
Benjamin Alard (à droite) et ses élèves © B.Pichène

Le Festival se poursuivait par une soirée consacrée à la musique sacrée d’Alessandro Scarlatti et à l’exécution de son oratorio San Filippo Neri, précédé d’un concert de musique de chambre avec le violoncelliste Victor Julien-Laferrière et le pianiste Jonas Vitaud.

Magnifique concert par le choix original des pièces des compositeurs Saint-Saëns, Bartok et Enesco. Les deux interprètes se complètent parfaitement et témoignent d’une complicité naturelle dans des œuvres que l’on joue peu, voire pas du tout, telle la Sonate n°2 d’Enesco.

 

Les qualités de la 2ème sonate de Saint-Saëns

Certes, la 2ème sonate de Camille Saint-Saëns (en fa majeur, opus 123) qui introduisait le concert est parfois jouée, surtout durant l’année du centenaire de la disparition du compositeur (1921), mais on peut toutefois regretter qu’elle ne soit pas inscrite plus régulièrement aux programmes de musique de chambre ; beauté mélodique, hardiesse rythmique, rêverie émotive du mouvement lent : toutes les qualités d’une pièce de concert.

Les deux interprètes soulignent avec bonheur le caractère élégiaque du premier mouvement indiqué Maestoso, largamente, le piano développant le thème qui est commenté peu après par le violoncelle. Le Scherzo est introduit par un piano raffiné et virtuose, mouvement scandé par de savoureux contretemps et une Fugue non moins savoureuse. Le chant du violoncelle se fait pure émotion dans le 3ème mouvement lent Romanza (poco adagio). La pièce s’achève sur un Allegro non troppo, grazioso, léger et enlevé.

Victor Julien-Laferrière et Jonas Vitaud
Victor Julien-Laferrière et Jonas Vitaud © B.Pichène

Transition réussie avec une pièce bien connue de Bela Bartok, la fameuse Rhapsodie pour violon et piano, Sz 87 transcrite ici bien sûr, avec rythmes et sonorités innovantes.

 

Une oeuvre peu jouée

C’est avec la Sonate de Georges Enesco n°2 opus 26 que se termine le concert. Cette oeuvre très peu jouée et inclassable qu’affectionne particulièrement Victor Julien-Laferrière, est en quatre mouvements. Elle doit beaucoup à la fois à la musique française et aux racines musicales roumaines du compositeur. Après un premier mouvement plutôt calme dont le chemin semble incertain, le second mouvement, plus âpre, séjourne dans le grave ; enfin, après un troisième mouvement où le violoncelle déploie toute sa tendresse, l’oeuvre s’achève par un final ébouriffant, très précisément un « Final à la roumaine »… Les deux interprètes ont choisi en bis une mélodie de Gabriel Fauré Le Secret, délicate et discrète.

Victor Julien-Laferrière et Jonas Vitaud © B.Pichène 

San Filippo Neri, un oratorio apaisé

Avec son ensemble Les Accents, le violoniste et chef d’orchestre Thibault Noally poursuit à la Chaise-Dieu son exploration de l’oeuvre sacrée d’Alessandro Scarlatti avec l’oratorio San Filippo Neri. En 2019, il avait dirigé Il Martirio di Santa Teodosia du même compositeur.

Cette oeuvre évoque la figure de Philippe Néri le fondateur de l’Ordre des Oratoriens. Thibault Noally a été au contact de cette pièce pour l’enregistrement du cd « Opera proibita » en tant que premier violon des Musiciens du Louvre. Cet ensemble, placé sous la direction de Marc Minkovski a alors enregistré, avec Cecilia Bartoli, un air extrait de cet oratorio L’alta Roma.

Un superbe aria de San Filippo (le ténor Anicio Zorzi Giustiniani, excellent) introduit l’Oratorio dirigé par Thibault Noally, du violon. Les airs se succèdent, animés par un plateau vocal de tout premier ordre, la soprano Blandine Staskiewicz (Carita, la Charité), le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian (Fede, très bon, lui aussi) et la contralto Anthes Pichanik (Speranza, merveilleuse).

Philippe est empli de doute « N’aie pas confiance en moi car je suis dépourvu de foi, cher Dieu », tel est le thème de cet ouvrage. Mais Philippe va recouvrer la foi grâce aux concours actifs de la « Foi », de l' »Espérance »et de la « Charité ». C’est un oratorio très apaisé qu’a ici composé Scarlatti.

Blandine Staskiewicz, Paul-Antoine Bénos-Djian, Anthea Pichanik
Blandine Staskiewicz, Paul-Antoine Bénos-Djian, Anthea Pichanik au festival de La Chaise-Dieu © B.Pichène

Plusieurs airs sont particulièrement réussis : l’Aria de Philippe: « Di ritrovarti »…(« Je te cherche à chaque instant , ô Jésus… ») et le premier air du contre-ténor Fede : « Superati i disagi… »(« Une fois les obstacles surmontés… »). A cet instant Paul Antoine Bénos-Djian donne réellement vie à son personnage ; chacun de ses airs est attendu, de même que ceux chantés par la contralto Anthea Pichanik. Le rôle de Carita est puissamment interprété par Blandine Staskiewicz.

L’ensemble est magnifiquement entraîné par l’archet subtil et précis de Thibault Noally.

Il est prévu que Les Accents créent un autre oratorio d’Alessandro Scarlatti l’année prochaine à la Chaise-Dieu. On se réjouit du soutien apporté par le Festival à la redécouverte de tels ouvrages.

 

 


Vendredi 20 août 2021 à 16h30  Auditorium Cziffra

« L’Art de toucher le clavecin »

Par les étudiants ayant suivi le cours d’interprétation de Benjamin Alard au mois de janvier 2021

 

Vendredi 20 août 2021 à 21h  Abbatiale Saint Robert

« Messe en si de Bach »

Hélène Walter, soprano I

Clarisse Dalles, soprano II

Lucile Richardot, alto

Vincent Lièvre-Picard , ténor

Florian Hille, basse

Choeur de chambre Spirito

Ensemble instrumental baroque (Direction G. Radivo)

Gilles Cantagrel, études musicologiques

Nicole Corti, Direction

 

Samedi 21 août 2021, 16h30  Auditorium Cziffra

« Violoncelle et piano en sonates »

Victor Julien-Laferrière, violoncelle

Jonas Vitaud, piano

Camille Saint-Saëns: Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en fa majeur

Bela Bartok: Rhapsodie pour violon et piano n°1, Sz 87

Georges Enesco: Sonate pour violoncelle et piano n°2 en ut majeur,op.26

 

Samedi 21 août 2021

« Trésor sacré de Scarlatti »

Alessandro Scarlatti : « San Filippo Neri »

« San Filippo »: Anicio Zorzi Giustaniani, ténor

« Carita »: Blandine Staskiewicz, soprano

« Fede »: Paul -Antoine Bénos-Djian, contre-ténor

« Speranza »; Anthea Pichanick: contralto

Les années au Barreau, où il a été notamment actif dans le domaine des droits de l'homme, ne l'ont pas écarté de la musique, sa vraie passion. Cette même passion le conduit depuis une quinzaine d'années à assurer l'animation de deux émissions entièrement dédiées à l’actualité de la vie musicale sur Fréquence Protestante.

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