Le 9 octobre 2025, le Secession Orchestra et son fondateur, Clément Mao-Takacs, donnent rendez-vous au public de la Philharmonie de Paris pour une immersion dans l’univers multiple de Dmitri Chostakovitch. Un programme qui reflète les facettes contrastées du compositeur russe : intensité dramatique, lyrisme dépouillé, humour satirique et éclat virtuose.
Un programme en miroirs
Au centre de cette soirée, deux joyaux singuliers : les Symphonies de chambre op. 110a et 83a, arrangements réalisés par Rudolf Barchaï à partir des Quatuors n° 8 et n° 4. Selon la légende, Chostakovitch lui-même aurait confié, amusé : « Eh bien, ça sonne mieux que l’original. » Ces partitions condensent l’intensité expressive de la musique de chambre dans une densité orchestrale saisissante.
En contraste, le Concerto pour piano n° 1 déploie une énergie vive et acérée, presque théâtrale, où David Kadouch prêtera son jeu flamboyant à une écriture proche du double concerto, grâce à la partie soliste confiée à la trompette.
La soprano Marie-Laure Garnier apportera sa sensibilité aux Six Mélodies sur des poèmes de Marina Tsvetaïeva, œuvres tardives où le dépouillement musical se mêle à une émotion d’une pureté bouleversante. Enfin, la suite de l’opérette Moscou, Tcheriomouchki rappellera le Chostakovitch satiriste, mordant et populaire, maître du comique grinçant autant que de la tendresse.
Avec ce programme Chostakovitch, Clément Mao-Takacs offre un panorama saisissant de l’un des compositeurs les plus ambivalents du XXᵉ siècle. Entre tragédie intime, ironie mordante et éclat virtuose, cette soirée s’annonce comme un voyage au cœur des contradictions et des fulgurances de Chostakovitch – révélées par un chef dont la passion brûlante et la précision ne cessent de marquer les esprits.

Clément Mao-Takacs, Portrait d’un chef singulier
Figure de la nouvelle génération, Clément Mao-Takacs s’impose par l’alliance d’une rigueur technique implacable et d’une vision artistique profondément engagée. Fondateur du Secession Orchestra et du Festival Terraqué, il conçoit presque toujours ses programmes comme des parcours dramaturgiques, où chaque œuvre éclaire la suivante. Ses choix radicaux, souvent salués par la critique, reposent sur une conviction : servir la musique dans son intégrité, révéler son ancrage spirituel autant que son caractère novateur.
Curieux de toutes les esthétiques, Mao-Takacs refuse de se laisser enfermer dans un répertoire. De Monteverdi à la création contemporaine, il dirige aussi bien Mozart, Wagner, Schumann ou Stravinsky, et s’attache à redonner voix à des pièces méconnues. Défenseur passionné de la musique d’aujourd’hui, il a créé ou soutenu près d’une centaine d’œuvres nouvelles, entretenant des liens de confiance avec de nombreux compositeurs.
Son parcours international l’a conduit à diriger les plus grands orchestres – London Symphony Orchestra, Orchestre de Paris, Philharmonique d’Oslo, Radio Norvégienne, ou encore les scènes lyriques de San Francisco, Rome, Helsinki. Parallèlement, il poursuit une carrière de pianiste et compositeur, écrit des articles, donne conférences et masterclasses.
Une esthétique de la transversalité
Au-delà de la scène symphonique, Mao-Takacs revendique une approche transversale des arts. Avec le metteur en scène Aleksi Barrière, il a fondé La Chambre aux échos, collectif qui explore les liens entre théâtre, musique et arts visuels. Pour lui, la médiation et le partage avec tous les publics sont essentiels : la musique classique n’est pas un domaine réservé, mais un espace d’expérience sensible et collective.
Discographie et actualité
Parmi ses enregistrements remarqués, citons la Fantaisie pour piano et orchestre de Debussy (Mirare), la musique pour vents de Jacques Ibert (Timpani, récompensée d’un « 5 diapasons »), ou encore Adieu de Stockhausen. Son disque consacré aux œuvres orchestrales de Kaija Saariaho (BIS Records) a été nommé aux Grammy Awards et aux Spellemann Awards. Ses prochains projets discographiques s’annoncent riches : Stravinsky, Berg, Mendelssohn, Beethoven et bien sûr… Chostakovitch.
