Le Festival Chant de la Terre a inauguré sa quatrième édition, du 12 au 14 septembre, au cœur du Jardin d’agronomie tropicale du Bois de Vincennes. Dans ce cadre verdoyant et chargé d’histoire, la musique, la nature et la poésie se sont rencontrées pour un week-end placé sous le signe du partage et de l’inspiration.
Cette année, la programmation réunissait le Sandro Zerafa 4tet, le Lia Naviliat 4tet, le trio Qatifa, des propositions pour le jeune public ainsi qu’une promenade poétique. Mais c’est la pianiste Macha Kanza qui a donné le coup d’envoi du festival avec un récital d’une rare intensité, au Pavillon de l’Indochine, le vendredi 12 septembre.

Formée à l’école polonaise du piano auprès d’Irène Kutin puis à la tradition russe avec Evgeni Moguilevsky à Bruxelles, la musicienne française revendique un parcours cosmopolite. Lauréate de plusieurs concours internationaux, elle mène une carrière entre l’Europe et les États-Unis, et prépare aujourd’hui un doctorat au CNSMD de Paris consacré à Georges Enesco. Sa présence au Chant de la Terre résonnait ainsi comme un symbole : une artiste aux multiples racines, pleinement en accord avec l’esprit fédérateur du festival.
Le programme, ambitieux, traçait un arc expressif allant de la fin du XIXe au début du XXe siècle. Les extraits des « Sept impromptus op.18 » d’Enesco ouvraient la soirée, hommage appuyé au compositeur roumain dont on commémore cette année les soixante-dix ans de la disparition. Entre lyrisme tendre (Mélodie), souffle pastoral (Voix de la steppe) et polytonalité visionnaire (Carillon nocturne), la pianiste a su révéler une palette sonore riche et nuancée. Ravel (Une barque sur l’océan) a ensuite déployé ses miroitements fluides, contrastant avec la densité dramatique de la quatrième Ballade op.52 de Chopin, vaste poème pianistique que Kanza a abordé avec une éloquence sobre et habitée.

La seconde partie a confirmé son éclectisme : les Études-Tableaux op. 39 de Rachmaninov, à la fois sculptées et colorées, ont trouvé une interprétation qui alliait puissance et clarté de texture. Enfin, la rare Fantasia Baetica de Manuel de Falla a constitué une véritable découverte pour beaucoup d’auditeurs. Dans cette pièce peu jouée, la pianiste a mis en lumière la force tellurique et les accents hispaniques de l’écriture, concluant le récital dans une atmosphère d’énergie et d’exaltation.
L’accueil du public, composé autant de mélomanes avertis que de curieux, témoigne de la mission réussie du festival : offrir un espace où l’écoute s’élargit, où les frontières entre répertoires et cultures s’estompent. En ouvrant cette édition par une artiste telle que Macha Kanza, le Chant de la Terre affirme plus que jamais sa vocation : faire dialoguer les traditions, les esthétiques et les sensibilités dans un cadre propice à l’échange et à la contemplation.
