Le 20 septembre dernier, la Salle Cortot accueillait le Duo Atlantis, formé par la mezzo-soprano Rachel Payne et le pianiste Jack Tyndale. Dans ce lieu chargé d’histoire, où Nadia Boulanger transmit son enseignement à tant de compositeurs du XXᵉ siècle, le duo a offert un voyage musical raffiné, traversant l’Atlantique entre l’Amérique et l’Europe.
Un programme tissé de filiations et de contrastes
De Samuel Barber à Benjamin Britten, en passant par Aaron Copland, Muriel Herbert, William Bolcom et Debussy, le programme Echoes across the Atlantic dessinait un fil rouge : celui des influences croisées entre la tradition française et ses échos transatlantiques. Chaque œuvre semblait dialoguer avec la suivante, comme un jeu de miroirs entre héritages et modernité.
L’interprétation des Sea Pictures d’Edward Elgar a immédiatement captivé par la clarté de la diction et la profondeur du timbre de Rachel Payne, soutenue par l’acoustique généreuse de la Salle Cortot. Plus légères et pleines d’esprit, les Children’s Songs de Muriel Herbert ont apporté une touche d’espièglerie et de fraîcheur, que la chanteuse a rendue avec malice, presque comme des miniatures théâtrales.
Le duo a ensuite alterné entre lyrisme et théâtralité : la tendresse d’un Nocturne de Barber, la douceur intimiste des Heures Claires de Nadia Boulanger, l’élan populaire des Old American Songs de Copland. Le pianiste, toujours attentif, veillait à la voix, apportant au contraire un souffle souple et complice.
Un moment fort fut la présentation de Dragon’s Blood de Bear McCreary, extrait d’un cycle engagé (Power the World) qui sera créé en intégralité au Carnegie Hall en 2025. La pièce, à la fois sombre et poignante, évoquait déjà l’urgence des thèmes abordés : la fragilité des enfants au cœur des crises humanitaires.
Le concert s’acheva dans une atmosphère plus intimiste avec Debussy et ses Poèmes de Baudelaire, avant de se tourner vers l’Angleterre avec Let Beauty Awake de Vaughan Williams, offert comme un adieu lumineux.

Une complicité généreuse
Tout au long du récital, Rachel Payne et Jack Tyndale ont pris soin d’accompagner leur public. Présentations alternées, explications données en français avec une attention touchante, sourire et bienveillance : leur désir de partager allait bien au-delà de la musique.
La mezzo-soprano, vêtue de robes éclatantes qui captaient les reflets de la scène, a su déployer un véritable jeu d’actrice dans les chansons de cabaret de Britten ou de Bolcom, pleines d’esprit et d’humour. Sa présence scénique, entre intensité lyrique et légèreté de music-hall, a séduit par sa sincérité.
À ses côtés, Jack Tyndale a fait preuve d’une écoute constante, d’un toucher souple et expressif, accompagnant comme un partenaire de dialogue plutôt qu’un simple accompagnateur.
Un duo transatlantique
Rachel Youngberg Payne est une mezzo-soprano reconnue pour la richesse de son timbre et la vitalité de ses interprétations. Elle s’est produite en récital et à l’opéra en Europe et aux États-Unis, de la Californie à Vienne en passant par Paris et Florence.
Jack Tyndale-Biscoe, pianiste anglais, est apprécié pour la finesse de son jeu et son intelligence musicale. Ses prestations l’ont mené sur des scènes prestigieuses telles que le Royal Albert Hall de Londres ou des festivals en Australie, en Allemagne, en Espagne et en Italie.
