Le vendredi 2 août, nous voilà à nouveau à l’Espace Bellevue pour « Polka » un concert de Thomas Valverde, pianiste et compositeur.
Au Biarritz Piano festival, le piano de toutes formes imaginables (du piano à queue ou droit habituel jusqu’à l’accordéon en passant par le synthétiseur) exprime ses multiples facettes : ludique, intime, fédératrice, espiègle et virtuose… Celui de Thomas Valverde est un voyage collectif à destination de ses rêves, auquel le pianiste convie le public au travers de son instrument de prédilection.
Sur scène deux pianos, un droit et un Steinway à queue, attendent le pianiste. Thomas Valverde, d’abord au piano droit, convoque son enfance avec délicatesse. De par sa sonorité très feutrée, chaleureuse et enveloppante, le piano droit raconte son histoire intime qui, peu à peu, se déploie en crescendo. Le piano à queue grand ouvert prend son relais pour un rêve d’exploits transcendants… Les deux instruments sur scène se complètent pour produire des ambiances contrastées : intimité et virtuosité s’y répondent en miroir dans un style minimaliste.
« En mettant un micro dans le piano droit, sa mécanique est accessible. Le frottement et le bruit d’imperfection crée une sonorité intime et tendre, tandis que le Steinway D sonne comme pour une conquête d’un grande espace. J’y joue les morceaux plus engagés physiquement et mentalement. » nous explique Thomas Valverde.
Vers un rêve transcendant
Durant la soirée, l’intimité (Polka, Sideral Love Song, Und Morgen, Who will you become, Neige) et la virtuosité (The Race, U & Me, Point final, Arches, Outro) s’alternent et créent un atmosphère qui plongent le public et l’artiste dans une transcendance commune.
Le thème du 20e Concerto de Mozart est un clin d’œil à ses années d’études au Conservatoire ou un regard tendre sur l’enfant rêveur qu’il était auparavant… (K466) ?
« Cela m’évoque tantôt le cosmos où les astres se mettraient à pulser en résonance tantôt les profondeurs abyssales de l’océan induisant des hallucinations psychédéliques », s’est exclamé un mélomane local après le concert !

Polka, un clin d’oeil aux deux univers
Le programme du concert est celui de son dernier album « Polka » dont la genèse date de deux ans et demi. « Je me suis mis à composer assez tard, c’est venu par la musique électronique, non par le piano. J’ai été fasciné par l’immensité de possibilités de l’ordinateur sur lequel j’étais comme un instrumentiste. Ce que j’ai créé sur ce terrain de jeu, je l’ai retranscrit sur le piano et intégré à mes concerts. Au début, j’ai joué mes compositions un peu comme interlude. Je commençais à avoir plusieurs morceaux. Après j’ai senti un moment arriver pour présenter sous forme d’un album, l’occasion d’une immense liberté technique et d’ingénierie du synthétiseur. » nous rapporte l’artiste.
Le nom de l’album « Polka » est un clin d’œil aux deux univers, comme l’indique le pianiste compositeur :
« Le titre Polka s’est imposé de lui-même. Le morceau Polka qui donne le nom de l’album est une sorte de boucle. Je suis tombée en improvisant sur cette boucle, et tout à coup elle tournait très bien pour en faire un morceau. Quand elle était rapide, ça me faisait penser à la structure d’un morceau de Paul Kalkbrenner (DJ allemand de musique électronique de style techno) », explique Thomas Valverde, « Un autre univers, c’est Polka de Sergei Rachmaninoff joué par Vladimir Horowitz, mes deux héros d’adolescence. C’est une idée à leur hommage. »
Un festival non conventionnel
Avec son Phare, l’océan et le coucher du soleil, Biarritz est une ville privilégiée pour dessiner les différents tableaux du festival. En pleine nature, le public et les artistes se sentent libres et détendus. Ici on n’hésite pas à casser les codes traditionnels et le festival est radicalement non conventionnel.
La 15e édition se déroule toujours avec une prépondérance sur le répertoire classique mais la programmation est menée toujours sur une transversalité.
« L’ouverture par Fazil Say dans un programme Schubert et ses compositions, la soirée Piano & Sunset à la Côtes des Basques avec Mélissa Weikart, l’artiste franco américaine, qui est une pépite de jazz qui joue du piano et chante avec sa voix singulière, moderne et fraiche… et le Steinwave en hommage au Steinway & Sons qui réunit le surf et la musique est une sorte de ready-made façon Marcel Duchamp. Et aussi sans oublier le Jazz au Phare.
Toutes ces démarches sont des brins de folie qui déplacent le schéma classique. Les concerts dans la nature permettent de rencontrer tous les publics tels qu’ils sont. Le public conquis à l’extérieur vient aux concerts classiques de l’intérieur car la musique classique procure une sensation forte et on a besoin de l’écouter avec attention dans une configuration différente. Ainsi, des histoires se créent entre les artistes et le public au fil du temps, c’est important. Observer comment le public réagit, cela me donne des idées de direction. » nous précise Thomas Valverde.
Le directeur artistique a déjà la tête dans le guidon pour la prochaine édition ! « Pour 2025 on va toujours consolider les axes habituels : concerts gratuits à la rencontre du public tel qu’il est, comme à la Côte des Basques, le Biarritz Piano Miniature pour les enfants… le développement de la création avec des compositeurs contemporains est en vue. »
Site du festival : https://www.biarritzpianofestival.com/
Site de l’artiste : https://www.thomasvalverde.com/
