Yoav Levanon © JP. Valverde
Yoav Levanon © JP. Valverde

Festival de Biarritz 2024 : le piano à l’honneur

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Evénement phare de l’activité culturelle du Pays basque, le Biarritz Piano festival gagne chaque année en popularité et en prestige, l’édition 2024 a attiré un public de près de dix mille mélomanes: locaux, touristes et passionnés. Le piano résonne partout pendant 10 jours dans les 2 salles principales en ville, à la Côte des Basques, et au Phare de Biarritz.
Voici le récit d’une escapade musicale au pays de l’océan et du surf !

Deux lieux principaux

Le bâtiment de l’Espace Bellevue, situé sur les hauteurs de Biarritz offrant une vue imprenable sur l’océan et la ville, fut construit en 1858 afin de doter la ville d’un casino. Cet établissement attire alors la bourgeoisie et l’aristocratie biarrote qui vient s’adonner aux jeux et profiter des salles de théâtre de danse et de concert. Le public y adule les stars de l’époque comme Sarh Bernhardt. Ravagé par un incendie en 1886, il est reconstruit sans délai et rouvre ses portes quelques mois plus tard. Durant la première partie du 20ème siècle, il accueille des artistes de renom comme Charlie Chaplin, Joséphine Baker et Charles Trenet. La ville de Biarritz fait l’acquisition du bâtiment en 1982 et lui fait subir des rénovations sous la houlette de l’architecte Jean-Michel Wilmotte. « Le Bellevue », devient le haut lieu de concerts, de congrès et d’expositions de la Ville de Biarritz. C’est dans l’Espace Bellevue où les premières notes du Biarritz Piano festival ont sonné il y a quinze ans et depuis continue à accueillir son public et ses artistes.

Avec l’Espace Bellevue, le Casino municipal de Biarritz constitue le lieu principal de représentation du festival. Ce bâtiment, dans le pur style Art Déco, fut édifié en 1929 par l’architecte Alfred Laulhé, la ville voulant concurrencer le Casino Bellevue. Il est actuellement géré par le groupe Casino Barrière pour les jeux et accueille régulièrement salons et congrès ainsi que des concerts.

 

Yoav Levanon (c) JP Valverde
Yoav Levanon (c) JP Valverde

Soirée transcendante par Yoav Levanon,

Mercredi 31 juillet, à l’Espace Bellevue, la salle aménagée en style Vignard — avec le public qui encercle la scène — accueille les mélomanes ravis de réécouter Yoav Levanon, le jeune pianiste israélien qui avait joué au concert de clôture l’été 2023.

« Nous étions présentes au concert de ce jeune pianiste l’année dernière et étions complètement subjuguées par son jeu et nous y voilà à nouveau cet été ! » s’enthousiasment les mélomanes venues de Bayonne.

Le pianiste se fond avec l’instrument. Dans la Chaconne de Bach/Busoni le Steinway noir sonne jusqu’à devenir un orgue dans une église, sous les mains du pianiste qui le dompte habilement. Même avec une incroyable vélocité, le jeune pianiste ne néglige pas la ligne mélodique (Études de Chopin). Elle est chantante, la technicité laisse la place élégamment au Bel Canto sous ses mains.

Pour les deux dernières de l’Opus 25 de Chopin (« Vent d’hiver », « Océan ») et les Études d’exécution transcendante de Liszt, le piano se réveille peu à peu comme un fauve à peine endormi et dévore les morceaux à pleines dents. On pourrait croire que les fantômes de Chopin et de Liszt ont été convoqués pour prendre possession du corps du pianiste !

Son programme (Bach/Siloti, Bach/Busoni, Chopin, Liszt) de difficulté redoutable constitue pour le pianiste un défi d’endurance. Après un bis non moins difficile ! (Étude « Révolutionnaire » de Chopin), le jeune pianiste salue le public, qui l’ovationne dans un tonnerre d’applaudissements, réclamant d’autres bis. Et là, il fait ses adieux au public qu’il séduit par son sourire charmeur et son imitation de rappeur dans un show tout à fait inattendu et grandement apprécié par la salle hilare.

(c) Marine Park

Compositrices européennes du XXe siècle

Jeudi 1er août, le Salon Diane du Casino, en disposition de Shoe Box avec la scène côté plage et le public face à la scène, a accueille les mélomanes avec un programme sortant des sentiers battus. Les quatre compositrices européennes du XXe siècle sont à l’honneur de la soirée. Celia Oneto-Bensaïd (piano) et Raphaëlle Moreau (violon) défendent avec passion et conviction le répertoire resté longtemps dans l’ombre.

Henriette Bosmans (1895-1952) est une compositrice hollandaise d’origine juive dont la musique a été interdite pendant la 2e guerre mondiale. La compositrice a laissé de belles pages de musique de chambre, notamment pour violoncelle et piano. Les deux musiciennes interprètent sa seule sonate pour violon piano. Le rythme syncopé du 2e mouvement est dansant et le 3e mouvement se déploie dans une fugue, véritable labyrinthe sonore.

Dora Pejacevic (1885-1923), compositrice autodidacte, appartenant à l’aristocratie croate, a écrit une soixantaine d’œuvres. Les musiciennes interprètent passionnément sa 2e sonate pour violon piano, opus 43.

Marguerite Canal (1890-1978), compositrice française d’origine Toulousaine, est la deuxième française qui a reçu le Prix de Rome (Avant elle, Lili Boulanger a reçu le Prix de Rome en 1913). Sa 2e sonate pour violon piano est un véritable chant par les deux musiciennes.

Kaprys (Caprice), une courte pièce de virtuosité, et Oberek, une danse polonaise espiègle, de Grazyna Bacewicz (1909-1969), compositrice et violoniste polonaise, servent d’interlude entre les trois sonates et pimentent l’ensemble du programme.

En belle symbiose durant tout le programme, les deux musiciennes nous offrent deux pièces de compositrices françaises en bis, prolongeant ainsi le programme : Sérénade espagnole de Cécile Chaminade (transcription par Fritz Kreisler) et Nocturne de Lili Boulanger.

Une agréable vue sur l’océan par la baie vitrée juste derrière la scène, offre au public une toile de fond idéale pour savourer le plaisir de découvrir un répertoire rarement joué.


La quinzième édition du festival de Biarritz a lieu du 29 juillet au 9 août, avec une programmation très variée ; classique, jazz, électronique, musique actuelle.

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni