Avec la flûtiste Lucie Horsch, le 75ème Festival de Menton invite l’une des figures montantes de la nouvelle génération dans un programme baroque défendue avec un enthousiasme communicatif.
La magie désormais légendaire du Parvis de la Basilique Saint-Michel est un écrin sur lequel, depuis plus de dix ans, Paul-Emmanuel Thomas s’appuie pour présenter au public mentonnais un large répertoire, et lui faire découvrir des talents parfois rares sur les scènes françaises. Ainsi en est-il de Lucie Horsch, qu’il avait invitée l’an dernier pour un concert dépassant les clivages entre les styles. La jeune Néerlandaise revient avec ses flûtes dans un concentré d’Italie baroque, accompagnée par Bertrand Cuiller et Le Caravansérail.

Le florilège s’ouvre sur les évocations semi-hallucinées de La Notte, l’un des plus célèbres opus de musique descriptive de Vivaldi, entre les phantasmes du premier Presto et la langueur onirique du Largo. La soliste y fait la démonstration de son instinct communicatif qui se traduit également dans les brèves introductions par lesquelles elle annonce les pièces qu’elle va jouer : la mosaïque musicale devient ainsi une invitation narrative que ne contrarie guère son français allophone – c’est aussi cela la complicité avec l’auditoire : faire l’effort de parler dans sa langue. Les deux sonates de Castello qui suivent reviennent un siècle en arrière : la veine mélodique y est marquée par les accents de la déclamation chantée du madrigal et des débuts de l’opéra. L’arrangement pour flûte seule que Rousseau avait réalisé de l’Allegro liminaire du Printemps du Prêtre roux met en lumière la volubilité de l’interprète dans cette condensation sur un instrument monodique de la dynamique concertante. Les variations contrastées de la sonate La Follia du même Vivaldi, sur un thème populaire à l’âge baroque sont caractérisées avec une saveur inimitable, avant une rareté de Fiorenza.
Après l’entracte, les effets théâtraux Concerto da camera en fa majeur RV 100 de Vivaldi précèdent un solo de van Eyck, Boffons, tiré d’un recueil Le plaisir de la flûte où la faconde italienne imprègne également les rives flamandes. Après une brève Ciaccona de Merula et le Concerto n°19 en mi mineur de Mancini, le Concerto en sol majeur de Leo conclut à la manière d’un feu d’artifice aux tonalités napolitaines, prolongé par une irrésistible danse tradionnelle serbe. L’enthousiasme mélodique et rythmique enjambe les époques.
La générosité musicale à Menton et la confiance accordée à la nouvelle génération s’affirment également dans la soirée d’ouverture, confiée à Lionel Bringuer et l’Orchestre Philharmonique de Nice, dont il vient de prendre la direction. Le chef français propose des classiques judicieusement choisis. Si l’Ouverture des Noces de Figaro fait entendre un Mozart équilibré et prudent, le Concert en sol de Ravel laisse épanouir le chatoiement onirique de l’Adagio assai, aux côtés de la fluidité infinie du piano d‘Alexandre Tharaud, et un finale quasi pyrotechnique. L’habile dosage des timbres se confirme dans la Symphonie n°4 en mi majeur opus 90 de Mendelssohn, plus particulièrement dans les deux derniers mouvements, avec un Saltarello final révélant l’alchimie entre facilité mélodique et vitalité contrapuntique que la fluidité du génie du compositeur allemand fait parfois oublier. Quant à Arielle Beck le lendemain au Palais de l’Europe, ce talent précoce du piano esquisse les affinités entre Schumann, Chopin, Fauré et Scriabine. Au pays de la musique, Menton est l’une des destinations à ne pas manquer.
Gilles Charlassier
