Elisso Virsaladze (c) Kumho Cultural Foundation
Elisso Virsaladze (c) Kumho Cultural Foundation

Elisso Virsaladze à Séoul : le grand piano de l’école russe résonne au pays du matin calme

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Après le Japon, direction vers la Corée du Sud, Classicagenda a assisté au concert d’une artiste exceptionnelle. Pianiste dont la présence est rare en France, Elisso Virsaladze, la grande dame du piano de l’école russe, est une habituée de la scène musicale de la Corée. Son dernier récital a eu lieu au Kumho Art Hall à Séoul. 

 

 

Ce mois de mai à Séoul, le temps est quasi-estival dans la journée. Une délicate brise vient rafraichir les joues. Le Kumho Art Hall est situé au sein du campus de l’Université de Yonsei. Fondé en 1977, la Fondation Culturelle de Kum Ho a pour objectif de soutenir les jeunes artistes et de faire fleurir la culture, notamment dans le domaine de la musique classique. Le Kum Ho Art Hall est l’un des lieux culturels de la Fondation. Leur programmation de très haut niveau autour des jeunes talents contribue à l’épanouissement de leur carrière et à la vie musicale de Séoul.

L’ambiance qui y règne est palpitante. Une belle jeunesse du campus déploie une énergie joyeuse pour accueillir le public désireux d’assister au récital Elisso Virsaladze.

Pianiste georgienne et élève de Heinrich Neuhaus, Elisso Virsaladze est considérée comme l’une des grandes dames du piano de l’école russe d’aujourd’hui. Schumanienne incomparable, d’après Sviatoslav Richter, elle était jadis partenaire musicale de longue date de la violoncelliste Natalia Gutman. Quel duo elles formaient ensemble ! Austère d’apparence et loin d’être une star du classique devant de la scène, Elisso Virsaladze incarne une image sévère des grands Maîtres du passé.

Elisso Virsaladze (c) Kumho Cultural Foundation
Elisso Virsaladze (c) Kumho Cultural Foundation

La pianiste apparaît sur scène vêtue d’une tenue noire et austère. Pour le Schubert (6 Moments musicaux, D.780), les mains de la pianiste sont délibérément au-dessus du clavier. La salle est un bel écrin sonore. Son acoustique rend le son du piano précis et cristallin, une bonne dose de réverbération offre équilibre entre couleur et lumière. Le début de la pièce sonne fragile; mais peu à peu le jeu gagne de l’intensité et le monologue solitaire devient un dialogue dynamique sous les mains de la pianiste.
Ses mouvements de poignets, tantôt verticaux tantôt horizontaux, créent différents plans sonores tel un enchaînement de tableaux dramatiques émanant du fond de l’âme de Schubert.

Dans la Sonate no.1, Op.1 de Johannes Brahms, Elisso Virsaladze durcit le ton et nous fait entendre un jeune Brahms ambitieux (1er mouvement). Le 2e mouvement, thème et variations, reflètent une sorte de réminiscence et de confession.

Le 3e mouvement est un Scherzo capricieux. Son déploiement est très schumannien en guise d’hommage de Brahms à son mentor et se termine par un trio lyrique. Une haute dose de stamina et de capacité de concentration est exigée pour le 4e mouvement. Vigoureux et énergétiques, les doigts sont bien dans le clavier. Des pluies de fortissimo jaillissent d’effervescence.

Après un bref entracte, Franz Liszt est à l’honneur. La pédale de Virsaladze est abondante cette fois-ci. La Consolation no.3 S.172/3 bénéficie d’une belle réverbération naturelle de la salle. La pianiste fait entière confiance à l’acoustique. Son jeu confortable et consolant apaise l’âme du public.

La 7e Sonate de Prokofiev dite Stalingrad (2e sonate de Guerre) est loin d’être fulgurante. D’une lecture scrupuleuse, toutes les notes de cette architecture sonore, faite d’acier solide et froid, sont distinctes et soignées. La vitesse d’exécution de l’oeuvre n’est pas la priorité de la pianiste. Elle privilégie plutôt la texture sonore.

Le public jeune de la Kum Ho Art Hall est expressif et enthousiaste. Accompagnées des cris d’émotion, leurs ovations sont longues et généreuses. Virsaladze y répond avec deux brèves pièces de Schubert (extrait de D.790, no.11) et de Liszt (Soirée de Vienne, valse caprice pour piano no.6, S.427/6, d’après Schubert) comme un enchaînement du programme. La communion qui règne entre le jeune public et l’artiste de 80 ans, se fonde sur le partage intergénérationnel.

 


Kumho Art Hall, le 30 mai 2024

Elisso Virsaladze

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni