Elisabeth Sombart
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Elizabeth Sombart : une pianiste au service de la musique et de la transmission

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Avec un parcours jalonné de rencontres d’exception, Elizabeth Sombart s’impose comme une figure incontournable du piano. Formée auprès de maîtres tels que Bruno-Leonardo Gelber, Hilde Langer-Rühl et Sergiù Celibidache, elle développe une approche musicale à la croisée de la virtuosité et de la philosophie du son. Son jeu, à la fois lumineux et profond, l’a menée sur les grandes scènes internationales, du Carnegie Hall à New York au Théâtre des Champs-Élysées à Paris.

Pédagogue engagée et humaniste, elle consacre une grande partie de sa carrière à la transmission, notamment à travers la Fondation Résonnance, qu’elle a créée pour offrir la musique aux publics éloignés des salles de concert. Son double titre de Chevalier de l’Ordre National du Mérite (2006) et de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres (2008) en témoigne. Son enseignement, inspiré par la phénoménologie musicale, fait aujourd’hui référence dans le monde pianistique.

De Bach à Bartók, son répertoire est vaste, mais c’est vers Mozart qu’elle tourne aujourd’hui son regard avec un projet d’enregistrement ambitieux. À travers son interprétation des concertos no.9 et no.12 de Mozart (Royal Philharmonic Orchestra, Pierre Vallet), Elizabeth Sombart cherche à révéler toute la dimension humaniste et intemporelle du compositeur autrichien. Avec la sortie de son nouvel album Mozart (label Rubicon), la pianiste nous partage sa vision artistique et son engagement humanitaire.

Les concertos n° 9 et n° 12 de Mozart, présents dans votre nouvel enregistrement, se distinguent par leur caractère intimiste et chambriste, en parfaite osmose avec le Royal Philharmonic Orchestra sous la direction de Pierre Vallet. Vous avez également enregistré ensemble les concertos n° 20, 21, 23 et 27 de Mozart. Comment est née cette collaboration ?

La collaboration avec Pierre Vallet est née d’une longue amitié à la fois musicale et fraternelle. Nous avons beaucoup enregistré avec le RPO, qui est mon orchestre préféré. J’entretiens une relation particulière avec chaque instrumentiste, ce qui permet de créer une véritable osmose entre le piano, le phrasé du piano et celui de l’orchestre.

Pourquoi avoir choisi d’associer ces deux concertos dans cet album ? Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans l’interprétation de ces deux concertos de Mozart ?

Ces deux concertos permettent, si quelqu’un n’a jamais entendu de Mozart, de découvrir des aspects tellement différents de son œuvre. Il y a tout : la joie, la nostalgie, la complexité harmonique… notamment dans le mouvement lent du K. 414, ainsi que cette gaieté magnifique dans le dernier mouvement du concerto en mi bémol. C’était donc une manière de montrer, en un seul disque et à travers six mouvements, une grande diversité d’aspects de l’âme de Mozart.

Nouvel album Mozart, Elisabeth Sombart
Nouvel album Mozart, Elisabeth Sombart

Comment avez-vous vécu vos années de formation auprès de Bruno-Leonardo Gelber ? Que retenez-vous de votre travail avec Sergiù Celibidache ? Comment votre formation auprès de ces grands maîtres a-t-elle façonné votre style et votre approche musicale ?

Mes années de formation avec Bruno Leonardo Gelber, élève de Vicente Scaramuzza, et sa mère, en Argentine, durant de nombreuses années, ont été fondamentales pour moi. La technique de Scaramuzza est un art qui permet de faire chanter le piano. Par la suite, j’ai rencontré une autre professeure à Vienne, Hilde Langer-Rühl, qui m’a appris à respirer les gestes avec le diaphragme — et cela a tout transformé. Il ne me manquait plus que Celibidache, qui enseignait la phénoménologie du son, c’est-à-dire la manière de mettre en relation les phénomènes sonores et la logique sensible de ces phénomènes afin de créer l’unité.

Vous avez fondé la Fondation Résonnance en 1998, afin de rendre la musique classique accessible aux communautés et aux institutions les plus diminuées. Qu’est-ce qui vous a motivé dans cette démarche et en quoi la musique peut-elle être un vecteur de transformation sociale ?

La Fondation Résonnance est née de rencontres, de relations, et d’expériences vécues dans les conservatoires, où la pression des examens et la concurrence effrénée étaient omniprésentes. J’ai souhaité créer une école où il n’y aurait ni limite d’âge, ni examen, car je pense que lorsqu’on compare un enfant à un autre, on risque d’éteindre l’un des deux. Et au nom de la musique, cela n’est pas acceptable.

Ensuite, une rencontre m’a particulièrement marquée : une femme m’a confié qu’elle ne pourrait plus assister à mes concerts, car ses enfants et elle avaient décidé qu’elle devait entrer en maison de retraite. Je lui ai répondu : « Ce n’est pas grave, je viendrai jouer là où vous êtes. » C’est ainsi que j’ai commencé à donner des concerts dans les maisons de retraite. Plus tard, lors d’un séjour à l’hôpital, j’ai constaté l’absence d’activités pour les patients hospitalisés de longue durée. Je savais pourtant qu’écouter des nocturnes de Chopin ou du Bach pouvait non seulement les aider à guérir plus vite, mais aussi à préserver leur âme de la solitude liée aux douleurs du corps.

La musique classique possède un secret : elle permet de se connecter à cet espace de gratuité, de générosité et de silence que nous portons en nous. C’est à partir de cet espace intérieur que l’on peut devenir la meilleure version de soi-même. Je crois profondément en ce pouvoir de la musique. De ce point de vue, elle n’est pas simplement un vecteur de transformation sociale. Elle représente bien plus qu’un moyen de communication : elle crée une communion entre les êtres humains. Elle nous aide à retrouver une part de notre dignité et à recoudre le tissu d’une fraternité parfois perdue.

Quels sont les projets qui vous animent pour la suite ? Avez-vous un rêve musical encore à accomplir ?

Alors, j’ai un projet imminent : dans quinze jours, j’enregistrerai à Londres deux autres concertos de Mozart. Ce seront les derniers des huit que j’avais choisis. Il y aura le Concerto pour deux pianos, que je jouerai avec l’un de mes élèves particulièrement remarquable, et ensuite le Concerto n° 24 en do mineur, KV 491. Pour moi, cet enregistrement représente l’accomplissement de mon parcours à travers les concertos de Mozart.

Quant à savoir si j’ai encore un rêve musical à accomplir… En réalité, ma vie, c’est la musique. Il m’est difficile de répondre à cette question, car c’est comme s’il n’y avait pas de frontière entre moi, la musique et un éventuel « rêve » musical. J’ai l’impression de vivre la musique, d’en faire partie à chaque instant — chaque jour, chaque minute, chaque fois que je me mets au piano. Le véritable rêve, c’est cet instant où l’on parvient à unir deux sons en un seul et à vivre cette unité pour la partager avec les autres.

Après, si je devais évoquer un rêve plus concret, ce serait peut-être d’enregistrer les concertos de Brahms.

Site de l’artiste

Membre du Syndicat Professionnel de la critique Théâtre, Musique et Danse, Marine partage ses émotions au travers de ses chroniques. Marine Park est rédactrice de différents médias spécialisés dans la musique classique. Diplômée du cursus professionnel « Administrateur / Producteur Projets Musicaux » à l’Université de Paris, Marine est conseillère artistique et développe divers projets artistiques.
(c) Jean Grisoni