Les Talens lyriques dans la Morte d'Orfeo au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont
Les Talens lyriques dans la Morte d'Orfeo au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

La morte d’Orfeo : version concert portée aux nues

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Quoi de mieux pour aborder les mythes et les mystères que de s’intéresser à Orphée ? Avec la tragicomédie pastorale en cinq actes de Stefano Landi, inspirée de La Favola d’Orfeo d’Angelo Poliziano, donnée en version de concert par les stagiaires de la formation professionnelle et les Talens Lyriques, en point d’orgue de cette journée thématique au Festival de Royaumont.

L’œuvre a été écrite en 1619 et est, très certainement, le premier opéra du compositeur romain Stefano Landi. Il s’empare du mythe d’Orphée, maintes fois traité en art, qui raconte comment le jeune homme est descendu aux Enfers pour ramener avec lui son épouse, Eurydice, de par la force de la musique et du chant qui a su émouvoir Pluton. Mais il a échoué et a perdu une seconde fois sa femme. Le livret s’ouvre à ce moment-là, quand, de retour sur Terre, Orphée renonce aux plaisirs. Pour son anniversaire, il refuse d’inviter Bacchus, provoquant ainsi la colère des Dieux et signe son propre arrêt de mort.

Les Talens lyriques dans la Morte d'Orfeo au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont
Les Talens lyriques dans la Morte d’Orfeo au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

Du point de vue musical, nous sommes dans une forme proche de la naissance de l’opéra. Chacun des cinq actes s’achève sur la présence de plusieurs chœurs donnant vie à des scènes collégiales à la musicalité typique des œuvres pastorales. Le baryton Sebastian León fait résonner la voix de la fatalité, tandis que la mezzo Marine Lafdal-Franc, reine de la mer, annonce qu’Orphée doit mourir par la fureur des femmes folles. Des aigus surgissent au cœur des voix posées et assurées de la distribution. Olivier Bergeron est un Orphée un peu trop juvénile dont la voix manque parfois d’un soupçon de projection supplémentaire en comparaison du Mercure du ténor Maxime Melnik qui surplombe l’ensemble d’un organe puissant et très sonore, mais chacun fait merveille dans son ou ses rôles. Lorsqu’il esquisse quelques pas de flamenco, il conquiert l’auditoire, tombé sous son charme. Marco Angioloni, le bellâtre Apollon, fait honneur à la musique lumineuse, tout comme Matthieu Heim qui s’impose admirablement en Charon, le passeur des âmes.

Le brassage des Dieux de la mythologie grecque s’effectue avec des prétextes certes pas toujours cohérents au regard du livret mais qui permet de mettre en valeur la polyphonie des Talens Lyriques, au sommet de leur art. Le souffle intense, alliant douceur et fermeté, ténèbres et clarté, permet à la musique de s’élever, pleine de grâce, et nous fait toucher du bout des doigts le ciel divin et le Mont Olympe.

Professeur des écoles le jour, je cours les salles de Paris et d'ailleurs le soir afin de combiner ma passion pour le spectacle vivant et l'écriture, tout en trouvant très souvent refuge dans la musique classique. Tombée dans le théâtre dès mon plus jeune âge en parallèle de l'apprentissage du piano, c'est tout naturellement que je me suis tournée vers l'opéra. A travers mes chroniques, je souhaite partager mes émotions sans prétention mais toujours avec sensibilité.

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