Zaïde, conçu par Raphaël Pichon © Stefan Brion

Zaïde ou le chemin de lumière, ouverture hors-les-murs à l’Opéra Comique

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L’Opéra Comique ouvre sa saison hors-les-murs avec une nouvelle production de Zaïde, imaginée par Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion, pour le Festival de Salzbourg en 2025, avec des dialogues écrits par Wajdi Mouawad.

Zaïde, conçu par Raphaël Pichon © Stefan Brion

Trois ans avant l’Enlèvement au sérail, Mozart s’essayait déjà au genre du singspiel avec Zaïde. Resté inachevé, l’ouvrage est resté une rareté du répertoire. Devant les beautés de la partition, Raphaël Pichon a tenté de reconstituer un spectacle cohérent, avec un travail d’extension dramaturgique à partir d’autres pages de Mozart, dans l’esprit de ce qu’il avait fait pour le Requiem, mis en scène par Romeo Castellucci. Cette fois, c’est le chef français qui a imaginé de concert le collationnement musical, jalonné par la cantate Davide Penitente, laquelle reprend pour l’essentiel les notes de la Grande Messe en ut, ainsi que quelques autres pages mozartiennes, et la conception scénique, avec l’appui à la dramaturgie d’Eddy Garaudel. On retrouve dans l’équipe deux autres fidèles, Bertrand Couderc aux lumières tamisées comme un purgatoire, et Silvia Costa, en charge cette fois des costumes.

Présentée par l’Opéra-Comique, dans le cadre de sa saison hors-les-murs, sous la halle en fer d’Eiffel du Lycée Carnot, cette réinvention de Zaïde prend l’allure d’une quête d’un passé. Sur les ruines d’une prison, Persada se met à la recherche du passé de sa mère Zaïde ; Amoureuse de Gomatz, et résistant aux avances de Soliman, elle met au monde une fille, que sauvera le gardien Allazim, narrateur de cette histoire tragique, que le texte de Wajdi Mouawad met en forme avec une économie saisissante. Deux danseurs, Ambre Duband et Gennaro Andrea Laura chorégraphient sur scène les émois des deux amants malheureux.

Zaïde, conçu par Raphaël Pichon © Stefan Brion

Si, en dehors de la présence en dehors de la présence bienveillante de Johannes Martin Kränzle en Allazim, il faut un peu de temps pour identifier sans ambiguïté les incarnations masculines, le Gomatz juvénile de Hugo Brady et le Soliman autoritaire de Matthew Swensen, les deux figures féminines irradient de sensibilité. Sabine Devieilhe fait vibrer les élans de Zaïde avec autant de sensibilité que virtuosité, tandis que Xenia Puskarz Thomas se glisse avec une voix homogène les méandres de l’intériorité de Persada.

Mais la force expressive de ce Zaïde ou le chemin de lumière, dans l’acoustique singulière de la halle Eiffl du Lycée Carnot, qui dément les préjugés, tient aux choeurs et aux musiciens de Pygmalion, emportés par la conviction de Raphaël Pichon face à son objet lyrique non identifié. On saluera en particulier les ensembles, qui restituent, sans lourdeur, l’intense ferveur du contrepoint vocal de Davide Penitente, dont les paroles résonnent avec une acuité expressive, dans la trame narrative de cette expérimentation ouvrant une saison pas comme les autres à l’Opéra Comique.

Gilles Charlassier